Entretien avec…

Association Petits Princes, Entretien avec...

Rencontre avec l’Association Petits Princes – Donner vie aux rêves des enfants gravement malades


Pas de commentaire

Au-delà du défi physique et mental, nous courrons le Marathon du Pôle Nord le 9 avril prochain pour soutenir l’Association Petits Princes.

Steph & Jérémie Association Petits Princes

Il y a quelques jours, nous avons été chaleureusement accueillis au siège de l’Association Petits Princes par Catherine, chargée de missions.  C’est au sein de petits bureaux cosys aux murs couverts de sourires d’enfants que les 65 bénévoles et 16 salariés de l’association s’affairent pour continuer à réaliser toujours plus de rêves pour les enfants gravement malades.     

Cette visite a aussi été l’occasion pour nous de rencontrer Dominique Bayle, cofondatrice de l’Association Petits Princes, une femme passionnée, spontanée, pleine d’humour, et sportive.  Mais aussi Cécile, coordinatrice de l’équipe des rêves, Sylvie, chargée des relations avec les hôpitaux, Chahnaz, chargée des partenariats, Matthieu, Directeur des partenariats et de la communication, Florence et les autres membres de l’équipe communication, Coralie, Danielle et quelques autres fées de l’équipe des rêves. 

Résumé de notre entretien. 

Comment est née l’Association Petits Princes ?

L’Association Petits Princes a été créée en 1987 par Marie Bayle, infirmière, et Dominique Bayle, professeur de sport et moniteur de ski.  C’est en lisant un article dans le Figaro sur une association étrangère réalisant les rêves d’enfants gravement malades que le déclic a eu lieu et que Marie et Dominique décident de créer une association avec le même objet en France. Elles rencontrent Frédéric d’Agay, petit neveu d’Antoine de Saint Exupéry, qui soutient le projet en leur accordant le droit d’utiliser le nom “Petits Princes”.  L’Association Petits Princes est née, et avec elle, le rêve à l’hôpital est devenu envisageable en France. L’Association Petits Princes vient de fêter son 25ème anniversaire au cours d’une journée exceptionnelle à Disneyland Paris (vous pouvez retrouver une vidéo résumant cette journée en cliquant sur la photo ci-dessous).

Petits Princes 25 ans

Comment avez-vous personnellement rencontré l’Association Petits Princes ?

J’ai travaillé pendant dix ans dans le milieu de la finance.  Ma banque était partenaire de l’Association Petits Princes. Au cours d’un séminaire, elle a organisé une tombola dont les profits étaient reversés à l’Association. C’est à cette occasion que j’ai rencontré les membres de l’Association. Je les ai revus ensuite à plusieurs reprises.  Puis, un jour, j’ai sauté le pas. Je suis salariée de l’Association depuis un an et demi, responsable des partenariats avec les particuliers, les établissements scolaires, les mairies et les associations.

Quel est le rôle de l’Association Petits Princes ?

La mission de l’Association est de permettre à des enfants gravement malades de réaliser les rêves qui leur tiennent à cœur. Rencontrer son sportif ou son artiste préféré ou nager avec des dauphins permet à l’enfant de parler d’autre chose que de la maladie, de se projeter dans l’avenir et de trouver une énergie supplémentaire pour se battre.

Nous mettons en œuvre les rêves personnels de chaque enfant.  C’est du sur-mesure !  La mise en œuvre du rêve prend généralement plusieurs semaines, plusieurs mois, de façon à ce que l’enfant puisse y penser pendant les moments plus difficiles et puisse se projeter dans l’avenir vers un événement positif.  Les médecins décalent parfois la date d’un traitement lourd après le rêve lorsqu’ils considèrent que l’enfant sera plus fort psychologiquement s’il a réalisé son rêve avant le traitement.

Une caractéristique essentielle de l’Association est le suivi des enfants dans la durée.  A partir du moment où un enfant devient un « petit prince » ou une « petite princesse », l’Association est à ses côtés tout au long de la maladie et l’enfant va pouvoir réaliser plusieurs rêves, en fonction de ses traitements et hospitalisations. A chaque fois que l’enfant va moins bien, nous mettons en place un autre rêve.

L’objectif est également d’impliquer toute la famille dans la réalisation du rêve. Lorsqu’un enfant est gravement malade, il est fréquent qu’un parent s’arrête de travailler pour s’occuper exclusivement de lui, ce qui amoindrit les ressources financières du foyer et fragilise le noyau familial.  Il arrive aussi qu’un des deux parents doive parfois s’éloigner de la famille pendant plusieurs semaines lorsque l’enfant est hospitalisé dans une ville lointaine.  Les frères et sœurs ont donc parfois du mal à accepter que leur frère ou sœur occupe toute l’attention de leurs parents.  Le rêve devient alors un élément positif qui se réalise grâce à l’enfant malade et qui permet de resserrer les liens familiaux.

Les rêves permettent aussi aux autres de considérer l’enfant malade comme celui grâce à qui un événement positif arrive. Nous suivons, par exemple, un enfant qui était rejeté par les élèves de sa classe à cause de sa différence. Son rêve était de rencontrer son joueur de football préféré. Cette rencontre a eu lieu et a été médiatisée. Suite à la réalisation de ce rêve, il est devenu la star de son école, tous les enfants voulaient venir chez lui afin de voir les photos qu’il avait prises avec le joueur !

Association Petits Princes 1987 - 2012

Qui sont les personnes qui travaillent pour l’Association Petits Princes ?

65 bénévoles travaillent pour l’Association, dont 45 dans l’équipe des rêves. Les bénévoles sont présents deux jours par semaine au siège de l’Association et sont également disponibles les jours où les rêves des enfants qu’ils suivent se réalisent.

L’Association n’a pas d’antenne en province car nous préférons que tous les bénévoles bénéficient de la même formation, des mêmes conseils et soient réunis dans un même lieu.

Dans la mesure où l’Association est aux côtés des enfants durant plusieurs années, nous demandons aux bénévoles de s’engager pour une période de deux ans au minimum pour ne pas que l’enfant change d’interlocuteur régulièrement.

Nous recherchons actuellement d’autres bénévoles, afin de pouvoir compter sur une cinquantaine de bénévoles dans l’équipe des rêves en fin d’année 2013, afin de répondre aux demandes de rêves de plus en plus nombreuses.

Nous avons également une équipe hôpital qui est en contact avec les 150 hôpitaux avec lesquels nous sommes en lien.  Cette équipe se rend fréquemment dans les hôpitaux pour rencontrer les nouveaux médecins, instituteurs, assistantes sociales, infirmiers.

L’Association emploie également 16 salariés qui travaillent au sein des fonctions support (finance, comptabilité, communication, partenariats, etc.), et à la direction.

Nous avons aussi un médecin parmi nos bénévoles et un médecin parmi nos salariés.

25 ans©Marc Chazelle

Qui sont les 1800 enfants que l’Association Petits Princes suit ?

Les enfants que nous suivons ont une maladie lourde, 60% ont un cancer ou une leucémie et 40% ont une maladie génétique. Ils ont entre 3 et 18 ans. 70% des enfants que nous suivons vivent en province.

Nous avons des liens étroits avec 150 hôpitaux. Les médecins parlent de l’Association aux enfants dont le traitement est compatible avec la réalisation de rêves et à leurs parents.  Si les enfants et les parents sont intéressés, les équipes médicales se rapprochent de nous.

Nous recevons de plus en plus de demandes car l’Association est de plus en plus connue.  Il y a de plus en plus d’associations mais les hôpitaux ont tendance aujourd’hui à recentrer leur partenariat sur une ou deux associations. Aujourd’hui, nous avons dix nouvelles demandes de rêves par semaine alors que nous n’en avions que trois il y a quelques années.

Que deviennent les enfants que vous avez suivis une fois qu’ils sont guéris ?

L’Association Petits Princes fait partie intégrante de leur vie. Certains reviennent nous voir pour nous présenter leur conjoint, leurs enfants. Ces moments sont aussi très émouvants pour nous.

Quel est le profil des partenaires et donateurs de l’Association Petits Princes ?   

Une cinquantaine d’entreprises nous soutiennent financièrement, au travers d’opérations externes ou d’événements fédérateurs en interne. Par exemple, cette année, la Fondation Bouygues Telecom a proposé aux salariés de l’entreprise de faire un maximum de pas dans une journée pour générer un maximum de dons. Les salariés marchaient pendant les réunions, en mangeant, etc! Ils ont fait l’équivalent d’un Paris-New-York!

Des établissements scolaires nous soutiennent également. Ils organisent par exemple des cross. Une école à Versailles a préparé un calendrier de l’Avent solidaire. D’autres écoles ont organisé des marchés de Noël au profit de l’Association.

Des particuliers nous soutiennent aussi.

Ceci étant, contrairement à d’autres associations, nous ne faisons jamais d’appels aux dons par e-mails ou de publicité dans les magazines sauf pour faire appel à des candidatures de bénévoles, car nous voulons utiliser les dons que nous recevons uniquement pour la réalisation des rêves d’enfants.

Comment se passe la construction d’un rêve ?

Nous sommes régulièrement en contact téléphonique avec l’enfant afin de définir précisément son rêve et d’établir un lien avec sa famille et lui. Les bénévoles ne se déplacent pas à l’hôpital de façon à ce que les enfants n’associent pas l’Association Petits Princes au monde hospitalier. Le bénévole voit donc l’enfant, dans la majorité des cas, pour la première fois le jour de la réalisation du rêve.

Pour chaque rêve, on garde une part de mystère, de surprises, pour que la journée soit encore plus exceptionnelle. On remet ensuite à l’enfant un album photo et des souvenirs du rêve pour que l’effet bénéfique de la journée dure plus longtemps.

Ce sont des moments exceptionnels, émouvants, et ce d’autant plus quand la famille vous confie qu’elle ne l’a pas vu aussi heureux depuis longtemps.

Quels sont les rêves qui vous ont le plus marquée ?

J’avoue avoir un faible pour les rencontres des petites filles avec des princesses.  Je me souviens d’une petite fille qui voulait savoir si les princesses portent des chaussures!

Certains rêves sont récurrents, comme celui d’aller à Disneyland. D’autres rêves sont atypiques.  Un enfant que l’on suit est passionné d’origami. Nous lui avons permis de réaliser son rêve, et ses origami ont été référencés sur le site d’un origamiste professionnel.  Nous l’avons aussi aidé à exposer ses origami dans la bibliothèque municipale de sa ville.  Puis, quelques mois plus tard, nous avons organisé une rencontre avec un célèbre origamiste  américain lors d’une convention internationale à Bilbao.

Avez-vous déjà été confrontés à des rêves impossibles à mettre en œuvre ?

Non.  Il est vrai que certains rêves sont plus difficiles à réaliser que d’autres. Ceci étant, aucun n’est impossible. Les enfants sont très matures et savent que s’ils demandent quelque chose d’impossible, comme aller sur Mars, cela ne se réalisera pas. Et, ils veulent vraiment que leur rêve se réalise !  Les rêves des enfants ne sont donc jamais déraisonnables.

Un des rêves les plus difficiles à réaliser est la rencontre avec les personnalités car elles sont très sollicitées. Quand un rêve est long à réaliser, on demande à l’enfant de formuler un autre rêve pour le faire patienter.

L’Association Petits Princes a-t-elle déjà réalisé des rêves en rapport avec la course à pied ?

Plusieurs enfants ont rencontré Christophe Lemaître. Par contre, aucun enfant n’a demandé de rencontrer un marathonien ! Les rêves sportifs sont davantage liés au football et au tennis. Nous avons accompagné plusieurs enfants au Jeux Olympiques de Londres l’été dernier.

Si vous voulez nous aider à soutenir l’Association Petits Princes, nous vous invitons à cliquer sur le lien suivant : http://www.alvarum.com/stephaniegicquel

Stéphanie & Jérémie - Running Association Petits Princes

Entretien avec..., Marathon du Pôle Nord 2013

Interview with Richard Donovan – 7 Marathons, 7 Continents, Under 5 Days


Pas de commentaire
Richard Donovan Running
(c) Richard Donovan

The first marathon at the North pole occurred in 2002 when Richard Donovan covered the distance alone. Since then, Richard organizes the North Pole Marathon every year. In addition to organizing the world’s northernmost marathon, he also organizes the world’s southernmost marathon, the Antarctic Ice Marathon. 

Richard is a 46-year-old Irish runner and marathoner who has completed some of the most diverse ultra-marathon races on earth.  His races cover not only vast distances, but take place in a variety of extreme climatic conditions and circumstances: from the mind-numbing cold of the South pole to the scorching heat of the Sahara Desert; from the sea level of native coastal Ireland to the altitude heights of the Andes and Himalayan mountains; and from baking sand dunes to snow and ice.

He worked previously as an economist. His life radically changed in 2002, when he ran seven ultra-marathons on seven continents within the space of a year.  He then decided to dedicate his life to running activities.  In the past ten years, he has won several off-road events, such as the Antarctic Ice Marathon, the Inca Trail Marathon, the Everest Challenge Marathon, the Antarctic 100kms, and the Himalayan 100-Mile Stage Race.  Between January 30 and February 5, 2009, he set a world record for running seven marathons on each of the seven continents in fewer than six days, spending almost half of this time in the air getting from one marathon destination to the other! In February 2012, he improved his own record by completing seven marathons on seven continents in 4 days 22 hours and 3 minutes (the World Marathon Challenge 2012).

Interview of an exceptional extreme runner, Richard Donovan, thanks to whom we will get to run the North Pole Marathon on April 9, 2013.

Richard Donovan Antarctic 100k
(c) Richard Donovan

Why have you decided to run a marathon at the North pole in 2002?

In 2002, I had set a big goal to run seven difficult ultra-marathons on seven continents in one year.  That is why, on January 22, 2002, I participated in the inaugural – and only – South Pole Marathon. This marathon has never been organized since. There were only six competitors registered, and three of them decided not to run after spending some time in the Antarctic! The race was difficult because of the temperature (-50°C) and the altitude (9000 feet). And we faced huge logistical problems (Richard finished first).

A few weeks after the race, I heard that the second placed finisher, Dean Karnazes, was planning on running a marathon at the North Pole. I wanted to get to the North Pole before him to be the first person to run a marathon at the North Pole. I succeeded in doing so and ran a solo marathon at 90°N on April 5, 2002. A Russian copter dropped me off, and I just repeated a circular route. We recorded the distance with GPS.  Dean Karnazes must have decided not to run a marathon at the North Pole but this “friendly” competition with Dean was a large part of my decision to run there. I also knew that this was an opportunity to be the first to run a marathon at both poles.

How did the North pole compare to the South pole?

It was actually colder at the North Pole that year because of very strong winds, but it felt much less severe because there was no altitude. The landscape at the North Pole is quite different in that you have all these small little ice hills, while the South Pole has much more level terrain.  But in general, the run at the North Pole seemed quite easy compared to the South Pole Marathon. It took me a while to recover from the general weakness I experienced after the South Pole trip.  Clearly, the big difference is the altitude. At the South Pole, just trying to move is awful. It’s just not built for people to try to do distance runs.

Richard Donovan 100k-4leaders
(c) Richard Donovan

Which edition of the North Pole Marathon was the most difficult?

Probably the 2006 race. It was not very cold but the surface was so uneven that the race was extremely difficult. The terrain was quite trying, comprising deep snow in patches and a very uneven and unpredictable surface, making it difficult to get a rhythm going.

Do you think that the North Pole Marathon could be jeopardized by the Arctic icemelt?

In the past couple of years, there are more and more competitors. The economic crisis has had no impact. And I think that the Arctic ice melt will certainly have no impact in the short term. This problem is peripheral but does not so far significantly impact the geographic North Pole itself even if the ice is less and less thick. But clearly, the Russian base camp Barneo is now set up for a few weeks only whereas it was set up for a longer period when I began to organize the North Pole Marathon in 2003. And, it is more and more difficult to find an ice block to build the runway for the Antonov.

How do you prepare an extreme race as the North Pole Marathon, the Antarctic Ice Marathon, the Antarctic 100kms, or the World Marathon Challenge 2012?

I prepared the World Marathon Challenge 2012 in a few days only!! I am used to running 90-100 miles a week so I do not need any specific preparation before an events like that. My legs and muscles have memories. I usually have no time to do a specific preparation. It was only in mid-January, 2012 – as I was going to Antarctica anyway at the end of January – that I decided to run seven marathons on each of the seven continents in less than five days on the way home.  I started the World Marathon Challenge 2012 in Antarctica on February 1st, 2012!

The marathons on the continents were more a logistical challenge than a physical challenge. Running was the easy part! However, the World Marathon Challenge 2012 required a physical demand too, but in a different manner than the other extreme races you mention. I commenced a marathon in Antarctica on February 1, 2012 several hours before a Russian cargo plane’s scheduled return flight to Cape Town. At Cape Town, I had app. 9 hours to disembark the plane, leave the airport, run the marathon and return to check in for my next flight to Sao Paulo. In Brazil, I had even less time, 8 hours and 50 minutes. One late flight would have scuppered the entire record attempt.  I was unable to stay anywhere en route and suffered from major sleep deprivation. I slept little even during flights. Marathon fatigue and flying fatigue accumulated.  The impact of extreme temperature fluctuations are also a factor of fatigue with a substantial difference in temperature between the marathons.

Richard Donovan Running 2
(c) Richard Donovan

How many marathons and ultra-trails have you run? Which one did you like best?

I have no idea…a lot!! I began to run marathons and ultra-marathons in 2002.  The only race I have participated before 2002 was the Marathon des Sables as a once-off in 1999.

The Jungle Marathon in Brazil is very nice. The environment is fantastic. It was a unique experience.  I also like the Trans 333 across the Sahara Desert in Africa. The Inca Trail in Peru is really nice too. There is a high altitude (14000 feet).

What is the most difficult race to which you have participated?

The Jungle Marathon because I became dehydrated and suffered acute renal failure (kidney failure).  I recovered however. And there is no protection against animals. It gets you to run faster!!

Do you practice other sport activities?

I played rugby when I was younger. I practice boxing a few days a week. I do not have much time for other sports.

What are your future projects?

Last month, I was in Chile. I am about to organize a “volcano marathon” at San Pedro de Atacama (18000 feet).  Two races would be proposed to the competitors: a 100kms and a marathon. It would be the highest marathon in the world.

I also have various polar projects. I would like to organize a race in Antarctica combining skiing, cycling and running that would take place at the same location as the Antarctic Ice Marathon. I also plan to run across Antarctica in December 2013.

Richard Donovan Running 3
(c) Richard Donovan
Entretien avec...

Entretien avec Kyriakos Kaziras – Le regard du photographe


Pas de commentaire

Il a un talent hors du commun, un talent qui lui permet de transmettre des émotions par la photographie, notamment par le croisement des regards. Voilà des années qu’il voyage aux quatre coins du monde pour aller à la rencontre de la faune sauvage, notamment dans les régions polaires sur les traces de l’ours blanc. Il peut parler pendant des heures avec passion de ses photos, des anecdotes qui les entourent, des émotions qu’il a ressenties.  Lauréat des ZOOMS du Salon de la Photo 2012, son travail est de plus en plus reconnu et sa notoriété grandissante.  C’est lors d’une expédition en Arctique que nous l’avons rencontré.

Entretien avec un artiste à la sensibilité touchante, entretien avec notre ami, Kyriakos Kaziras.

Kyriakos Kaziras Ours Polaire 2

Trois expéditions en Alaska, quatre expéditions au Spitzberg, deux expéditions en Sibérie au compteur. Pourquoi les régions polaires t’attirent-elles autant ?

Ce qui me plaît, c’est que quand on est dans ces régions, on a l’impression d’être sur une autre planète. Au Spitzberg, ou au nord de l’Alaska, il n’y pas de civilisation, pas de route. Ce sont des régions tellement sauvages. Il n’y a rien, on se retrouve seul avec la nature.

Kyrakos Kaziras Spitzberg

Ce qui m’attire beaucoup également, ce sont les lumières. Elles sont magnifiques. Ce sont des lumières qu’on ne voit nulle part ailleurs.  En Arctique, il fait jour 24 heures sur 24 pendant trois mois. Le soleil tourne autour de l’horizon sans jamais se coucher.  Lorsque le soleil touche l’horizon pour la première fois, cela crée des lumières encore plus étonnantes, fantastiques. A chaque expédition dans ces endroits, je vis des moments magiques.

Je vais aussi dans ces régions car j’aime photographier les ours polaires.  Je vais en Alaska aux endroits où je sais que je suis susceptible de voir des ours.

Quelle a été l’expédition la plus difficile ?

En 2011, une expédition en Alaska dans le parc national et réserve de Katmai. Il a plu pendant toute l’expé. Et il faisait très froid, même sous la tente. Je suis tombé dans l’eau le premier jour en traversant une rivière. Mes vêtements sont restés mouillés jusqu’à la fin de l’expé. J’avais froid tout le temps. Cela rendait les tâches quotidiennes compliquées, comme aller aux « toilettes » par exemple ! Se lever la nuit demandait beaucoup de préparation à cause de la pluie, du froid et des grizzlis qui rôdaient autour de la tente ! Je suis rentré en France malade avec beaucoup de fièvre.  Ceci étant, c’est avec les erreurs que l’on apprend.  Cette année, quand je suis reparti en Alaska, je me suis beaucoup mieux équipé avec du matériel grand froid.

Kyriakos Kaziras-Alaska

Est-ce qu’une photo t’a marqué plus que les autres ? 

Non. Toutes les photos ont une histoire. Chaque photo est particulière. Il y en a qui sont plus difficiles à réaliser que d’autres, par exemple cette photo d’un ourson sur un tronc de bois prise en Sibérie orientale, au Kamtchatka, sous une pluie battante.

Kyriakos Kaziras- Ourson Alaska

Avec les animaux sauvages, il faut être très patient.  Les photos d’ours blanc ci-dessous ont été prises lors de mon expédition en Alaska au mois d’octobre dernier.  A cette époque de l’année, les ours attendent que la banquise se forme pour aller chasser les phoques. Mais la banquise ne s’est jamais formée pendant toute la durée de mon séjour sur place !  Il ne se passait pas grand-chose donc.  J’ai passé mes journées à observer les ours qui attendaient allongés. Ils avaient très faim.  Ils économisaient leur force. A la toute fin de mon expé, des Inuits ont ramené sur la plage une baleine qu’ils venaient de chasser. Les ours se sont nourris de la carcasse de la tête que les Inuits ne conservent pas.

Kyriakos Kaziras Ours Polaire 3

A partir de là, c’est devenu très intéressant pour moi.  Les ours ont commencé à être plus actif, à courir, etc.

Kyriakos Kaziras Ours Polaire 4

Est-ce que tu as prévu de retourner dans les régions polaires prochainement ?

Oui.  En août 2013, je ferai le tour du Spitzberg en bateau afin de photographier les ours polaires sur la banquise au Nord.  Puis, je retournerai au Nord de l’Alaska au bord de la mer de Beaufort entre mi-septembre et mi-octobre.

J’ai également pour projet d’aller en Antarctique en 2014.  Ce sera ma première expédition là-bas.

Comme tu le sais, nous allons courir le Marathon du Pôle Nord. Nous sommes susceptibles d’y rencontrer des ours polaires. Tu t’es déjà retrouvé à plusieurs reprises à quelques mètres d’ours polaires. Comment as-tu géré la situation ?

Si vous vous retrouvez à pied face à face avec un ours blanc, … bonne chance ! L’ours polaire est le plus grand carnivore terrestre, nous sommes de la nourriture pour eux. A chaque fois que je photographie des ours polaires, je suis sur une barque (comme en mer de Beaufort sur la photo ci-dessous) ou sur un voilier (au Spitzberg par exemple). En Alaska, les ours que j’ai vus venaient de se nourrir d’une baleine.  Quand ils viennent de se nourrir, ils sont moins dangereux.  Un jeune ourson a quand même essayé de monter sur la barque. Mais c’était uniquement pour jouer, par curiosité.

Kyriakos Kaziras-Polar Bear

Quels sont tes autres projets ?

Je viens de sortir un livre, Animal Emotion. Il est en librairie depuis le 11 décembre. Ce livre est le fruit de six années de travail, d’expéditions à travers le monde. Je n’ai pas voulu faire un reportage qui ne contiendrait que dix photos intéressantes et beaucoup de remplissage. Je voulais réaliser un ouvrage assez complet.  Ce qui m’intéresse est de transmettre les émotions que je ressens. C’est pour cela que mon livre s’intitule Animal Emotion.

Je retourne au Kenya le 31 décembre pour une dizaine de jours avec mon ami, Pierre Menès.  Je vais lui apprendre la photographie animalière. Une équipe de télévision va nous filmer et faire un reportage sur mon travail pour Canal +.

J’expose les photographies de mon livre à Paris, dans la Galerie Janos, 9 rue Christine, dans le 6ème arrondissement, du 17 janvier au 10 février 2013. Ensuite, j’expose mes photographies d’ours, près de Versailles, à Montfort l’Amaury, dans la Galerie BLIN plus BLIN, du 15 mars au 15 mai 2013.

Je pense que je retournerai deux ou trois fois en Afrique au cours de l’année 2013. Car j’ai un nouveau livre en gestation.

Tu fais également beaucoup de sport, notamment du vélo. Quelles sont les courses cyclistes dont tu as pris le départ ?

J’ai participé à tellement de courses … que je ne parviens pas à me rappeler de toutes !! J’ai couru notamment le Paris-Roubaix, le Paris-Honfleur, l’Ardéchoise, la Poulidor, j’ai fait l’ascension du Mont Ventoux par Bedoin.

Qu’est ce que tu recherches dans ce type de défis sportifs ?

Je cherche à me surpasser.  Quand je relève un défi sportif, je me dis que j’ai réalisé quelque chose que je croyais inaccessible. Je me fixe alors un autre objectif que je considère comme inaccessible et ainsi de suite. Quand on franchit la ligne d’arrivée, on est euphorique à l’idée de se dépasser, d’aller au bout de soi même.

En ce moment, je fais beaucoup moins de sport. Cela me manque. Malheureusement, je n’ai pas le temps. Au cours des quatre derniers mois, je suis parti au Spitzberg, en Afrique du Sud, en Sibérie Orientale, au Kenya, en Alaska, et le reste du temps, j’ai travaillé sur la préparation de mon livre, j’ai répondu à des interviews pour des magazines de photographie, j’ai animé des conférences pour le Club Photoshop à Nantes, j’ai exposé et animé des conférences au Salon de la Photo, porte de Versailles, à Paris, au festival de la photographie animalière de Montier-en-Der et en Slovénie, et j’ai animé des cours à l’école MJM Design Graphic à Paris.

Pour en savoir plus sur le travail de Kyriakos Kaziras, nous vous invitons à visiter son site internet : http://www.kaziphoto.com/.  Kyriakos vient de publier un livre, Animal Emotion, aux Editions Vilo , avec une préface de Pierre Ménès, en vente en librairie et sur son site internet. Une bonne idée de cadeau en cette période de fêtes !!

Animal Emotion Kyriakos Kaziras

Entretien avec...

Entretien avec Christophe Lebrun – Grand Chelem Marathon


Pas de commentaire
Christophe Lebrun (Salar d'Uyuni)
© GCM – 2012

Après avoir participé au Marathon du Pôle Nord en 2011, il boucle durant l’été et l’automne 2012, avec son amie Frédérique, les deux premières étapes de leur Grand Chelem Marathon.  Le Grand Chelem Marathon, c’est un tour du monde durant lequel ils courent un marathon sur chacun des cinq continents dans un lieu insolite où aucun marathon n’a jamais été couru – les volcans du Vanuatu jusqu’aux lacs de lave en fusion ou le Salar d’Uyuni en Bolivie à près de 4000 mètres d’altitude.  Rencontre avec Christophe Lebrun, un sportif 100% nature. 

Vous avez couru le Marathon du Pôle Nord en 2011. Vous courez en 2012 et 2013 votre Grand Chelem Marathon. Pourquoi avez-vous décidé de courir ces marathons de l’extrême ?

J’ai toujours fait beaucoup de sport.  Il y a dix ans, j’ai passé près d’une année sur un lit d’hôpital. Je ne savais pas si je pourrais remarcher un jour. Je m’étais alors dit que si je m’en sortais, je ferais quelque chose de fort, exceptionnel, afin de transmettre de l’espoir à ceux qui traversent des moments de souffrance. Après de longs mois de rééducation, je suis parvenu à remarcher puis à recourir. J’ai alors participé à des raids par étapes sur plusieurs jours. C’est en témoignant de cette expérience que je me suis rendu compte que je pouvais aider d’autres personnes. Courir utile, établir un parallèle symbolique entre « vaincre la maladie », « atteindre un sommet » et « franchir la ligne d’arrivée ». Je me suis rapproché de l’association A Chacun Son Everest !, fondée par la célèbre alpiniste française, Christine Janin. Aujourd’hui, les marathons extrêmes du Grand Chelem Marathon sont dédiés aux enfants de cette association.

Quelle a été votre préparation spécifique au Marathon du Pôle Nord ?

Je me suis entraîné une fois par semaine, à raison de 2 à 3 heures par séance, en chambre froide à partir du mois de janvier jusque mi-mars. Avec le recul, je me rends compte que j’ai peut être fait trop d’entraînements en chambre froide. C’est utile pour tester le matériel mais ce type d’entraînements fatigue énormément. Je me suis aussi entraîné à courir longtemps et en montagne. J’ai également couru la SaintéLyon en décembre 2010, l’année où il a fait le plus froid sur cette course. Je crois que j’étais le seul concurrent à être ravi des conditions climatiques qui me préparaient pour le pôle Nord !

Quels souvenirs gardez-vous du Marathon du Pôle Nord ?

Des sensations intenses et inédites. Le pôle Nord est un lieu unique au monde. J’en garde le souvenir d’une lumière exceptionnelle, de la limpidité de l’air, d’un ciel bleu, du soleil qui nous tourne autour, du silence, d’un engagement total pour aller au bout de soi-même. Le mental prend le dessus sur le physique pour franchir la ligne d’arrivée. Je garde de beaux souvenirs aussi des moments de partage et d’échange avec les enfants d’A Chacun son Everest ! Nous nous sommes rencontrés à Chamonix durant la préparation de cette course, mais aussi au retour du pôle.

Nous allons courir le Marathon du Pôle Nord en avril 2013, quels conseils nous donneriez vous ?

Préparez minutieusement votre équipement. Cet équipement peut être différent pour chacun de vous deux. Le plus important est qu’il vous convienne. Il faut également vous confronter au froid et faire des sorties longues en montagne, sur des glaciers. N’hésitez pas à courir plusieurs heures en continu. A marcher longuement aussi. Et surtout, n’écoutez jamais toutes les personnes qui vous diront : « Ce n’est pas possible » !!

Comment vous est venu l’idée de faire un tour du monde pour courir un marathon inédit sur chacun des cinq continents ? 

C’est une conjonction de plusieurs raisons. Avec Frédérique, nous avons imaginé et dédié ce projet aux enfants d’A Chacun son Everest ! Nous sommes passionnés de course à pied, avec une approche très nature. Nous voulions ainsi créer un projet qui allie les notions de voyage, de partage et la course à pied. Nous ne cherchons pas la performance, ni les records. Ce qui importe, c’est de franchir la ligne d’arrivée, tout comme les enfants se battent pour vaincre leur maladie. Ce qui nous motive, c’est de courir la distance du marathon, de franchir les obstacles, de surmonter les doutes. Courir là où personne n’a jamais couru est une belle source d’adaptation. La plupart des marathons du Grand Chelem sont des premières, dédiées aux enfants d’A Chacun son Everest !

 © GCM - 2012
© GCM – 2012

Et surtout, n’écoutez jamais toutes les personnes qui vous diront : « Ce n’est pas possible » !!

Comment s’est passée la seconde étape qui a eu lieu fin octobre sur le Salar d’Uyuni en Bolivie ?

Ce marathon a été particulièrement difficile…Nous devions faire face à des conditions particulières : un effort continu et intense sous hypoxie, une chaleur importante et une réverbération intense due à la blancheur immaculée du désert de sel – qui ressemblait par certains côtés à la banquise.  Un médecin nous a accompagnés. Nous avions également un caisson hyperbare en cas de mal aigu des montagnes. Nous ne connaissions personne qui ait couru un marathon à une telle altitude, nous n’avons pas pu bénéficier de conseils de prédécesseurs. Nous venons de publier le récit de cette course sur le blog (http://www.grand-chelem-marathon.com/). Même si cela a été très difficile, nous avons beaucoup appris de cette expérience. Les Boliviens nous ont regardés avec des grands yeux ! Le Salar d’Uyuni se parcourt habituellement en 4×4, pas à pied et encore moins en courant ! C’était tout à fait étonnant pour eux de nous voir nous engager dans cette aventure et encore plus de nous retrouver quelques heures plus tard à l’autre bout du Salar après cette traversée du désert.

Connaissez-vous d’ores et déjà les destinations des trois dernières étapes du Grand Chelem Marathon ?

Pas toutes. Les destinations et les parcours sont en cours d’élaboration. 

Des scientifiques vous suivent afin d’étudier la réaction du corps humain lorsqu’il est confronté à des conditions extrêmes ? Ont-ils déjà tiré des conclusions de vos deux premières étapes du Grand Chelem Marathon ?

Les laboratoires qui nous suivent n’ont pas encore tiré de conclusions. Actuellement, nous relevons et collectons de nombreuses informations. Il faudra sans doute entre un an et un an et demi pour les exploiter et en tirer des conclusions. Ceci étant, tout ne sera peut-être pas exploitable car nous ne courons pas dans des conditions de laboratoire.

Combien de marathons et / ou ultra-trails avez-vous couru ? Lesquels vous ont le plus marqué ?

Je n’ai pas couru beaucoup de marathons, deux seulement avant le Marathon du Pôle Nord. Mes courses de prédilection étaient jusqu’à présent les grands raids par étapes. J’ai ainsi couru les Foulées de la Soie en Chine en 2007, les Foulées de Cappadoce en Turquie en 2008, les Foulées de Samarcande en Ouzbékistan en 2009.

Quelle est la compétition la plus difficile à laquelle vous ayez participé ?

Le Marathon du Pôle Nord à cause du froid, de la durée et de l’engagement que cela implique.

Pratiquez-vous d’autres activités sportives ? Lesquelles ?

Le triathlon, le ski, la randonnée en raquettes, le parapente, l’escalade.

Avez-vous vécu d’autres expériences dans les régions polaires (voyage, trek, défi sportif, etc) ?

Non. Ceci étant, avant de courir le Marathon du Pôle Nord, j’ai fait escale au Spitzberg. C’était l’occasion de randonner sur neige et glace et de découvrir le glacier de Longyearbyen.

Avez-vous déjà des projets pour 2014, après le Grand Chelem Marathon ? 

Nous avons avant tout 2013 en point de mire et encore trois étapes du Grand Chelem à réaliser. Toute notre attention est portée sur ce projet.

 

Entretien avec...

Entretien avec Vincent Hilaire – Photographe des pôles


Un commentaire

« Il est temps de vivre la vie que tu t’es imaginée » (Henry James).

En quête continuelle d’aventure, de poésie, de grands espaces, Vincent Hilaire est de ceux qui se battent pour vivre leurs rêves. Navigateur, écrivain, photographe, caméraman, journaliste, il a été correspondant d’expédition à bord de la goélette polaire Tara d’abord en Arctique pendant la nuit polaire du 23 septembre 2007 au 23 février 2008 lors de l’expédition scientifique Tara Arctic, puis en Antarctique en janvier 2011 lors de l’expédition scientifique Tara Oceans.  

C’est en noir et blanc qu’il a décidé de décrire ces déserts de glace.  Vincent Hilaire expose actuellement une trentaine de photos au pied du Pont Alexandre III à Paris dans le cadre de l’escale de Tara jusqu’au 27 janvier 2013.  Il est également l’auteur d’un livre NUIT POLAIRE, ETE AUSTRAL, paru aux éditions Magellan & Cie, recueil de photos et de textes écrits au jour le jour durant ces deux séjours sur Tara.  Rencontre avec un aventurier hors du commun qui chérit la vie comme un bijou.  

"La baleine" © Vincent Hilaire - Tara expéditions
« La baleine » © Vincent Hilaire – Tara expéditions

Quel a été votre parcours avant d’embarquer pour la grande dérive à bord de Tara en septembre 2007 ?

J’ai grandi à Marseille, d’où mon attirance pour la mer, la voile, les bateaux, les marins, la pêche, la Méditerranée. A 16 ans, je suis venu étudier l’économie à la Sorbonne à Paris. Lorsque j’étais étudiant, je faisais déjà beaucoup de photographies en noir et blanc dans les rues de Paris. J’aimais également le journalisme, la presse écrite et la radio. J’animais notamment un programme à la radio consacré à la vie étudiante. J’ai ensuite passé le concours de l’Institut Français de Presse.  J’ai fait quelques stages en tant que journaliste reporter, rédacteur et caméraman. J’ai notamment été stagiaire rédacteur pour Thalassa. Clin d’œil du destin : c’est dans le cadre de ce stage, qu’en 1992, pour la première fois, j’ai mis le pied sur le pont de l’Antarctica (devenu ensuite Tara) ancré à Camaret-sur-Mer. J’ai ensuite été recruté en qualité de journaliste reporter et présentateur par France 3. J’ai travaillé pour cette chaîne pendant 18 ans.

Pourquoi vouliez-vous embarquer à bord d’un bateau pris dans les glaces ? Rêviez-vous de voir le pôle Nord ?

Je rêvais avant tout d’aventure.

J’aimais beaucoup les déserts. J’ai découvert le désert marocain lorsque j’avais 23-24 ans.

A 29 ans, j’ai participé à la Transat des Alizés avec quatre autres équipiers. Nous avons navigué de Brest à Casablanca puis à Pointe-à-Pitre.

J’ai ensuite cherché à renouveler ce type d’expériences. J’ai tenté de participer à une expédition en Antarctique organisée par des montagnards. J’ai également obtenu en trois mois mon diplôme de scaphandrier pour participer à un projet audiovisuel sur les fonds marins, dans la lignée des aventures de la Calypso avec les moyens technologiques modernes. Je voulais aussi participer au projet « Pourquoi pas l’Antarctique » initié par Isabelle Autissier en 2003-2005. Aucun de ces projets n’a malheureusement vu le jour, mais je n’ai jamais baissé les bras. J’ai toujours été très déterminé.

En 2007, suite à un reportage télévisé sur les expéditions de Tara, j’ai contacté Romain Troublé, actuellement Secrétaire Général et Directeur des opérations de Tara Oceans. Mon profil correspondait à ce qu’ils recherchaient.  J’ai alors rencontré Etienne Bourgois, propriétaire de Tara et président de Tara Expéditions.  Et il m’a recruté pour être correspondant à bord de Tara pendant la dernière étape de la dérive en Arctique.

Je pense que j’ai eu beaucoup de chances et que j’ai fait de belles rencontres qui m’ont permis de réaliser mes rêves d’aventure.

Comment vous êtes vous préparé physiquement et mentalement pour ces expéditions ? Vous êtes vous préparé spécifiquement à affronter l’isolement et le froid ?

Je n’ai pas suivi de préparation spécifique.  Je fais toujours du sport, du footing, de la marche, de l’équitation.  Je pratique aussi beaucoup le yoga.  J’ai continué à faire mon yoga sur Tara pendant mes heures de quart.  Pratiquer la Salutation au Soleil pendant la nuit polaire était tout à fait nouveau pour moi !

Avez-vous pris part aux travaux scientifiques pendant vos deux séjours à bord de Tara ? Saviez-vous précisément ce que recherchaient les scientifiques ?

Oui, je savais exactement quelles données les scientifiques – des ingénieurs océanographes – collectaient et pourquoi. Tous les Taranautes étaient impliqués dans les travaux scientifiques. Je posais aussi beaucoup de questions.

"Vincent Hilaire"© Grant Redvers - Tara expéditions
« Vincent Hilaire »
© Grant Redvers – Tara expéditions

Vous écrivez dans votre journal de bord qu’après un certain nombre de jours passés dans la nuit polaire, les Taranautes « commençaient à être sous l’effet de la nuit polaire, un brin déjantés ».  Vous deviez vous astreindre à une activité régulière pour éviter la déprime. Quelles étaient vos occupations à bord de Tara ?

Nous étions très occupés. Nous travaillions 4 à 5 heures par jour pour la science.  Puis nous étions affectés à tour de rôle aux autres activités de bord : corvées de glace, cuisine, quarts, nettoyage du bateau, ramassage du camp déployé autour de Tara avant les tempêtes ou en prévision de la sortie des glaces…etc.  A la fin de la dérive, nous avions beaucoup de travail pour préparer le bateau en vue de sortir des glaces et de naviguer à nouveau.

Pour nous détendre, nous faisions des balades en ski. Un soir par semaine, c’était le jour du banha russe. Un sauna à 80°C. Tout l’équipage se réjouissait dès le matin de profiter de cette distraction. Après quelques minutes passées dans une chaleur étouffante, le jeu consistait ensuite à s’asperger d’eau glacée ou à se baigner carrément dans l’océan gelé.

Ce n’est qu’après avoir participé aux corvées du bord que je pouvais photographier, tourner les images et écrire les articles que me commandait l’équipe de Tara à Paris.  J’ai souvent été confronté à un cruel dilemme car ce qui était vraiment intéressant à filmer nécessitait aussi mon aide !

Avez-vous vu des ours lors de votre expédition en Arctique ?

Oui, à deux reprises.  La première fois, ils ne sont pas restés longtemps. J’ai à peine eu le temps de faire une vidéo. La deuxième fois, les chiens ne les ont pas sentis venir à cause du vent. Ils ont aboyé au dernier moment lorsqu’ils étaient tout près du bateau. J’étais fasciné de les voir.

Lorsque vous avez embarqué à bord de Tara en septembre 2007, saviez-vous déjà que vous feriez un reportage de photos en noir et blanc ?

Oui. Cela était naturel pour moi.

Quand j’ai commencé la photographie, je travaillais en noir et blanc. Je conserve toujours mon premier appareil photo que l’on m’a offert quand j’étais enfant. C’était un Instamatic. C’est avec cet appareil que j’ai fait mes tout premiers clichés !

Le noir et blanc me semblait plus adapté que la couleur pour raconter la nuit polaire. L’absence de lumière du jour donne aux photographies un caractère presque irréel, les hommes sont transformés en personnages flous et fantomatiques. Le noir et blanc met en valeur l’ambiance très particulière de la nuit polaire.

Personne n’avait réalisé un travail artistique en noir et blanc aussi conséquent en Arctique au contraire de l’Antarctique avec les photos de Franck Hurley, illustre photographe et cinéaste, qui a participé à l’expédition à bord de l’Endurance avec Sir Ernest Henry Shackleton de 1914 à 1917.  C’était l’occasion de le faire au Nord.

Enfin, le noir et blanc donne un caractère historique aux photos.

Comment avez-vous choisi les trente photos de votre exposition « d’un pôle à l’autre » ?

J’ai pris plus de 8000 photos lors de chacune de mes expéditions. Il m’a fallu beaucoup de temps pour faire une pré-sélection, puis pour choisir parmi cette pré-sélection les trente photos qui sont exposées.  Des regards extérieurs m’ont aidé à finaliser mon choix afin d’éviter que je ne sélectionne une photo que pour des raisons personnelles, subjectives, parce qu’elle a été prise dans un contexte particulier pour moi.  Je m’enrichis des critiques des autres.  Je veux savoir comment ils réagissent à mes photos avec leur propre sensibilité.

Vous écrivez dans votre journal de bord : « Beaucoup de choses s’éclairent, et petit à petit le fait d’être loin des turbulences de la vie urbaine apporte beaucoup de paix et de recul » et « Que sera ma vie au retour ? Ce que j’en ferai ! Je suis libre de choisir quelle vie je veux mener ».  Votre vie a-t-elle changé après vos deux expéditions à bord de Tara ?

Oui, ma vie a beaucoup changé. J’ai eu la chance de réaliser plusieurs rêves, artistiques, professionnels, marins, aventureux.  Je me suis enrichi de ces expériences. Je me connais mieux.    

Quels sont vos projets ?

Tara fera le tour de l’Arctique de mi-mai à mi-novembre 2013.  Je les rejoindrai j’espère, à partir du mois d’août pour le passage du Nord-Ouest.

J’exposerai à nouveau mes photos en 2013 lors des escales de Tara et je prépare également quelques expositions personnelles. Je conçois ces expositions comme une invitation à réfléchir sur les changements climatiques, nos modes de vie actuels reposant trop souvent sur un confort illusoire, éphémère et dangereux pour l’avenir de notre planète.

Enfin, je travaille actuellement sur un projet de livre sur les pays des glaces qui devrait être publié au cours du premier semestre 2013.

Pour plus d’informations sur les travaux et projets de Vincent Hilaire, nous vous invitons à consulter son site internet : http://www.vincenthilaire.fr/.  Vous pourrez également trouver des informations complémentaires sur Tara Expéditions en cliquant sur le lien suivant : http://oceans.taraexpeditions.org/?id_page=1

Entretien avec...

Entretien avec Jean-Christophe Michel – North Pole Marathon 2009


Pas de commentaire

Entretien avec Jean-Christophe Michel, marathonien et alpiniste. Il a couru le Marathon du Pôle Nord en 2009 avec ses trois frères, Renaud, Hervé, Yvan et son fils Thomas afin de soutenir l’association VAINCRE LA MUCOVISCIDOSE. C’est avec enthousiasme qu’il nous livre aujourd’hui ses précieux conseils.  

 Vous avez couru le Marathon du Pôle Nord en 2009. Pourquoi avez-vous décidé de courir ce marathon de l’extrême ?

Il y a plusieurs raisons.  Mes frères et moi voulions faire quelque chose d’exceptionnel pour attirer l’attention sur l’association VAINCRE LA MUCOVISCIDOSE, maladie mortelle et toujours incurable qui touche malheureusement ma petite nièce Marine. J’ai alors proposé à mes frères et à mon fils de courir le Marathon du Pôle Nord. Ils n’ont pas hésité une seconde et ont tous dit oui.

Nous sommes tous les cinq coureurs, skieurs et alpinistes. Le Marathon du Pôle Nord réunit ce que nous aimons, la course, l’endurance et la neige.

C’était l’occasion pour nous de monter un gros projet en famille. Depuis plusieurs années, nous courons à deux, à trois ou tous les cinq, des marathons, trails, ultratrails et raids nocturnes (SaintéLyon).

Cela tombait bien car 2009 était l’année du 100ème anniversaire de l’exploration du pôle Nord par Robert Peary.

… et enfin parce qu’on est un peu givrés !!

Quelle a été votre préparation spécifique à ce marathon ?

En plus de la préparation classique pour un marathon, nous nous sommes entraînés dans le froid. Nous avons couru dans les endroits et aux moments où il fait le plus froid, en montagne, en hiver, la nuit. Nous nous sommes également entraînés à courir en chambre froide afin de tester le matériel. Il faut tester le matériel car on ne court pas sur la neige comme sur route. Nous avons également couru sur glaciers.

Quels souvenirs gardez-vous de cette expérience ?

Phénoménal, inoubliable. Je garde un très bon souvenir de ce que j’ai vu au pôle Nord, le soleil toujours à la même hauteur, le froid, la neige. On a l’impression de courir dans une grotte car on entend nos pas résonner dans l’océan. C’est une aventure extraordinaire. Nous avons rencontré énormément de personnes de nationalités différentes. Nous avons aussi beaucoup apprécié l’escale au Spitzberg.

Belle expérience qu’on ne fait qu’une fois dans sa vie car je ne vous cache pas qu‘elle requiert un gros investissement en termes de préparation, de budget, de recherche de partenariats, de gestion des médias, etc. Réunir les fonds a été la partie la plus difficile de la préparation. Jusqu’au dernier moment, nous pensions que nous ne pourrions pas tous partir.

Grâce à notre projet, l’association VAINCRE LA MUCOVISCIDOSE a été médiatisée au-delà de nos espérances (reportages sur France2, France3, M6, TV8 et articles sur Le Dauphiné Libéré, France Soir, des journaux locaux, des sites internets, etc…).  C’était l’objectif de notre projet et nous y sommes arrivés. Non seulement un coup de projecteur a été donné sur cette association, mais encore nous avons pu récolter quelques milliers d’euros que nous lui avons reversés.

« Le mental est très important dans ce type de courses, plus que le physique »

Comme vous le savez, nous allons courir ce marathon en avril 2013, quels conseils nous donneriez vous ?

Courez dans du très froid (sous les -25°C).

Testez le moindre détail, y compris les petits gestes qui dans le froid deviennent plus délicats. Entraînez-vous avec le matériel du jour J.

Doublez votre équipement du jour J. Protégez bien les extrémités (doigts, oreilles).

Combien de marathons et / ou ultra-trails avez-vous couru ? Lesquels vous ont le plus marqué ?

J’ai couru trois marathons. J’ai également couru la SaintéLyon juste avant le Marathon du Pôle Nord. C’était une très bonne préparation. J’ai aussi couru deux 24 heures, celui de Lombez lors des Virades de l’Espoir (afin de réunir des fonds pour VAINCRE LA MUCOVISCIDOSE) et le 24 heures de Brive-la-Gaillarde six semaines après le Marathon du Pôle Nord. Mon frère Renaud est le meilleur coureur d’entre nous. Il a participé plusieurs fois au Marathon des Sables où il a terminé dans les 30 premiers parmi les 1000 concurrents. Il a également couru l’Ultra-Trail du Mont Blanc, la Diagonale des Fous et le Grand Raid des Pyrénées.

Quelle est la compétition la plus difficile à laquelle vous ayez participé ?

Mon premier marathon à Toulouse, la SaintéLyon car c’est la première fois que je courais une distance aussi longue et mon premier 24 heures. Le mental est très important dans ce type de courses, plus que le physique.

Pratiquez-vous d’autres activités sportives ? Lesquelles ?

Le ski et l’alpinisme.