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Entretien avec Alban Michon – Plongée au coeur de l’Arctique


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Un calme absolu, un univers fantasmagorique dans lequel les faisceaux de lumière tamisée font le spectacle, un plafond glacé contre lequel vient mourir un ballet incessant de bulles d’air, un autre monde qu’il ne se lasse jamais d’explorer. 

Avec plus de 9 000 immersions au compteur, une école de plongée sous glace et une autre de plongée souterraine sous sa direction, Alban Michon, 36 ans, est un expert incontournable des opérations sous-marines extrêmes.

La décision qu’il a prise un jour de plonger en milieu polaire n’a donc rien d’étonnant. 

Après un raid à ski du pôle Nord à l’île Ellesmere de mars à mai 2010, quelques plongées d’exploration sous la glace du lac Baïkal en Sibérie orientale en février 2012, il passe deux mois durant l’été 2012 à explorer en kayak les icebergs de la côte Est du Groenland avec Vincent Berthet, caméraman spécialiste des expéditions polaires.  Une aventure humaine intense sur 1 000 kilomètres, des plongées spectaculaires sous les glaces d’une zone jusque-là inexplorée dans l’un des endroits les plus grandioses et les plus inhospitaliers de notre Terre.  Leur fascinant périple au milieu des glaçons a fait l’objet d’un documentaire exceptionnel de 110 minutes, “Le piège blanc”, produit par Le Cinquième Rêve et diffusé le 3 mai dernier dans l’émission Thalassa. 

Rencontre avec un plongeur émérite, un homme de partage, rencontre avec Alban Michon.   

(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE
(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE

Quand et pourquoi avez-vous commencé la plongée, et plus particulièrement la plongée sous glace ? 

J’ai commencé la plongée à l’âge de 11 ans et me suis inscrit dans un club de plongée à Troyes.  Je plongeais alors dans les lacs et les rivières.  Personne dans ma famille ne plongeait mais je savais déjà que je ferais de cette passion mon métier.

J’ai toujours aimé plonger en eau douce.  Ce que j’apprécie surtout, c’est l’environnement dans son ensemble, l’ambiance sous l’eau, les sensations, les émotions, surtout visuelles.  Je ne cherche pas nécessairement à voir de beaux poissons colorés !

J’ai effectué ma première plongée sous glace dans un plan d’eau à Troyes.  J’avais alors 18 ans.  Je suis devenu accro.  Les jeux de lumière sous glace sont magnifiques.  Lorsque j’ai passé mon brevet d’État de plongée sous-marine, j’ai accompli un stage dans une école de plongée sous glace durant lequel j’ai encore beaucoup appris.

Plus tard, j’ai entendu dire que l’école de plongée sous glace de Tignes était en vente.  J’ai pris la direction de cette école.  J’avais alors 22 ans.  En 2005, j’ai également racheté les Vasques du Quercy, une école de plongée souterraine.

De la plongée sous glace à la plongée en milieu polaire, il n’y avait qu’un pas ?

Oui.  Quand on plonge sous glace, on pense nécessairement un jour à plonger en milieu polaire.

Tout a commencé lorsque Ghislain Bardout, directeur de l’expédition Deepsea Under the Pole, m’a demandé si ça me dirait de partir au pôle Nord et d’être plongeur de l’expédition – l’expédition devait compter huit personnes dont cinq plongeurs. Je ne savais pas alors si j’étais capable de plonger dans ces régions.  Je me suis renseigné auprès des équipes de plongeurs explorateurs polaires qui venaient s’entraîner dans mon centre de formation, comme Jean-Louis Etienne par exemple qui est également le parrain de mon école de plongée sous glace. Et j’ai dit oui car j’aime les nouveaux challenges. Entre la préparation de l’expédition, les entraînements – j’ai notamment plongé en 2009 sous des crêtes de compressions et sous la banquise de la mer Baltique en Finlande – et l’expédition en elle-même, l’aventure a duré près de trois ans.

Six mois après mon retour, j’ai eu envie de repartir à nouveau.  Et cette fois-ci, je voulais tout monter de A à Z.  Je n’avais alors encore jamais approché d’icebergs.  L’idée d’aller au Groenland s’est alors imposée d’elle-même dès janvier 2011.

Vous auriez pu vous faire « parachuter » au pôle Nord ou au Groenland pour quelques plongées. Pourquoi avez-vous décidé de participer à des expéditions engagées de plusieurs mois ? 

Je souhaitais faire partie d’une véritable expédition afin d’être immiscé dans l’environnement polaire et d’être en symbiose avec lui.

Le ski de randonnée sur la banquise n’est pas très technique.  J’ai pu apprendre rapidement à me déplacer en tractant un kayak.   Je me suis entraîné dans les Alpes et en Norvège.  Il faut surtout une volonté tenace pour arriver au bout.

(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE
(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE

Je n’avais jamais pratiqué le kayak de mer avant de partir en expédition au Groenland.   Ceci étant, je souhaitais quand même me rendre dans chacun des spots de plongée en totale autonomie par mes propres moyens.  Le moyen le plus adéquat était naturellement le kayak car il permet d’être près de la nature, de se faufiler dans des lieux que nous n’aurions pas pu atteindre en bateau – avec parfois 20 cm d’eau à peine – et d’approcher la faune plus facilement.  En kayak, on ne fait aucun bruit, on est en symbiose avec la nature, on s’imprègne de l’élément, on entends mieux le bruit de la glace qui craque.  Je ne me suis pas beaucoup entraîné à naviguer en kayak.  Je n’ai pas eu beaucoup de temps car nous sommes partis en août 2012 alors que nous devions initialement partir durant l’été 2013.

Qu’est ce qui a été le plus difficile lors de  la préparation de votre expédition au Groenland ?

La recherche de sponsors.  J’ai commencé à préparer l’expédition en janvier 2011.  Je projetais alors de partir durant l’été 2013.  Pendant un an et demi, j’ai eu beaucoup de difficultés à trouver des fonds .  Tout s’est accéléré en avril 2012 lorsque Le Cinquième Rêve a décidé de me suivre et que Vincent, que j’avais déjà rencontré lors de l’expédition Deepsea Under The Pole, m’a rejoint dans l’aventure.  Nous avons alors décidé d’un commun accord que l’expédition aurait lieu durant l’été 2012.  Il était trop tard pour les sponsors.  Je n’ai pas eu le temps de les convaincre.  J’ai donc été obligé de m’endetter en partie pour réaliser le projet.

Qu’est ce qui a été le plus difficile pendant l’expédition ? 

Les accostages en kayak.  Nous avions certes repéré en amont sur les cartes les endroits où nous pourrions accoster. Mais, sur le terrain, il s’avérait finalement qu’il était difficile de débarquer là où nous l’avions prévu.   Dès le premier jour et la première tentative d’accostage, nos kayaks ont été refoulés par la houle.  Ils ont violemment heurté les rochers.  Nous avions peur de les briser et que l’aventure se termine prématurément.

Les plongées étaient également relativement difficiles, très engagées.

Il faut avoir un bon mental pour ce type d’expés. Le mental constitue 70 % de leur réussite. Un soir, n’ayant pas pu accoster parce qu’il y avait trop de glace, nous avons passé la nuit sur les kayaks avec nos couvertures de survie, toujours en alerte du moindre danger. Le lendemain, je me suis mis à l’eau pour faire avancer les kayaks.  Il nous a fallu trois heures pour nous sortir de là.  Une autre fois, une violente bourrasque a entraîné mon bateau dans l’eau. Il a fallu des heures pour récupérer tout notre matériel.

(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE
(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE

Lors d’une plongée, vous vous retrouvez face à un ours, situation plutôt rare à cet endroit du Groenland et à cette période de l’année.  Pourriez-vous nous raconter cette rencontre ?

C’était le premier ours que je voyais.  Vincent en avait déjà vu et il connaissait également toutes les histoires d’accidents humains causés par des ours.  Il pensait donc souvent à eux !  De mon côté, j’avais un peu peur mais sans plus.

Même si l’ours est un excellent nageur, je savais qu’il n’est pas un bon plongeur.  Mon ami photographe, Joe Bunni, m’avait expliqué qu’un ours n’attaque pas sous l’eau lorsqu’il est loin des côtes, qu’il n’est pas rapide et habile dans l’eau et qu’il ne descend pas en-dessous de trois – quatre mètres de profondeur, car c’est un très mauvais apnéiste. Je me disais qu’en cas de problème, je n’avais qu’à descendre.  Je n’ai donc pas eu peur lorsque je l’ai rencontré pendant que je plongeais.  D’autant plus que Vincent avait le fusil à la surface, au cas où.  L’ours est ensuite parti.  Je suis remonté à la surface.  Il est revenu à trois mètres de moi !  Ce fut un moment grandiose.  Il m’a regardé puis il est parti à nouveau.  Il est passé à 10 centimètres de la caméra !

Quelles sont les différences notables que vous avez pu remarquer entre les profondeurs au pôle Nord et celles du Groenland ?  

Je suis très heureux d’avoir vécu les deux expériences.

L’eau est plus claire au pôle Nord.  La visibilité est bonne, environ 150 mètres.  Les eaux du Groenland sont beaucoup plus sombres.  Contrairement à ce qu’on pourrait penser, on se sent beaucoup plus enfermé lorsqu’on plonge au Groenland le long des icebergs que sous la banquise au pôle Nord.  Lorsqu’on est sous l’eau, on ne voit pas la surface contrairement au pôle Nord où on aperçoit la lumière à travers la glace.

La plongée au Groenland est beaucoup plus engagée, plus difficile, plus sournoise.  Les icebergs peuvent se détacher, se renverser.  La glace des icebergs travaille beaucoup plus que la glace de mer.  Il n’y a jamais de silence total au Groenland.

Et il y a davantage de vie au Groenland. Nous avons vu pas mal de méduses, des morues arctiques, des anges de mer… et même un requin du Groenland qui vit à 200 ou 300 mètres de profondeur et mesure 4 mètres de long !

(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE
(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE

Il y a aussi plus de courant au Groenland.

Je n’avais jamais vu d’icebergs, j’ai donc été beaucoup plus surpris par les plongées au Groenland.  J’ai découvert des colonnes de glace qui plongeaient dans les profondeurs, tels des piliers de cathédrales inversées.

Nous comprenons que le fait de partager vos expériences d’expéditions est important pour vous.

Je souhaite en effet laisser des traces en rapportant un maximum d’images et de vidéos de plongées afin de faire rêver, de partager avec les générations futures des témoignages de la vie sous la glace, et provoquer une prise de conscience.  Nous avons rapporté plus de 100 heures d’images du Groenland et 18 000 photos qui vont servir au livre que je rédige actuellement.  J’attache beaucoup d’importance au partage post-expédition.  En ce moment, je participe à des festivals,et nous organisons des expositions photos et des conférences.

(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE
(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE

Quels sont vos projets ?

Je rédige actuellement un livre sur l’expédition de 2012.  Il devrait être terminé d’ici fin août et devrait sortir en octobre, en même temps que le DVD du film “Le piège blanc”.

J’ai aussi d’autres projets dans les eaux chaudes… Mais, je reviendrai dans les régions polaires un jour, c’est certain.

Nous vous invitons à visionner les documentaires “On a marché sous le pôle” et “Le piège blanc” respectivement sur l’expédition au pôle Nord en 2010 et sur l’expédition le long de la côte Est du Groenland en 2012 tous deux produits par Le Cinquième Rêve et réalisés par Thierry Robert.

Et si vous passez un jour par Tignes, pourquoi pas déchausser les skis l’espace de quelques heures et tenter la plongée sous glace (http://www.tignesplongee.com/pages/presenta.htm) ?

Entretien avec...

Entretien avec Michael Charavin – Le plaisir du snowkite sur les plus grands déserts de glace


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Voilà 14 ans qu’il parcourt les déserts de glace, à la recherche d’absolu, en quête de ses propres limites, certainement aussi pour se sentir vivant. 

Avant de se confronter à cet environnement, c’est dans les livres que Michaël, alors adolescent, commence à se passionner pour les grandes aventures alpines et polaires. Quelques années plus tard, étudiant en géologie puis en sciences des écosystèmes montagnards, il découvre le ski de randonnée et l’alpinisme.

Avec ses amis, il enchaîne les voies, se frotte aux rigueurs de la verticalité et aux lois – hélas – de la pesanteur, et repousse ses limites. Une période de trois années pendant laquelle Michaël développe son goût pour l’engagement physique et mental, le risque calculé, l’autonomie. C’est aussi le temps des premiers raids, sac au dos ou skis aux pieds, en Europe.

Durant son service civil, en 1994, il séjourne en tant que volontaire à l’aide technique quatorze mois durant dans les Terres australes et antarctiques françaises, sur l’archipel des Kerguelen, déconnecté de tout.  Missionné par l’Institut français pour la recherche polaire (IPEV) et le Muséum national d’histoire naturelle, il procède à la collecte de données dans le cadre d’études éco-éthologiques et contribue à la restauration des écosystèmes sub-antarctiques.

En 1996-1997, définitivement plus attiré par les grands espaces que par la sédentarité, il effectue pendant huit mois, dont quatre en solitaire, une traversée de 8 000 kilomètres à VTT à travers les hautes terres du sud de l’Amérique latine (de l’Amazonie bolivienne à la Terre de Feu, en passant par l’Altiplano, les déserts du Sud-Lipez et de la Puna d’Atacama, la Patagonie…).  Seul bémol de cette aventure : encore trop de sentiers, trop de chemins!

En 1999, Michaël obtient son Brevet d’Etat d’accompagnateur en montagne. Il se tourne résolument vers les régions nordiques, et investit son énergie dans la réalisation d’expéditions à ski engagées et dépouillées : tentative de traversée de la Scandinavie en 1999 ; 1 800 kilomètres et quatre mois de ski-pulka itinérant et autonome du Sud de la Norvège au Nord-Ouest de la Finlande en 2000 ; divers raids et plusieurs centaines de kilomètres dans les régions centrales, occidentales et méridionales du Spitzberg en 2001 et 2002 ; tentative de traversée Est-Ouest du Groënland en 2003.

Toujours animé par une profonde passion pour les grandes traversées à ski des régions polaires, il modifie néanmoins son approche de ces milieux à partir de 2006. Il souhaite désormais ajouter performance et technicité dans la réalisation de grands raids en délaissant le ski-pulka traditionnel pour le kite-ski beaucoup plus rapide et ludique.

A compter de 2007, il consacre quelques séjours en Norvège à la pratique du kite-ski itinérant et à l’expérimentation des techniques spécifiques aux grandes traversées assistées par voile de traction. Il monte l’expédition « Wings over Greenland » et réalise, en mai 2008, avec deux co-équipiers, la troisième traversée Sud-Nord du Groënland en kite-ski, soit 2 300 kilomètres couverts en trente et un jours.

Durant l’hiver 2010, il repousse davantage encore ses limites techniques et parvient à traverser en kite-ski la calotte glaciaire du Vatnajökull, en Islande, le plus grand glacier d’Europe, d’Est en Ouest, de Jöklasel à Jökulheimar, en passant par le volcan Grímsvötn, et ce dans des conditions météorologiques particulièrement ardues. 

Rencontre avec un homme qui a choisi la liberté, la liberté au cœur du vide extrême qu’est l’Arctique, ce vide qui donne le vertige, celui qui oblige l’homme à se battre contre lui-même et qui commande un engagement total, rencontre avec Michaël Charavin.

Michael Charavin Kite Ski Island Pourriez-vous nous parler de votre première grande traversée, la Scandinavie du Sud au Nord ?

En 1999, à 29 ans, j’ai fait une première tentative de traversée Sud-Nord de la Scandinavie en  autonomie. J’avais alors l’expérience de la montagne, j’étais déjà assez calé en orientation / navigation. Mais je ne suis pas parvenu à aller très loin dans cette tentative car ma préparation n’était tout simplement pas suffisante. D’abord, le point de départ choisi pour ce long voyage était à la périphérie des montagnes, dans un secteur où l’enneigement était insuffisant. Cela m’a valu un premier échec seulement quelques heures après le départ, et la nécessité de réorganiser un second démarrage quelques jours plus tard. J’avais, par ailleurs, organisé des dépôts de nourriture pour une durée de voyage de 100 jours, mais je n’avais pas pris le soin d’ordonner chacun de ces ravitaillements. J’ai également eu rapidement un souci technique avec l’une de mes chaussures (une semelle décolée) et ne pouvais plus continuer à skier avec. Enfin, je crois que je n’étais pas tout à fait prêt à faire cette traversée seul. La solitude me pesait.

Fort de cette expérience, j’ai organisé, durant l’année qui a suivi, une logistique plus appropriée et j’ai à nouveau tenté la traversée de la Scandinavie durant l’hiver 2000 – accompagné par cinq amis qui se relayaient et qui m’attendaient chacun à un endroit précis du parcours. La première partie de la traversée a été très difficile. Je n’avais alors pas de GPS, mes seuls outils de navigation étaient des cartes au 1/100 000e et une boussole. Pendant un mois, nous avons progressé sur les immenses plateaux du sud de la Norvège, sans repère et dans des conditions météo souvent difficiles. Ce fut une sacrée expérience ! En raison de la météo exécrable, nous avons passé la plupart des nuits en refuge, en tout cas lors de la première moitié du périple. A plusieurs reprises, nous n’avons pas pu pénétrer dans les refuges tant la neige accumulée depuis novembre recouvrait entièrement leurs façades.

Et la traversée Sud-Nord du Groënland en mai 2008, 2 300 kilomètres en trente et un jours, est-ce l’expédition la plus difficile que vous ayez faite ?

Je n’ai pas ce sentiment là.

J’ai passé beaucoup de temps à préparer cette expé – deux ans. J’avais aussi beaucoup plus d’expériences que pour la Scandinavie.  Les conditions météo étaient dans l’ensemble très satisfaisantes.  Il n’y a pas eu de tempête.  Les températures remontent à cette période de l’année.  Il faisait -5°C au Sud et au minimum -25°C au Nord. Ce ne sont pas là des températures extrêmes. Bon, il faut tout de même relativiser mes propos ! Kiter par -20°C n’est pas anodin car le vent, ajouté à notre propre vitesse de progression (jusqu’à 60 km/h en conditions d’expédition), abaisse clairement la température ressentie par le corps. Le terrain, même s’il peut sembler plat, n’était pas non plus une sinécure – nous avons rencontré des sastrugis, des sortes de vagues dures formées par le vent, avec des arêtes franches de 20 à 50 centimètres de hauteur, sur un tiers du parcours (environ 800 kilomètres). Nos prédécesseurs sur cette « route » n’avaient pas témoigné de cette difficulté… Nous avons skié 10, 12 voire 14 heures par jour. Nous ne sommes jamais allés au-delà des 200 kilomètres parcourus dans une journée mais, en revanche, nous étions très réguliers, parcourant jour après jour environ 150 kilomètres. Je ne me suis jamais senti atteindre mes limites, même si j’avais régulièrement « ma dose ». Une seule fois, nous avons eu très froid et avons pris des précautions particulières pour éviter les gêlures.

Non, honnêtement, cette expédition ne m’a pas semblé extraordinairement dure. Parce qu’elle correspondait à ce pour quoi nous nous étions préparés.

La traversée Sud-Nord de la Scandinavie peut paraître beaucoup plus simple que la traversée du Groënland car la Scandinavie n’est pas une région polaire à proprement parler. Mais c’est en réalité un territoire qui peut être très hostile et la difficulté de la traversée n’a rien à envier à celle du Groënland.

Il en est d’ailleurs de même de l’Islande.  L’ampleur de notre projet d’expé en Islande, en 2010, pouvait sembler modeste au regard de la traversée longitudinale du Groënland. Pourtant, l’itinéraire parcouru à travers les contrées les plus reculées de l’Islande n’a pas été moins exigeant et original.  Si l’enjeu principal de l’expé groënlandaise reposait sur nos capacités et notre efficacité à couvrir quotidiennement de longues distances, en Islande, le challenge a été tout autre.  La calotte glaciaire du Vatnajökull est précisément situé sur le rift, un lieu d’une sismicité fréquente et d’éruptions volcaniques répétées, caractérisé par la présence de profondes failles qui peuvent se matérialiser à la surface de la calotte par des crevasses.  Par ailleurs, le relief est souvent complexe en Islande.  Progresser sur des terrains déversants, parfois peu enneigés, très irréguliers et semés d’obstacles – laves affleurantes, ruptures fortes de pentes, corniches neigeuses, ravins – exige un bon niveau technique en kite afin d’éviter les pièges qui peuvent provoquer des chutes ou la casse du matériel.  Il faut également composer avec les perturbations aérologiques induites par le relief.  Il convenait de redoubler d’attention vis-à-vis de ces microphénomènes (rafales, venturi, rouleaux, rotors, abris, déventes, etc). La dernière des contraintes en Islande, et pas la moindre, est de faire avec les aléas d’une météo capricieuse.  Précipitations et vents sont les maîtres incontestés de ces arpents de terre.  Les conditions là-bas peuvent donc être très extrêmes. Elles l’ont été en 2010. Nous avons eu à plusieurs reprises des vents à 100 km/h. Nous avons réussi à kiter par des vitesses de vent approchant les 70 km/h, sans aucune visibilité, avec un risque bien réel de se perdre l’un l’autre. Des moments anxiogènes !

 Michael Charavin Island

Comment préparez-vous une expédition ? 

La préparation d’une expédition est le plus souvent un travail d’équipe. Nous passons tout d’abord du temps à définir précisément le projet en se renseignant notamment sur ce qui a déjà été fait et en cherchant les données disponibles sur les conditions climatiques, météo et aérologiques du secteur visé. Puis vient le temps de la logistique (itinéraire, équipement, envoi de frêts, autorisations, assurances, réservation des vols, choix des voiles, etc).

Avant la traversée du Groënland en 2008, nous sommes allés en Norvège à plusieurs reprises afin de pratiquer le kite dans des conditions relativement proches de celles que nous allions rencontrer au Groënland. Lors de ces voyages préparatoires, nous avons rencontré des Norvégiens qui avaient déjà effectué de grandes traversées en kite (notamment la traversée du Groënland du Sud au Nord réalisée en 2005 et dont l’équipe détient encore à ce jour le record de vitesse). Le témoignage de leur expérience a été précieux.

En kite, il est indéniable que les paramètres météo et aérologiques du moment jouent un rôle déterminant dans la réussite d’un projet. Il est donc primordial de procéder, en amont, à un important travail de préparation afin de définir le parcours idéal à une progression aéro-tractée, ainsi que les nombreuses variantes et réchappes envisageables en cas de nécessité (vents défavorables, tempêtes durables, dégel violent, déneigement marqué, casse matérielle ou corporelle).

Pour la traversée de la calotte glaciaire du Vatnajökull, en Islande, nous avons interrogé nos amis islandais qui connaissent et pratiquent les lieux reculés de ce pays : enneigement classique des zones non glaciaires, état d’englacement des rivières, zones particulièrement crevassées sur les calottes glaciaires, routes traditionnellement empruntées par les expéditions (4×4, snowscooters, secours islandais), possibilités de replis, accès aux refuges, etc.

En parallèle, nous avons cherché à collecter des informations précises concernant le climat : ses principaux systèmes météorologiques (positionnement et évolution des cellules dépressionnaires) et leurs caractéristiques (directions classiques des vents, précipitations, températures, etc).

A suivi un important travail cartographique : collecter l’ensemble des cartes topographiques au 1/50 000e (échelle la plus précise en Islande) sur une large bande Nord-Est / Sud de l’île, analyser en détail la topographie des 400 kilomètres envisagés de façon à dessiner un itinéraire optimal à la progression sous voile, ainsi qu’un ensemble de variantes qui pourraient être utilisées selon les conditions (direction du vent, enneigement) du moment, numériser l’ensemble des cartes, les  rabouter et les calibrer afin de leur donner une position exacte dans un système géodésique donné, par le biais d’un logiciel approprié, transformer chacun des itinéraires envisagés en une succession de points géographiques référencés (nous avons ainsi défini une vingtaine de routes, chacune étant constituée d’un ensemble de 10 à 70 waypoints), lister et organiser l’ensemble de ces données numériques, et les transférer sur nos 3 GPS.

Enfin, durant les deux mois précédant le départ, nous avons fait un suivi quasi quotidien de la météo islandaise. Cela afin de se faire une idée empirique du fonctionnement de la météo sur l’île, de tester la pertinence de nos choix en matière d’itinéraire, de déterminer avec plus de précisions encore quelles étaient les directions et les vitesses de vent les plus régulières selon les différents secteurs de l’île, la fréquence des « coups de tabac », les températures auxquelles on pouvait s’attendre.

Enfin, je n’ai pas de préparation physique particulière. J’essaie tout simplement de maintenir un rythme de 2 à 4 sorties en montagne par semaine tout au long de l’année (quand je n’encadre pas). C’est déjà pas mal. Pendant les saisons d’encadrement, je suis sur le terrain, souvent dans des conditions sommaires et ce pendant plusieurs semaines ou mois d’affilé. Cela participe à la préparation.

 Michael Charavin Kite

Quelles sont les qualités qui, selon vous, vous ont permis de réaliser vos exploits polaires ?

Sans hiérarchiser les qualités nécessaires, je dirais la connaissance de cet environnement, la préparation méthodique des expés, un caractère opiniâtre et obstiné.

S’agissant de la connaissance de cet environnement, il est clair que ma pratique passée de l’alpinisme et celle actuelle – à bonne dose – de la montagne hivernale, est un plus.  Elle permet l’acquisistion des bons réflexes, des bons gestes, des attitudes adaptées, tant sur le plan mental que physique.  L’acquisition de toutes ces routines est un gage de réussite.

S’agissant de la préparation logistique, il est évident que pour réaliser ce type de défis, il faut être très carré, très organisé. Il faut pouvoir être capable de prévoir et d’anticiper tout ce qui peut se passer. Il faut donc avoir des qualités d’entrepreneur, de gestionnaire, être capable d’une vision globale sur son projet.

Enfin, une fois sur le terrain, il faut être capable d’accepter un inconfort permanent. Garder la niaque en toute circonstance, s’interdire de baisser les bras, se programmer pour durer. Ce type d’expéditions n’est pas fait pour les personnes qui se limitent au plaisir immédiat.

Quels sont les plus gros risques auxquels vous êtes confrontés dans ce type d’expéditions ?  

Un des plus gros risques, c’est l’accident de kite ; car même si nous sommes attentifs, le fait de piloter une aile 10 à 15 heures par jour nous expose inéluctablement à des fautes, sanctionnées par des chutes pas toujours très douces… Or il faut garder à l’esprit qu’une évacuation dans ce type de régions est toujours difficile et parfois temporairement impossible.

Le second risque est le risque de gêlures. Il n’est pas négligeable par -20°C, avec une vitesse de progression dépassant régulièrement les 40 km/h, et une vitesse de vent de 40 km/h.

Le troisième risque, c’est d’être confronté à une très grosse tempête, et des vents de 150 km/h. Dans ces conditions, la cellule de survie est la tente et il faut croiser les doigts pour qu’elle résiste. Un  Anglais est décédé récemment sur la côte Est du Groënland, dans ce type de circonstances (du fait d’un Piterak, un vent catabatique particulièrement violent, qui sévit régulièrement dans la région de Tasiilaq).  J’ai d’ailleurs été confronté à ce vent en 2003 lors d’une tentative de traversée Est-Ouest du Groënland.  Nous sommes restés sous une tente couchée au sol par la tempête, en attendant que ça passe, dans des conditions qu’il n’est pas exagéré de qualifier de survie. Nous sommes passés près de la « correctionnelle » et avons dû renoncer à la traversée.

Michael Charavin Island Kite

Y a-t-il des moments où vous doutez lors d’une expédition ?

Je suis par essence un individu qui doute. Le doute peut être salvateur. Je le considère aussi comme la marque d’une certaine intelligence. Il n’y a rien de plus déplaisant que la suffisance de ceux qui ne doutent jamais.

Mais il y a doute et doute. Certains doutes peuvent être bénéfiques, d’autres sont à proscrire en expé.

Douter du bienfondé de ma présence dans une expédition, ça a pu m’arriver par le passé, à mes débuts. En 2001, par exemple, j’ai du stopper une tentative de traversée du Spitzberg pour des raisons affectives. Expérience douloureuse. Je me suis promis de ne plus revivre ça. Je pense avoir aujourd’hui la maturité pour gérer ce type d’affect. L’engagement mental que nécessite une expé ne peut et ne doit laisser aucune faille à l’immixtion forcément néfaste d’un doute relatif à sa propre motivation. Cela signifierait que je ne me suis pas bien préparé, que je ne me suis pas posé les bonnes questions et que je n’étais pas mûr pour l’expérience entreprise. Si ce doute peut poindre à l’horizon, il faut en faire la chasse aussitôt, ne lui laisser aucune chance de se propager.

Après, douter de certains choix et d’aspects secondaires relatifs à la réalisation de l’expédition, est naturel et doit le rester. C’est ce qui permet de rester attentif, de progresser, d’affiner ses choix. En kite, le doute est, de ce point de vue là, quasi permanent car inhérent à l’activité. Sommes-nous toilés comme il faut ? Ne prenons-nous pas trop de risques ? Ne devrions-nous pas prendre davantage de risques pour aller plus vite ? Etc. Le questionnement est permanent.

Revenons au « doute fondamental », celui du bienfondé d’une expédition.  Parce qu’elles sont totalement désertiques, sans aucune forme de vie, parce qu’elles nous placent face à un vide naturel sans limite, parce que l’esprit ne peut se raccrocher à rien, les traversées des grandes calottes glaciaires nous renvoient nécessairement à ce « doute fondamental », au sens de sa propre existence et à son éventuel propre « vide » existentiel. On ne peut se soustraire à cela. Et l’on y va aussi pour ça. Tout le jeu consiste à juguler et à surmonter ses angoisses. Ça vaut une bonne séance de psy 😉

Mais je dois avouer que le kite possède cette excellente qualité, parce qu’éminemment technique, de nécessiter une concentration totale dans l’instant présent. Le skieur traditionnel, qui progresse à faible allure, à ski-pulka, aura beaucoup plus de temps à consacrer à une réflexion sur ses motivations et sera donc plus enclin au doute.

En 2007, j’ai vécu une expérience particulière.  J’ai passé trois mois seul sur un voilier (Vagabond), loin de toute civilisation, en partie pendant la nuit polaire. Je peux assurer que ce genre d’expériences  est plus délicate à gérer qu’une expédition sportive. Car il n’y a pas l’échappatoire de l’effort physique et la nécessité de progresser.  Je n’ai d’ailleurs pas dit oui tout de suite lorsqu’Eric Brossier m’a proposé de vivre cette expérience car il me semblait important de mûrir ma décision.

D’une façon générale, se projeter dans l’expérience que l’on se propose de vivre – expédition sportive ou autre – est le gage du succès.

Quelles sont vos motivations profondes pour les expéditions polaires exigeantes ? 

Contrairement à ce que pense une majorité de personnes, je n’ai pas un goût prononcé pour le froid. Au mieux, j’ai l’avantage de quelques prédispositions physiologiques – entre autres, une bonne circulation sanguine.

En revanche, les conséquences du froid m’intéressent : ces environnements extrêmes sont isolés, la nature y est brute, l’homme n’est jamais parvenu à la domestiquer. Les règles du jeu qui régentent ces milieux sont donc avant tout naturelles.

Tout nomade, vagabond, explorateur ou expéditionnaire, pourvu qu’il se déplace par ses moyens propres et un bagage limité à l’essentiel, connaît le plaisir que procure un minimalisme volontaire – le sentiment de sa liberté. Dans un environnement difficile, ce minimalisme reste un élément moteur du plaisir, en plus d’être une nécessité.

J’avoue également un penchant pour la performance et la vitesse. La perfection et l’engagement correspondent à une recherche d’absolu. Dans ces environnements extrêmes, il y a une logique certaine à vouloir aller vite, à rechercher cette excellence, à exhorter son corps et son mental à repousser ses propres limites. J’aime cette notion de  dépassement de soi. Le dépassement physique peut instaurer un état rare de transe. Mais le dépassement mental, également. Les milieux extrêmes des grandes calottes glaciaires sont ceux du vide. Un vide radical, souverain et tyrannique. Leur intérêt intrinséque se trouve là, dans le vertige que provoque cette vacuité. Plus qu’une page blanche sur laquelle l’individu sera tenté de réécrire sa propre histoire, le désert de glace est le miroir de ses propres failles. Traverser le désert, c’est, en définitive, accepter de se battre contre ses propres démons.

Mais je pense que la plus profonde de mes motivations est de me sentir vivre, exister. Repousser ses limites est simplement un moyen d’accéder à ce ressenti.

Mais cette aspiration à une certaine forme de performance ne s’exprime qu’au travers de mes grands projets sportifs personnels et n’est pas recherchée dans mon activité professionnelle. Les raids que j’organise pour des groupes se font d’ailleurs dans des secteurs de grand intérêt paysagé et ne sont comparables en rien à des grandes expés engagées. Parcourir ces régions le plus vite possible serait leur faire la pire des injures. Dans ce cadre, j’aime mettre le temps à profit pour louvoyer, fureter, prospecter, explorer, jusqu’à posséder une reproduction mentale juste et détaillée du territoire, afin d’y dénicher ses joyaux cachés. La vitesse n’est alors plus du tout une motivation. Le caractère esthétique d’un paysage, si !

Prenons le cas de l’Islande : à la fois vaste et limité, d’une richesse topographique insoupçonnée, ce pays se prête magnifiquement à un cheminement en profondeur.  Là-bas plus qu’ailleurs, je zigzague, louvoie, rôde, grimpe, chemine sur les arêtes, pénètre au coeur des coulées de laves et des canyons. Car là réside l’âme d’un territoire !

Avez-vous déjà pensé à traverser l’Antarctique ?

Oui, mais j’y ai renoncé pour l’instant car le budget nécessaire à la réalisation d’une grosse expédition en Antarctique est colossal (il est beaucoup plus important que pour une traversée en Arctique) et je n’ai malheureusement pas un rond. Le peu gagné me sert essentiellement à financer mes projets. Mais là, c’est bien au-delà de ce que je peux assumer.

Par ailleurs, c’est un territoire encore moins connu que l’Arctique et les informations nécessaires à la préparation d’une expé sont très difficiles à collecter, souvent inexistantes.  Il faut donc dépenser des trésors d’énergie pour mettre sur pied une expédition d’envergure viable en Antarctique. Une traversée de l’Antarctique requière par conséquent trois à quatre ans de préparation.

Quels sont vos projets ?

Nous avons un nouveau projet intitulé « Wings Over Greenland II » qui consiste à faire une circumnavigation en kite-ski de la calotte glaciaire groënlandaise. Je ne rentrerai pas davantage dans les détails tant que le départ ne sera pas définitivement acté. Mais cette expédition, si elle aboutit, sera un très gros morceau.

Nous préparons ce projet depuis le printemps 2012.  Le départ est prévu pour le 20 avril 2014.

Ce que nous pouvons d’ores et déjà dire, c’est que les deux inlandsis, Groënland et Antarctique, sont les zones (hors mer) les plus propices au parcours de très longues distances au moyen de la traction éolienne. La circumnavigation de l’inlandsis groënlandais offre un intérêt majeur : une logistique et un budget relativement limités pour une distance projetée énorme – une expédition de même ampleur en Antarctique nécessiterait des moyens financiers et logistiques incomparablement plus élevés.

Mais la simplicité relative d’une circumnavigation groënlandaise s’arrête là.  Pour le reste, il s’agit bien d’une équation complexe. La taille modérée de l’inlandsis groënlandais génère des flux catabatiques moins importants qu’en Antarctique.  Cette remarque est particulièrement valable pour la partie sud de la calotte groënlandaise : relativement étroite, elle est à l’origine de vents catabatiques atténués, en particulier dans le quart sud-est de la circumnavigation projetée.

Les régimes aérologiques sur la façade orientale de l’inlandsis sont méconnus (aucune traversée sous voiles et de grande ampleur n’y a été réalisée à ce jour). Les informations climatiques et topographiques concernant l’inlandsis restent parcellaires et sont difficiles à collecter et à analyser.

Une approche méthodique, mettant en oeuvre le recueil de données cartographiques (via un modèle numérique) et météorologiques (via les sept stations automatiques implantées sur la calotte), les traitements de ces dernières par analyses statistiques, ainsi que l’utilisation de l’imagerie satellitaire, ont été nécessaires à l’obtention d’informations de première importance concernant la cartographie globale de l’inlandsis groënlandais, les températures (moyennes et probabilités en un lieu et une période donnés), l’aérologie (vitesses moyennes des vents en fonction de leurs directions en un lieu et une période donnés, probabilités de direction en un lieu et une période donnés), la fonte de surface (variation de l’extension quotidienne des surfaces de fonte en fonction des années, nombre cumulé de jours de fonte en fonction des années et du lieu) et la topographie et les écoulements glaciaires (détection de la présence de crevasses dans les secteurs où l’itinéraire projeté se rapproche du relief ou des zones de drainage glaciaire important de l’inlandsis).

Sur un plan sportif, l’expérience et l’analyse des données aérologiques montrent la nécessité d’être performant dans l’utilisation de tous les types de vent. Savoir progresser les jours de tempête, mais surtout par vents faibles à très faibles, sera d’une absolue nécessité.

Pour plus d’informations, nous vous invitons à suivre les expéditions de Mika sur son site internet : latitudes-nord.fr 

Entretien avec...

Entretien avec Kilian Jornet – L’ultra-trailer au sommet


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Voilà six ans qu’il pulvérise tous les records de l’ultra-trail, du skyrunning, du kilomètre vertical et du ski alpinisme.

Les qualificatifs à l’égard de ce grand champion ne manquent pas : « ultra-terrestre », « mi-homme, mi-chamois », « homme animal », « être minéral », voire « Dieu » comme le titrait le Journal de l’île de la Réunion en octobre dernier au lendemain de sa deuxième victoire sur la Diagonale des Fous.

Cet ultra-trailer espagnol de 26 ans, qui n’a que le ciel comme limite, n’est autre que Kilian Jornet Burgada.  

Triple vainqueur de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, quintuple vainqueur de la Zegama, recordman du Tahoe Rim Trail, recordman de la traversée du GR 20, de la traversée des Pyrénées, de l’ascension et la descente du Kilimandjaro, champion du monde de ski alpinisme à multiples reprises, le jeune catalan totalise plus de cent victoires, titres mondiaux et autres records et repousse toujours un peu plus les limites du possible.

Ce n’est pas seulement un athlète au palmarès exceptionnel, c’est avant tout un homme de passion. Une passion énorme qui le pousse à s’entraîner chaque jour, sans exception aucune, depuis toujours. 

(c) http://www.droz-photo.com/
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Avant d’être un champion de trail, Kilian est d’abord un montagnard , un alpiniste, qui ne s’extirpe que très rarement des hautes sphères.  Il a pour habitude de monter au sommet du Mont-Blanc, au pas de course et en baskets… pour son entraînement matinal.  « Elle nous apprend des choses, mais pour la comprendre, il faut l’écouter, l’aimer et la respecter. Accepter que c’est toujours elle qui sera la plus forte. Ce que j’aime lorsque je cours, c’est la sensation d’être nu face à la montagne, d’être un animal » confie-t-il.

Cette passion pour la montagne, elle lui vient de son enfance.  Il grandit pendant les douze premières années de sa vie dans les Pyrénées à plus de 2000 mètres d’altitude.  En ski l’hiver, à pied l’été, Kilian avale les kilomètres et acquiert dès son plus jeune âge une résistance physique hors norme.  Il apprend à skier avant d’apprendre à courir.

A 13 ans, Kilian intègre le centre technique de ski de montagne de Catalogne (CTEMC), avec comme spécialité le ski alpinisme.  Il commence alors un entraînement quotidien et participe aux Championnats d’Espagne et d’Europe.  

A seulement 20 ans, Kilian a déjà de nombreuses victoires à son compteur en ski alpinisme et notamment à La Pierra Menta, le saint Graal de la discipline. Vainqueur en 2008, il a récidivé en 2010 et en 2011, mais il a besoin d’un nouveau challenge. Il se tourne alors vers l’ultra-trail. Premier défi, participer à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc… Première participation et une victoire haut la main en 20 heures, 56 minutes et 59 secondes…   

Kilian s’est récemment lancé un nouveau défi : battre les records d’ascension et de descente des plus hauts sommets du monde dans le cadre de son projet intitulé Summits of My Life. 

En 2012, il boucle les deux premières étapes de son projet, la traversée du massif du Mont-Blanc d’est en ouest en enchaînant huit sommets puis la traversée du massif du sud au nord de Courmayeur à Chamonix.  Kilian a complété l’exigeant parcours de Courmayeur à Chamonix en un temps record de 8 heures et 42 minutes en escaladant en solitaire et sans assistance la voie Innominata, une voie avec un dénivelé de 1 000 mètres, des pentes de 60º, et des cotations d’escalade V +. Un défi qu’il a complété avec le minimum de matériel possible selon la philosphie puriste de son projet.  

Au programme en 2013, les trois géants d’Europe, l’Elbrouz, le Mont Cervin et le Mont Blanc. En 2014, les deux géants d’Amérique, l’Aconcagua et le Mont McKinley. Puis en 2015, point d’orgue de son projet, il défiera le toit du monde, l’Everest. 

Ces ascensions devraient donner naissance à une nouvelle discipline de montagne qui combine le trail,  l’escalade et l’alpinisme plus technique.

C’est à son retour du Népal, où il préparait la prochaine étape de son projet, que nous avons échangé avec lui, à quelques jours du départ de la Transvulcania

Entretien avec un athlète qui se retrouve élevé au statut de légende vivante, entretien avec un champion hors catégorie, entretien avec Kilian Jornet Burgada.   

 

(c) http://www.droz-photo.com/
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Quel est le défi que vous vous êtes lancé ou la course à laquelle vous avez participé qui a été le ou la plus difficile pour vous et pourquoi ?

Il y a de nombreuses courses qui m’ont paru difficiles, arrivé à un certain point, comme la Tahoe Rim Trail par exemple où j’ai couru plus de 30 heures, la Traversée des Pyrénées, longue, longue… et aussi quelques défis en montagne d’un point de vue technique.

Ceci étant, une fois que j’ai terminé, la satisfaction est tellement grande que j’oublie les difficultés et je ne me souviens que des bons moments.

Quel est le défi que vous vous êtes lancé ou la course à laquelle vous avez participé que vous avez le ou la plus apprécié(e) ? 

Mon nouveau projet Summits of My Life, où je vais essayer de monter au sommet de diverses montagnes aux quatre coins du monde en essayant d’aller le plus vite possible et avec le minimum d’aide.

(c) http://www.droz-photo.com/
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Y a t’il une course qui constitue votre objectif principal durant la saison de trail ? Et durant la saison de ski alpinisme ?

Non, pas vraiment, j’essaye de faire de mon mieux lors de chaque épreuve dont je prends le départ, et parfois j’ai des surprises.

Le mental est important dans le type de sports que vous pratiquez.  Comment vous motivez-vous pendant une épreuve ou un entraînement difficile pour surmonter vos souffrances ?

J’ai différentes techniques que j’ai développées tout au long de mes années de pratique. Par exemple, quand je participe à une course durant laquelle j’ai très mal partout et je souffre, j’essaye de confondre mon cerveau pour qu’il oublie la douleur : j’invente des histoires, j’imagine qu’il y a des indiens qui me poursuivent, je chante des chansons… N’importe quoi qui puisse m’aider pour réussir à finir la course ou à atteindre mon objectif.

Pourriez-vous envisager, un jour, de prendre le départ d’un marathon sur route ? Si oui, lequel ?

Non, je ne pense pas. Il y a quelques années, j’y ai pensé.  Mais finalement, je pense que je n’aimerais pas cela. Je suis trop passionné par la montagne et c’est là que je me sens le mieux au monde.

Vous avez gagné de nombreuses compétitions et n’avez pas beaucoup de concurrents de votre niveau.  Cela ne freine t’il pas votre motivation ? 

Pour moi, ce qui me motive, ce n’est pas de gagner des courses. Parfois je gagne une course et je ne ressens pas cela comme une victoire. Un autre jour, je finis troisième et je sens que j’ai fait une bonne course. J’essaye de trouver des motivations au-délà de la victoire.

Quel est le sportif qui vous impressionne le plus ?

Il y en a beaucoup ! Par exemple, Walter Bonatti, Reinhold Messner, Mark Twight, Steve House, Ueli Steck, Denis Ubuko.

Vous allez gravir le Mont McKinley en Alaska. Etes-vous intéressé par les régions polaires ? Si oui, pouriez-vous prendre le départ, un jour, d’un trail comme le Marathon du Pôle Nord ou l’Antarctic Ice 100 km ? 

Les régions polaires sont en effet très intéréssantes mais pour l’instant je ne me suis pas encore décidé à y courir un marathon… peut-être dans le futur !

Comment conciliez-vous la vitesse et l’aspect sécurité lorsque vous visez un record d’ascension en alpinisme ?  

La vitesse est un aspect de securité en soi.  La securité à 100% n’existe pas, c’est une illusion humaine. Il faut faire des compromis et les accepter.

Pourriez-vous envisager de participer à des compétitions de natation, de triathlon ou d’un autre sport d’endurance ?

Non je ne pense pas pour l’instant. Ce qui m’attire dans le trail c’est que cette discipline me permet de rester en montagne, et c’est vraiment cela mon objectif !

Comment envisagez-vous l’avenir une fois que vous aurez accompli tous les défis du Summits of My Life ?   

Je ne sais pas ! C’est encore loin et je préfère me focaliser pour l’instant sur les défis de Summits of My Life.

Kilian Jornet a publié un livre, Correr o morir, une source d’inspiration pour de nombreux trailers.   

A voir aussi, A fine Line, de Sébastien Montaz-Rosset, un film sur le premier volet du projet Summits of My Life.  Incontournable ! 

Vous pouvez également suivre les différentes étapes de son défi sur le site internet : http://www.summitsofmylife.com/fr

Entretien avec...

Entretien avec Benoît Laval – Le spécialiste du trail


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La passion du trail guide sa vie, sa vie quotidienne, sa vie professionnelle, ses voyages autour du monde. 

Et son palmarès est à la hauteur de sa passion, exceptionnel !  Vice-champion de France en 2009, équipe de France en 2010, 9ème au Marathon des Sables, 2ème, 4ème et 5ème au Grand Raid de la Réunion, une victoire à l’Annapurna Mandala Trail au Népal, onze victoires au Défi de l’Oisans.  

Benoit Laval 7

Benoît Laval, 40 ans, ne s’arrête pas là.  Au-delà du trail, il est un homme de défis, un touche à tout.  Plus le challenge sportif est original plus cela l’intéresse.  Et lorsqu’il prend le départ d’une compétition que ce soit une course sur route, un raid d’orientation, une course de raquette à neige, une course de ski alpinisme, il ne se contente pas de franchir la ligne d’arrivée, mais il se classe dans les tout premiers.  Il a ainsi été 5ème au championnat de France des 100 kilomètres, 13ème au 100 kilomètres de Millau, champion du monde de raids d’orientation, trois fois vice-champion de France de raids d’orientation, deux fois champion de France de raquette à neige, 6ème à la coupe d’Europe de raquette à neige, vainqueur en mixte à la Pierra Menta, la mecque du ski alpinisme.       

Et comme il ne fait pas les choses à moitié, il mène toujours ses projets professionnels et sportifs en parallèle.

Il s’est appuyé sur sa formation d’ingénieur textile à l’Ecole supérieure des techniques industrielles et des textiles (ESTIT) pour fonder Raidlight en 1999, une marque de produits de sports pour le trail, et acquérir en 2010 la société Vertical, spécialisée dans les vêtements de montagne.

Il créé, en 2011, la première Station de Trail à Saint-Pierre-de-Chartreuse, en Rhône-Alpes, où il s’est installé.  Une Station de Trail est un lieu 100% dédié au trail, qui propose des parcours, des services, et des outils à la fois aux débutants désireux d’apprendre et d’être encadrés et aux passionnés.  Les parcours sont balisés de la même manière que des pistes de ski avec un code couleur (vert, bleu, rouge, noir) correspondant à la difficulté du parcours (nombre de kilomètres et dénivelé).  La Station de Trail comprend un espace « Stade de Trail » constitué de parcours techniques pour l’entraînement : parcours de côtes, parcours de fractionné, Kilomètre Vertical.  La Station de Trail comprend aussi une base d’accueil avec des vestiaires et douches, la présentation des parcours, les conseils d’un animateur, des coachs spécialisés pour un accompagnement à la journée ou sous forme de stages, des bornes informatiques pour saisir ses chronos sur site web de la Station de Trail, un espace détente avec des tapis roulants, des fauteuils de relaxation, un sauna, et une salle de réunion pour d’éventuels séminaires.

En 2012, le concept de Station de Trail s’est transformé en réseau national avec l’implantation de deux nouvelles stations, à Villard-de-Lans et à Saint-Martin-Vésubie, le dispositif étant reconnu comme un véritable produit de diversification économique et touristique (http://www.stationdetrail.com/).  Vingt Stations de Trails devraient voir le jour d’ici trois ans.  En 2012, Benoît Laval créé, sur le même modèle que les Stations de Trail, le premier Espace de ski-de-rando, à Saint-Pierre-de-Chartreuse (http://www.espace-skiderando.com/).  

Nous avons fait sa rencontre à son retour d’Hong-Kong où il a participé au Raidlight Lantau Trail, un 50 kilomètres au cœur de l’ile de Lantau, où il a décroché une brillante 3ème place.

Entretien avec un entrepreneur endurant au parcours impressionnant, entretien avec Benoît Laval.Benoit Laval 1

 

Comment est venue votre passion pour le trail ?

Je cours depuis l’âge de 10 ans.  J’étais membre d’un club d’athlétisme de 10 à 18 ans.  Lorsque j’avais 14-15 ans, je m’entraînais quatre fois par semaine sur piste.  J’étais bon, mais je n’étais pas dans les meilleurs.  Par exemple, je n’avais jamais réussi à me qualifier pour les championnats de France.  J’avais des résultats honorables, mais je n’ai pas de don de la nature pour la course à pied.  Un point clef de ma motivation et de ma persévérance était que nous étions un groupe de copains dans un club très sympa, l’ASPTT Paris. Et j’ai évolué dans un milieu où la course à pied était importante.  Mon père et mon parrain pratiquaient beaucoup ce sport.

L’entraînement pendant toutes ces années m’a permis d’apprendre les valeurs du sport.

Ensuite pendant mes études d’ingénieur à Lille, j’étais très investi dans la vie associative et j’avais par conséquent un peu moins de temps à consacrer au sport. De la piste et ses exigences  je suis passé à la course sur route, avec un 1er marathon à vingt ans.

La montagne m’a toujours attiré. En 1993, à 21 ans, j’ai traversé seul les Pyrénées de l’Atlantique à la Méditerranée, soit 520 kilomètres, en trois semaines, en complète autonomie.

Pendant le service militaire, j’ai fait le choix de devenir officier en passant par Coëtquidan Saint-Cyr, puis chef de section de chasseurs alpins à Bourg-Saint-Maurice.  Je me suis éloigné de la piste et des courses sur route et j’ai commencé à pratiquer le trail et le ski de randonnée à forte dose.

C’est à partir de cette époque que j’ai commencé à m’intéresser particulièrement au trail.  Le trail conjugue mes deux centres d’intérêts : la montagne et la course à pied.

En 1998, j’ai participé à mon premier trail, le Défi de l’Oisans, un trail par étapes en 6 jours de 200 kilomètres et 12 000 mètres de dénivelé positif.  J’ai gagné cette course.  Ce fut une révélation.  J’ai pris goût à ce sport et je m’y suis spécialisé.  J’ai fait d’autres courses pour lesquelles j’ai eu de bons résultats.  Je me suis alors inscrit au Grand Raid de la Réunion l’année d’après, soit en 1999, et j’ai terminé…5ème, à ma grande surprise.  Cela m’aurait déjà semblé extraordinaire de finir dans les vingt premiers.

A partir de là, j’ai enchaîné les trails.  J’ai réalisé que c’est un sport dans lequel je peux être bon contrairement à la course sur route.  Par contre, je n’ai pas souhaité me spécialiser.  Je peux prendre le départ de trails de 50 kilomètres, d’ultras ou bien de trails blancs.

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Vous aimez aussi beaucoup les autres sports de montagne, raquettes, ski alpinisme, alpinisme, ski de fond, raids d’orientation.  Votre pratique de ces sports est-elle aussi intense que votre pratique du trail ? 

Ce que j’aime avant tout, ce sont les défis.

Par exemple, alors que je ne pratiquais pas le ski de fond, je me suis lancé le défi de terminer la Transjurassienne (épreuve de 76km). J’ai alors appris le ski de fond pour pouvoir participer à cette épreuve.  J’y ai participé trois fois.

Idem, quand je me suis mis au ski alpinisme, j’ai commencé par la Pierra Menta.  Aujourd’hui, je fais un peu de dénivelé en ski alpinisme pour me rendre en montagne.  Cela me permet également de travailler l’endurance indispensable à la course à pied.

Un autre exemple : j’ai entendu dire qu’il y avait une course de montée des 86 étages de l’Empire State Building.  Je me suis inscrit et y ai participé.  Le 31 mai prochain, la même épreuve sera organisée à la Tour First à la Défense, et bien sûr j’y serais… Dans le même registre, il y a quelque jours, j’ai participé à la première course exclusivement en descente de France, la Raidlight Kilomètre Vertical Down, soit 600 mètres de dénivelé négatif sur 3 kilomètres de course sur une piste de ski alpin de Saint-Pierre-de-Chartreuse / Le Planolet.

Dès qu’un événement sportif est un peu exotique, cela m’intéresse.

Mon sport favori en compétition reste cependant le trail.  Je pratique beaucoup plus le trail que les autres sports de montagne.  C’est dans cette discipline que j’ai les capacités et envie de faire des bonnes performances.

J’ai pratiqué la raquette pendant quelques années.  La première fois que j’ai participé à une course de raquettes, j’ai terminé 20ème.  Les premiers me semblaient inaccessibles. Puis j’ai pris le temps d’étudier comment fonctionne ce sport, le matériel, etc, j’ai beaucoup travaillé et j’ai mieux compris comment y arriver.  Et j’ai ensuite été champion de France dans ce domaine.

Je ne pratique quasiment plus l’alpinisme pour des questions de temps. C’est un sport qu’on peut difficilement pratiquer en dilettante.  Il requière un investissement total.  J’ai déjà pensé faire un 8000 mètres car j’aime les défis.  Ceci étant, j’ai abandonné cette idée car le risque est tellement grand que relever un tel challenge nécessite de nombreuses années d’entraînement.  Cela aurait nécessairement été au détriment de mon autre sport de prédilection qu’est le trail.

Qu’est ce qui explique, selon vous, votre réussite dans le domaine du trail ?

C’est une combinaison de différentes choses.  J’ai un bon moteur que j’ai développé pendant de nombreuses années d’entraînement, même s’il ne me permettrait pas de gagner un marathon sur route.  Si je devais faire un marathon sur route demain, je le terminerais en 2h40-45.  Cela n’est pas exceptionnel.  Ce qui me permet de réussir en trail, c’est surtout l’expérience sportive que j’ai acquise à force de m’entraîner depuis l’âge de 10 ans, la facilité que j’ai en montagne et sur les dénivelés et la volonté de me lancer toujours plus de défis.  C’est la meilleure façon de progresser.  Beaucoup de coureurs courent depuis 10 à 15 ans et n’osent toujours pas participer à un marathon. Je trouve que c’est dommage.

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A combien de courses participez-vous chaque année ?

Une quinzaine dans le domaine du trail et cinq ou six dans un autre sport (ski de fond, ski alpinisme, etc…).

Quelle est la course la plus difficile que vous ayez courue ?

Certaines courses sont réputées être difficiles.  Parmi celles que j’ai courues, c’est certainement le Grand Raid de la Réunion qui est réputée être la plus difficile à cause du dénivelé, de la distance, du terrain escarpé.  Ceci étant, je pense que la difficulté d’une course provient de son engagement, de l’investissement que l’on y consent, de ce que l’on en attend, de l’effort que l’on fait.  Si je cours le Grand Raid de la Réunion tranquillement, je ne trouverais pas ce trail particulièrement difficile.

Toute course est difficile lorsque je me fais vraiment mal pour viser une bonne performance.     La difficulté ne dépend pas de la durée non plus.  L’ascension de l’Empire State Building a été particulièrement éprouvante même si cela ne dure que 10 minutes car c’est très très intense.

Même si cela est très frustrant au regard de la préparation préalable, le fait de devoir abandonner une course n’a jamais été un problème pour moi car le trail reste un jeu, un plaisir.  Je n’ai notamment pas eu de chance avec l’UTMB.  C’est une course « maudite » (lol)  pour moi.  J’ai pris le départ de cette course quatre fois et j’ai dû abandonner quatre fois entre le 40ème et le 60ème kilomètre. C’est ainsi, ce n’est pas bien grave.

Quelle est la course que vous préférez, à laquelle vous participez tous les ans ?

Le Défi de l’Oisans auquel j’ai participé déjà 11 fois et que je programme à nouveau cette année, notamment pour la beauté des paysages et l’ambiance.  C’est le premier trail auquel j’ai participé.  C’est une épreuve par étapes qui dure 6 jours ce qui permet vraiment aux participants de se mettre dedans, de ne penser qu’au trail pendant une semaine.  On oublie ainsi les soucis du quotidien, on décompresse et on a vraiment le temps de faire connaissance avec les autres coureurs.  J’ai présidé l’Association SMAG organisatrice du Défi de l’Oisans pendant dix ans, j’ai connu le créateur de la course et de l’association (Laurent SMAGGHE, décédé en montagne  il y a une dizaine d’années), j’y suis donc aussi attaché..

Quelle est la course à laquelle vous rêveriez de participer ?

Aucune car dès que j’ai eu envie de participer à une course, je m’y suis inscrit !  Quand j’ai eu envie de courir le Marathon des Sables, j’ai pris un billet et y suis allé.  Dernièrement je pensais à l’ascension de la tour Taipei 101 à Taïwan (101 étages…), je m’y inscrit pour cette année…  Je pensais depuis quelques temps à la Tor des Géants, je me suis inscrit pour l’édition 2013.

La seule course à laquelle j’ai envie de participer et n’ai pas encore eu l’occasion est l’Himal Race, un raid par étapes au Népal qui consiste à traverser le pays en trois semaines.  Je n’ai pas encore eu l’occasion de prendre cinq semaines de congés d’affilée en octobre-novembre donc je n’y ai pas encore participé.  Ceci étant, cette course n’est pas mon rêve ultime, mais j’irais peut-être un peu plus tard.

Quelle est votre semaine type d’entraînement en course à pied ?

Je pense qu’il faut toujours faire des entraînements de qualité même pour l’ultra, sauf à avoir beaucoup de temps et à pouvoir faire des sorties longues de 3 heures tous les jours.  Si on n’a pas beaucoup de temps pour faire du volume, c’est important de travailler l’intensité.  Le seuil permet de progresser en endurance, le fractionné permet d’améliorer la VMA et donc le seuil, et ainsi de suite.

Le mardi, je fais du fractionné, 6 x 1000 ou 12 x 500 ou du fartlek.  Le mercredi, je fais un footing.  Le jeudi, je fais une séance au seuil pendant 20 à 40 minutes.  Le samedi, je fais une séance de côtes.  Et le dimanche, je fais une sortie longue d’1 heure 30 ou bien de 4 heures en montagne.  Je cours donc généralement 60 kilomètres par semaine.

Ceci étant, mon emploi du temps est souvent bousculé à cause de mon activité professionnelle et bien souvent je n’arrive pas à respecter ce calendrier.

Pourriez-vous pratiquer un autre sport d’endurance comme le triathlon ou le vélo ?

Oui, je pourrais être passionné par un autre sport mais je n’ai pas le temps.  Je ne pratique donc pas d’autres sports à part une pratique d’entraînement variée en montagne (ski de rando, ski de fond de temps en temps…).

Seriez vous intéressé par le Marathon du Pôle Nord ou le 100km de l’Antarctique ?

Cela pourrait effectivement m’intéresser !  J’ai déjà couru sous de fortes chaleur, en Lybie, au Mali ou lors du Marathon des Sables mais jamais dans le très froid.  Cela pourrait être une nouvelle expérience, donc bonne expérience.

Les régions polaires pourraient-elles vous attirer ? Pourriez-vous envisager une expédition dans ces régions ?

Elles pourraient m’attirer mais je n’envisage pas d’expédition là-bas.  Cela demande une technicité, un entraînement particulier.  Il faut maîtriser les réflexes de survie en milieu froid et cela nécessite un apprentissage. C’est comme tout, il faut apprendre, pour l’instant ce n’est pas dans mes projets.

Quels sont vos projets ?

Cette année, je vais à nouveau participer au Marathon des Sables en avril.  Mon objectif est de faire mieux que ma meilleure place en 2004, 9ème. Puis la tour 101 à Taiwan, c’est plus une course exotique pour le fun et le plaisir. Je participerai fin juin au Grand Duc, un trail de 80 kilomètres avec un dénivelé positif de 4 900 mètres au départ de Saint-Pierre-de-Chartreuse, puis au Défi de l’Oisans fin juillet. Et je prendrai le départ pour la première fois du Tor des Géants, début septembre, un trail non stop de 330 kilomètres et 24 000 mètres de dénivelé positif en Vallée d’Aoste.

Vous pouvez suivre les aventures sportives de Benoît Laval sur son blog : http://www.benoitlaval.com/

Entretien avec...

Entretien avec Daniel Kurbiel – de l’Arctique aux cosmétiques


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Lors de notre marathon au pôle Nord, nous protègerons nos visages, mains, lèvres et pieds avec les soins de la gamme Extrême Care de Polaar.  Les qualités de ces produits peuvent notamment nous permettre de réduire le risque de déssèchement, engêlures et autres gêlures.  L’objectif étant de finir ce marathon… avec tous nos doigts et orteils en bon état !

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Polaar a été fondée en 2004 par Daniel Kurbiel et Karine Roche.

Nous avons rencontré Daniel Kurbiel au siège de son entreprise, dans des locaux très convivials au décor empreint d’images et de souvenirs polaires.  De ces décors qui vous donnent envie d’aller explorer ces régions.

Fils d’explorateurs polaires, Daniel Kurbiel découvre dès son plus jeune âge l’Arctique en accompagnant ses parents tous les ans lors de leurs expéditions à bord de Vagabond 2, un brise glace de 15 mètres, désigné « plus petit brise glace du monde au Guiness des Records »*, notamment lors de leur traversée du Passage du Nord-Ouest accomplie avec trois hivernages successifs.  C’est à cette époque, au contact des scientifiques qu’il rencontre, qu’il prend conscience de la richesse de la flore Arctique et de son extraordinaire pouvoir anti-oxydant.

Cette passion pour l’Arctique ne le quittera plus même s’il prend le temps de se consacrer à ses études et à son autre passion, la voile.  Sportif émérite, il intègre quelques années après la fin de son MBA à l’école HEC Montréal, l’équipe de voile nationale et devient champion de France en 2001.

En 2004, après quelques années passées à travailler pour un cabinet de conseil en stratégie, il fait le grand saut.  Il fonde Polaar, une marque de cosmétique dont les produits sont composés d’actifs issus des régions polaires, comme la glycoprotéine de l’Antarctique, l’eau de glacier, le coton Arctique, la camarine de Laponie, le lichen d’Islande, l’olivier et le ginseng de Sibérie, ou le raisin Arctique. Les soins sont purs, sans alcool, sans paraben et sans huiles minérales.  La marque est dynamique et sportive. Le positionnement est innovant.  C’est un succès.

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Daniel Kurbiel nous confie devoir la réussite de ce projet d’entreprise à son travail, à sa confiance en lui, à sa persévérance, aux bonnes personnes qui l’entourent et aux qualités qu’il a développées grâce au sport de haut niveau.  Une vraie passion.

Véritables crèmes « doudounes », les crèmes réparatrices visage, mains et pieds de la gamme Extrême Care que nous utiliserons lors du marathon sont produites à base de rhodiola de Sibérie.  C’est un arbuste feuillu composé de fleurs jaunes, très résistant, qui pousse principalement sur les sommets des falaises. Le rhodiola est renommé pour ses propriétés adaptogènes, d´ailleurs les Vikings l´utilisaient pour augmenter leur force et endurance.  L’extrait de rhodiola Arctique favorise les mécanismes de réparation et regénération de l’ADN. Son action anti radicalaire en fait un allié idéal pour lutter contre les agressions extérieures.

Le baume à lèvres est produit à base d’extraits de baies sauvages de Laponie.  Framboises, airelles et mûres d´Arctique, ces baies poussent dans un climat extrême du Grand Nord et sont donc sont fortement concentrées en acides gras essentiels, dont les Omégas 3 et 6.

Nous vous invitons vivement à parcourir le site internet de Polaar afin de découvrir les autres gammes de soin de la marque : http://www.polaar.com/index.php?subSection=home.

*Vagabond, c’est le voilier qu’Eric Brossier a acquis en 1999. Eric et sa famille hivernent actuellement à bord de Vagabond au Nord du Nunavut à Grise Fiord. Voir notre entretien avec les équipiers de Vagabond.  

Entretien avec...

Entretien avec Olivier Pitras – Navigateur Polaire


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« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! ». Olivier Pitras est un homme libre, porté par sa passion pour la voile. 

Il quitte la France à 23 ans pour sillonner les mers du globe.

A 30 ans, au cours d’une expédition en Terre de Feu, il prend conscience que les étendues et les déserts glacés sont les paysages qui l’inspirent le plus.

Sa passion conjuguée de la mer, de la montagne et des espaces vierges le conduit alors naturellement vers les régions polaires.

Il est le premier skipper français à avoir franchi, en 1999, le Passage du Nord-Ouest à la voile.

À l’occasion de la quatrième année polaire internationale, il effectue en 2008-2009 le tour de l’Amérique du Nord à la voile en traversant à nouveau le mythique Passage du Nord-Ouest. Ce périple de 21 687 milles nautiques (40 164 kilomètres) à bord d’Ocean Search a vu, en 21 étapes, se succéder une centaine d’équipiers qui, outre la navigation, se sont livrés à plus de cent interviews de spécialistes de la question du changement climatique.

En septembre 2011, il monte l’expédition North East Greenland n° B-10-11 pour pénétrer dans une zone où certains endroits ne sont même pas hydrographiés.

Tour à tour en Patagonie, Terre de Feu, Alaska, Canada, Sibérie, Groenland, il a désormais son port d’attache au nord du cercle polaire, à Tromsø, en Norvège.  C’est de là qu’il part chaque année, sept mois durant, pour le Cap Nord, les îles Lofoten, le Spitzberg et le Groenland à bord de son voilier Southern Star, un sloop en aluminium de 24 mètres.  

Rencontre avec un citoyen du monde, un homme de défis, un marin accompli, passionné, curieux et généreux, rencontre avec Olivier Pitras.

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Comment vous est venue votre passion pour les régions polaires ?

C’est très difficile de répondre à cette question.

Je suis passionné depuis longtemps par la mer, par la montagne, par les voyages et par la vie à bord d’un voilier.  On retrouve tous ces éléments lorsqu’on vit dans les régions polaires.

J’ai quitté la France à 23 ans après avoir obtenu mes diplômes d’éducateur sportif et de guide en haute mer.  J’étais alors passionné de voile et de voyages et je rêvais de vivre dans un voilier.  Je devais vérifier sur le terrain si j’étais vraiment bien sur l’eau et si mon rêve de vivre sur l’eau pouvait devenir réalité.  J’ai navigué le long des côtes de l’Amérique du Sud.  Je m’étais lancé le défi de passer le Cap Horn sur mon propre bateau avant 30 ans.  Et j’ai réussi.

C’est à cette époque-là que j’ai découvert les glaciers.  J’ai vécu en Patagonie pendant deux ans.  Ce fut une révélation.  J’ai alors pris conscience que les paysages de glace m’inspiraient beaucoup.  Mais je ne saurai pas dire pourquoi ces paysages m’attirent plus que d’autres.  Je n’ai ensuite plus quitté ces régions glacées.  Je suis parti vivre et naviguer pendant huit ans en Alaska.  Et cela fait quatorze ans que je suis basé à Tromsø et que je navigue le long des côtes du Spitzberg, de la Norvège, du Groenland.

J’ai réalisé plus tard que je devais aussi cette passion pour les régions polaires à l’un de mes anciens professeurs qui m’enseignait la navigation lorsque j’avais 18 ans.  Il avait déjà hiverné en Arctique dans des vieux gréements en bois.  En effet, à cette époque, on ne faisait pas confiance à l’acier pour les expéditions dans les milieux polaires !

Quels souvenirs gardez-vous de votre première traversée du Passage du Nord-Ouest de juillet à octobre 1999 ?

A cette époque-là, je voulais franchir le Passage du Nord-Est.  C’est lorsque j’étais en Patagonie que je me suis lancé le défi de franchir un Passage.  Je pensais alors au Nord-Est.  Le Nord-Est, contrairement au Nord-Ouest, n’avait jamais été franchi par un voilier.  Je voulais faire une première afin d’intéresser davantage les sponsors.

J’avais loué un voilier, Ocean Search, pour 1 dollar  symbolique !  Il appartenait à des personnes âgées issues du Pays de Galles qui avaient immigré à l’Est des Rocheuses canadiennes.  Ils faisaient de l’élevage.  Leur rêve était de naviguer, mais ils habitaient loin de la mer.  A 70 ans, ils ont décidé de vivre leur rêve.  Ils ont fait construire un bateau, Ocean Search, en Afrique du Sud, qu’ils ont ramené en Colombie britannique.  Je les ai rencontrés en Alaska.  Ils avaient la flamme de la passion dans les yeux.  Ces gens étaient exceptionnels.  Le vieil homme était condamné et m’a dit : “J’ai fait ce bateau pour l’Arctique. Je ne pourrai pas l’utiliser. Vas y, utilises-le, je te le prête.”  Grâce à cette rencontre, j’ai pu avoir un bateau alors que je n’avais pas de sponsors.

J’ai préparé l’expédition pendant deux années.  Je devais me préparer à naviguer au cœur du pack.  C’est beaucoup moins compliqué aujourd’hui, car il y a moins de glace.  Il ne serait pas nécessaire pour un navigateur aujourd’hui de se préparer autant que j’ai pu le faire.  Lorsque j’étais en Alaska, je sortais en pleine nuit sur les glaciers maritimes avec le bateau afin d’habituer ma vue à faire la différence entre les écumes et les morceaux de glace, car je savais qu’en fin de Passage, il ferait nuit.  Les gens me prenaient pour un fou.

Il y a eu beaucoup de rebondissements avant cette traversée.  A l’origine, nous devions être quatre.  Nous n’étions au final plus que deux.  Fin juin 1999, nous avons quitté la Colombie britannique où était amarré Ocean Search et avons navigué jusqu’en Russie.  Après trois semaines d’attente, nous comprenons que nous ne parviendrons pas à obtenir les autorisations administratives russes pour naviguer dans le Nord Sibérien.  Les russes nous proposaient d’hiverner !  Or, nous avions envie d’en découdre.  J’ai alors décidé de changer d’itinéraire : ce sera le Passage du Nord-Ouest.  Comme nous étions à Bering, c’était facile de changer d’itinéraire à la dernière minute ! Nous avons traversé le détroit de Béring sous de forts vents contraires.  Comme je n’avais jamais navigué dans les glaces, j’ai appris quasiment tout sur le terrain au fur et à mesure de la traversée.  La progression à travers le pack qui craque n’était pas évidente et menaçait à tout moment de broyer le navire.  Les hauts fonds ont fait échouer le navire à deux reprises.  Les manœuvres étaient extrêmement délicates à travers les blocs de glace et le moindre retard aurait pu entraîner un hivernage forcé.

J’étais très content d’avoir accompli cette traversée.  Sportivement, et sur le plan de la navigation pure, j’étais comblé, car cette traversée est plus difficile techniquement que le Passage du Nord-Est.  Le Passage du Nord-Est m’aurait par contre davantage servi pour me faire connaître de sponsors potentiels et pour lancer ma carrière.

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Avez-vous déjà navigué le long des côtes de l’Antarctique ?

Non.  Ce serait compliqué avec le même voilier.  Je pourrais tout à fait naviguer jusqu’aux côtes de l’Antarctique, mais cela nécessiterait que je sois sur l’eau toute l’année.  Or, j’ai un point d’attache à Tromsø où je vis avec ma compagne.

J’ai déjà traversé le Drake lorsque j’étais en Patagonie.  Malheureusement, mon coéquipier étant souffrant, nous n’avons pas pu aller jusqu’à la Péninsule.  Nous nous sommes arrêtés à l’île de la Déception.

Si je devais monter un projet en Antarctique, ce serait pour découvrir l’intérieur des terres.  C’est un continent qui se prête davantage à l’exploration terrestre que maritime.

Il y a un peu plus d’un an, j’ai travaillé pour un cabinet d’architecture navale, Van Peteghem Lauriot Prevost, à la conception de véhicules terrestres hybrides pour ravitailler les bases scientifiques en Antarctique afin de proposer une alternative aux Caterpillars et dameuses qui sont très pollueurs, comme ceux qui sont utilisés entre les bases Dumont d’Urville et Concordia.

Quelle est l’expédition qui vous a le plus marqué ?

Sans hésitation, sur le plan personnel et sportif, le Passage du Nord-Ouest en 1999.  Je me suis rendu compte que l’homme peut vraiment repousser ses limites très loin.

J’ai particulièrement apprécié aussi le tour de l’Amérique du Nord en 2008-2009 durant lequel j’ai à nouveau franchi le Passage du Nord-Ouest.  Cette expédition était très riche sur le plan humain.  Plus de cent équipiers se sont relayés sur le voilier.  Nous avons rencontré de nombreux scientifiques et des personnes qui vivent en Arctique.  L’objectif était de mener une enquête de terrain sur le changement climatique.  La pertinence des thèmes abordés a été validée par un comité de scientifiques que nous avions monté.  Nous n’avions pas de sponsors financiers afin d’être indépendant quant à notre ligne éditoriale.  Nous avons ainsi donné la parole à des peuples qui généralement ne l’ont pas afin de donner une autre image du changement climatique que celle que l’on veut bien nous montrer en France.  Par exemple, des Groenlandais nous ont indiqué qu’ils préfèreraient qu’il y ait moins de glace car cela permet aux plantes de pousser dans les fjords.  Nous étions donc loin de ce qu’on entend habituellement sur les grands médias.  C’était extrêmement enrichissant.  Les gens ont donné beaucoup de leur temps pour ce projet.

Southern Star

Quels sont les changements dont vous avez été témoin en Arctique au cours des vingt dernières années ?

C’est la première région touchée par les changements climatiques.

En Norvège, par exemple, on peut constater des entrées d’air maritime plus fréquentes, des vents du Sud et des montées de températures au-dessus de 0°C en plein hiver.  Aujourd’hui, il fait 5°- 6° C !  C’est incroyable.  C’était extrêmement rare quand je suis arrivé en Norvège il y a quatorze ans.

J’ai pu constater aussi à quel point la banquise a fondu ces dernières années.  Quand j’ai commencé à naviguer le long des côtes du Spitzberg, nous n’étions jamais sûrs de pouvoir atteindre la côte Nord, alors que désormais elle est parfois libre de glace en plein hiver.  Et il n’y a plus de banquise durant l’été à l’exception de la côte Sud-Est.

La fonte de la banquise n’est pas si problématique pour l’ours blanc contrairement à ce qu’on peut entendre fréquemment.  C’est la thèse de nombreux scientifiques et spécialistes de l’ours blanc.  Les glaces pluriannuelles ont toujours été des zones où ni les phoques ni les ours ne vivent car le phoque ne peut entretenir son puits de respiration sur les vieilles glaces.  De ce fait, les vieilles glaces ayant disparu, l’habitat du phoque augmente, et ceci au profit de l’ours.  Certes, les ours ont plus de facilités à chasser les phoques sur la glace mais ils peuvent tout à fait le faire depuis les plages. Ils doivent seulement changer leurs habitudes, s’adapter à un environnement en perpétuelle évolution. Par ailleurs, on a déjà prouvé que les ours polaires ont survécu à deux changements climatiques avec disparition des banquises pérennes durant l’été.

Par contre, ce qui tue les ours, ce sont les métaux lourds et la pollution dont nous sommes responsables.

Les changements climatiques sont certes en partie le fait de l’homme mais il ne faut pas oublier qu’on vit une phase de réchauffement.  C’est naturel.  On a tendance parfois à l’oublier.

La fonte de la banquise conduit à une ouverture de l’Arctique, et je trouve que cela est plutôt positif.  Des routes nouvelles apparaissent chaque année.  A mon sens, l’ouverture du trafic maritime en Arctique ne se fera pas par les passages traditionnels, mais directement par le pôle Nord, avec appui logistique depuis le Spitzberg et une desserte vers les ports de destination : Amérique et Europe.  Ceci évitera des conflits d’intérêt entre les différents pays limitrophes de l’Arctique.

Je ne vois pas pourquoi faire de l’Arctique un sanctuaire, à l’exception peut-être du Spitzberg ou de l’archipel François-Joseph.  Il faut accepter l’ouverture de l’Arctique.  Par contre, il est primordial d’éviter les erreurs environnementales qu’on a pu faire dans le passé.  Il faudra que les pays mettent les moyens pour éviter la pollution liée à l’extraction des ressources en Arctique et au transport maritime. Il faudrait aussi, qu’à l’exemple de l’Antarctique, on interdise le fuel lourd pour la propulsion des bateaux.  Je suis confiant.  Le Conseil de l’Arctique prend de plus en plus d’importance et s’occupe très sérieusement de ces sujets.

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Quels sont vos projets ?

En 2013, je naviguerai le long du Parc National du Nord-Est du Groenland.  Ce sera une réplique de l’expédition que j’ai faite en 2011.

Un équipier m’a offert, récemment, un récit en norvégien de la 2ème expédition du Fram menée par Otto Sverdrup*.  En 2014, Southern Star s’engagera dans le sillage de la 2ème expédition du Fram, par l’Islande, l’Ouest du Groenland, le nord de la Baie de Baffin, l’archipel canadien, les îles Ellesmere, Devon et Thulé.

Je suis passé deux fois au nord de la Baie de Baffin, en 1999 et 2008, et chaque fois, l’envie de pousser plus au nord, au-delà du 74°N, me démangeait énormément.

Southern Star appareillera de Tromsø à la fin du mois de mai pour quatre mois d’expédition et 9000 milles nautiques.  Quatre mois d’aventure pour essayer d’approcher au plus près les quatre ports d’hivernage de la 2ème expédition du Fram, dont Grise Fiord, où se trouvent actuellement France Pinczon du Sel et Eric Brossier.  J’espère voir notamment le loup Arctique lors de cette expédition.

J’ai un autre projet dont la presse fera l’écho dans quelques jours.  J’ai, au fil des ans, acquis l’intime conviction, à force de côtoyer les banquises et de suivre l’état des glaces en Arctique, que le moment est venu d’y naviguer sur des bateaux de courses océaniques multicoques ou monocoques sans que la prise de risque soit supérieure à celle rencontrée dans les mers Australes par exemple lors du Vendée Globe, du Trophée Jules Verne, ou de la Volvo Ocean Race.

Je travaille depuis plusieurs mois à l’organisation d’une course à la voile sans escale et sans assistance sur l’océan glacial Arctique sur le même modèle que le Trophée Jules Verne.  Ce défi d’envergure sera récompensé par un trophée unique qui sera remis au vainqueur à l’arrivée.  Le détenteur du Trophée le conservera jusqu’à ce que son record soit amélioré par un autre.

Ce serait un bel hommage rendu à Nansen, premier homme à avoir dérivé avec son équipage à travers l’océan glacial Arctique à bord du Fram, si ce trophée s’appelait le « Trophée Nansen ».

Le départ sera donné sur la ligne déjà mythique Cap Lizard – Ouessant.  Les premiers marins qui relèveront le défi, s’engageront sur les passages traditionnels, le Passage du Nord-Ouest et le Passage du Nord-Est, la banquise ne permettant pas encore de couper par le centre de l’océan glacial Arctique.  La diminution des banquises dérivantes ouvrira progressivement de nombreuses variantes de parcours pour les bateaux engagés dans le Trophée Nansen.  Les voiliers s’engageront dans des voies nouvelles et vierges jusqu’à la disparition complète des banquises pérennes.  Le challenge deviendra alors une course en aller-retour en plein coeur de l’océan glacial Arctique avec une obligation de virer à Béring pour que la course reste internationale.

Le Trophée Nansen a pour ambition de devenir un challenge et un événement incontournable dans le circuit des records transocéaniques.

* De 1898 à 1902, le norvégien Otto Sverdrup et 15 membres d’équipage, à bord du Fram, reconnaissent et cartographient 260000 km2 de l’archipel canadien.  Quatre années de travail acharné pour dévoiler avec succès l’un des derniers pans de l’exploration géographique.  A partir de quatre ports d’hivernage, situés sur la côte sud et ouest de l’île Ellesmere, Sverdrup et ses hommes lancent des expéditions en traineaux à chiens dans les immensités vierges et extrêmes du grand nord canadien pour mener leurs travaux d’exploration. Les îles Axel Heiberg, Amund Ringnes et Ellef Ringnes en témoignent ainsi que les nombreux noms de baies, fjords ou pointes de la région.

Si vous aimez la voile et que vous êtes attirés par les régions polaires, Olivier sera heureux de vous accueillir à bord de Southern Star pour une ou plusieurs étapes de ses futures expéditions, notamment au Nord-Est du Groenland en 2013 ou à l’Ouest du Groenland en 2014.  Pour plus d’informations, nous vous invitons à parcourir son site internet : http://www.69nord.com/.    

Entretien avec..., Régions polaires

Entretien avec les équipiers de Vagabond – Citoyens de l’Arctique


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Voilà plusieurs années qu’ils suscitent notre admiration et que nous nous passionnons pour leurs expéditions en Arctique.  

Ils sont les premiers à avoir forcé les glaces du Passage du Nord-Est, en 2002, à bord d’un voilier. 

Depuis une décennie, France Pinczon du Sel et Eric Brossier  vivent au rythme de la banquise Arctique à bord de Vagabond, tantôt sillonnant les mers du pôle tantôt prisonnier des glaces 10 mois durant.  

Vagabond est un voilier d’expédition conçu pour naviguer dans les glaces.  Depuis 1999, il est un support logistique unique en son genre, un camp de base itinérant pour scientifiques, sportifs ou artistes, passionnés par les régions polaires. 

Retour sur l’histoire de Vagabond et de ses quatre équipiers, France, Eric et leurs filles Léonie et Aurore.

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Dans les années 1990, alors qu’il est prospecteur géophysicien et ingénieur en génie océanique, Eric commence à s’intéresser aux régions polaires.  En 1999, il se lance à la recherche d’un voilier capable d’emmener des scientifiques et des aventuriers dans les régions les plus reculées de l’Arctique, à la rencontre de montagnes et de fjords inconnus, de villages isolés : ce sera Vagabond.  

Il rencontre France au Salon Nautique de Paris en décembre 1999.  France est spécialiste en design naval, passionnée par l’aquarelle, et navigatrice.

Après deux premières expéditions réussies en 2000 et 2001 sur la côte Est du Groenland dans la région de Tasiilaq, ils accomplissent le tour de l’Arctique du 12 mai 2002 au 13 octobre 2003 via les Passages du Nord-Est et du Nord-Ouest.  L’enchaînement de ces deux passages mythiques, chacun franchi sans hivernage, sans l’aide d’un brise-glace, est une première dans l’histoire de la navigation.

L’aventure à bord de Vagabond ne s’arrête pas là.  De 2004 à 2009, le voilier s’est laissé prendre dans les glaces pendant cinq hivers consécutifs sur la côte Est du Spitzberg dans le Storfjord afin de permettre notamment la réalisation de mesures scientifiques pour plusieurs programmes internationaux sur le climat, la banquise et les courants, notamment le programme Damocles.

En septembre 2010, Borge Ousland (1) demande à Eric de faire partie de son équipage à bord de The Northern Passage, de Cambridge Bay à Pond Inlet, la partie la plus délicate du Passage du Nord-Ouest.  Le trimaran accomplit le tour de l’Arctique en voilier en une seule saison.  L’exploit est inédit.

Depuis 2011, France et Eric alternent navigations et hivernages le long de la côte Ouest du Groenland et du Nunavut au Canada.

Entretien avec des aventuriers hors du commun, en direct de Grise Fiord sur l’île d’Ellesmere, où ils ont jeté l’ancre pour l’hiver 2012-2013 – le village le plus au Nord du Nunavut et un des endroits les plus froids de la planète.

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Comment est née votre passion pour les régions polaires ?

De 1993 à 1995, j’étais responsable de l’observatoire de Magnétisme et de Sismologie des Iles Kerguelen, dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises, pour l’Institut de Physique du Globe de Strasbourg.  C’est à cette époque que j’ai commencé à m’intéresser à ces régions et qu’est née mon envie d’acquérir un voilier qui serait le support logistique d’expéditions polaires.  Notamment lorsque je suis monté à bord de La Curieuse, un chalutier aménagé pour le travail des scientifiques en hivernage.

J’ai ensuite acquis Vagabond en 1999. Au départ, nous nous sentions bien dans ces régions, puis notre intérêt pour l’Arctique est devenu de plus en plus fort, au fur et à mesure de nos expéditions, de notre familiarisation à notre activité, à l’environnement polaire.  La magie du Grand Nord opérait.  Nous comprenions alors la puissance de son pouvoir de séduction.  Une fois que le concept de support logistique dans les régions polaires fut validé, nous avons eu de plus en plus de possibilités, d’opportunités et de sollicitations.  Nous avons vécu de plus en plus d’expériences.  Au point de prendre vraiment goût à notre mode de vie, à l’Arctique, aux cultures que l’on y côtoie.

Pourquoi vouliez-vous franchir le Passage du Nord-Est en 2002 ? Etait-ce un défi sportif ?

Nous n’avions pas pour objectif de faire une première.  Lorsque nous avons décidé de franchir le Passage du Nord-Est, je n’avais pas perçu ce que cela représentait, ni toutes les difficultés de la tâche ni l’ampleur du défi que nous nous lancions.

A cette époque, nous venions de terminer deux navigations le long de la côte Est du Groenland de juin à octobre 2000 puis de juin à octobre 2001, durant lesquelles nous avons travaillé pour l’Institut polaire français Paul Emile Victor et assuré la logistique d’expéditions d’alpinisme et de kayak de mer.  Nous venions de valider notre projet de faire de Vagabond une base itinérante pour des expéditions polaires.  C’était vraiment notre idée initiale.  Nous ne pensions pas du tout, à ce moment-là, que nous pourrions être les auteurs d’un exploit polaire inédit.

Je souhaitais également retourner au Japon où je suis né.  C’est ce qui m’a guidé vers le Passage du Nord-Est.  J’y pensais avant même de connaître Vagabond. C’était tout simplement la route la plus courte et l’occasion de parcourir la moitié la moins connue de l’Arctique.

Nous avons sauté le pas en 2002.  Forts de nos deux expéditions au Groenland, nous commencions à bien connaître Vagabond.  Nous étions prêts pour le Passage du Nord-Est.

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Quel hivernage avez-vous préféré ?

Nous avons hiverné de nombreuses fois : au Kamtchaka en 2003 entre les deux Passages, dans la baie d’Inglefield au Spitzberg de 2004 à 2009, dans le fjord du Cap Sud de l’île d’Ellesmere à une cinquantaine de kilomètres de Grise Fiord en 2011-2012 et à Grise Fiord cette année.  Tous ces hivernages ont été très différents.  Même les cinq hivernages au Spitzberg n’étaient pas identiques !

A Grise Fiord, on est en contact permanent avec la population comme c’était le cas en Russie en 2003.  Ceci étant, nous hivernions près d’une ville au Kamtchaka alors qu’ici, Grise Fiord abrite une petite communauté de 140 Inuits.

Nous sommes nostalgiques de la pleine nature.  Cependant, il y a d’autres avantages à notre hivernage au cœur de Grise Fiord.  Léonie peut ainsi aller à l’école.  Et nous faisons beaucoup de rencontres.  Nous avons créé des contacts rapidement et même des liens d’amitié. Lorsque nous étions à cinquante kilomètres du village l’année dernière, nous avions aussi des visites de temps en temps et participions déjà aux événements comme les fêtes de Noël ou les compétitions de pêche.

Les populations isolées en Arctique connaissent un quotidien si différent du nôtre qu’il faut du temps pour l’apprécier.  Ils ont un regard sur l’Arctique très différent du nôtre, même si nous avons passé plus de douze ans dans ces régions.  Cet hivernage nous permet de connaître un peu mieux ces populations.

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Préférez-vous les périodes d’hivernage ou de navigation ?

Nous aimons bien les deux.  Les saisons sont très marquées.  Ce que nous apprécions l’hiver, c’est que le bateau devient notre maison.  Nous pouvons consacrer tout notre temps aux manipulations scientifiques pour lesquelles nous nous sommes engagées, aux amis, à la famille, à la nature.  L’été, la navigation vient s’ajouter aux travaux scientifiques. La navigation requiert beaucoup de temps et d’attention ce qui nous laisse moins de temps pour les autres activités.  Parfois, on se dit : « vivement l’hiver ».   Et pourtant, l’été ne dure que deux mois !  La débâcle n’a lieu qu’en juillet.  Nous retrouvons l’eau libre que mi-juillet.

Quand recevez-vous des visiteurs à bord de Vagabond ?

Les scientifiques ne viennent généralement pas pendant la nuit polaire. Nous sommes généralement coupés du monde d’octobre à décembre/janvier car c’est la période pendant laquelle la banquise se forme, les déplacements sont difficiles.  Les scientifiques arrivent mi-février jusqu’au mois de mai au plus tard.  Le reste du temps, nous sommes seuls et les scientifiques nous confient des manipulations et observations à effectuer.

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Revenez-vous parfois en France ?

Oui, nous rentrons généralement d’octobre à décembre.  Nous sommes rentrés en France d’octobre à décembre dernier, par exemple.  Nous devrions rentrer à nouveau au mois d’octobre cette année.

Durant notre hivernage au Spitzberg, nous sommes rentrés en France pendant quatre automnes consécutifs.

Lorsque nous rentrons en France, nous confions le voilier à d’autres personnes motivées pour nous remplacer.  Cette année, nous l’avions confié à un Inuit du village de Grise Fiord.  C’était assez simple pour lui car nous sommes à terre cette année, nous ne sommes pas pris dans les glaces.  Son rôle consistait principalement à maintenir le chauffage afin que tout ne gèle pas à l’intérieur du bateau.  Je pense naturellement toujours au bateau lorsque je suis en France.

Comment faites-vous lorsque le voilier doit être réparé ?

Lorsque nous étions au Spitzberg, on faisait une révision complète du voilier pendant trois semaines chaque année à la base scientifique de Ny-Alesund.

En 2011, le voilier était en France, en gros chantier.

Le reste du temps, on effectue les petites réparations, l’entretien courant, du type peintures, etc., en juin car les températures sont positives, le bateau est sec, il n’y a plus de neige, la banquise finit de se fracturer et on ne navigue pas encore.

Vous avez vu des milliers d’ours.  Les ours blancs sont-ils réellement dangereux pour l’homme ?

Il y a autant de comportements que d’individus.

Ils se nourrissent de phoques et ne sont donc pas attirés par les hommes.  Ceci étant, il est possible de rencontrer certains ours, souvent les plus jeunes, qui peuvent être de mauvais chasseurs ou qui vont être plus curieux, plus téméraires.

Ils n’ont pas de prédateurs donc ils n’ont peur de rien.  Ils peuvent donner un coup de patte par surprise ou par simple curiosité.  Cela ne veut pas dire qu’ils vont nous agresser.  Mais ils ont une telle force qu’il vaut mieux éviter le contact physique avec eux.  Un seul coup de patte d’un animal de 700 kilos peut être mortel pour nous.  Il ne faut surtout pas laisser les ours nous approcher de trop près.  C’est plus leur curiosité qui est dangereuse que leur besoin de se nourrir.

En ce qui nous concerne, nous n’avons jamais été attaqués.  Une ou deux fois, des ours ont couru vers nous, par curiosité. Et un de nos chiens a été tué par un ours.

Lorsque je fais des manipulations scientifiques, je regarde toujours autour de moi.  Je suis généralement seul.  Les chiens ne viennent pas avec moi pour les longues manipulations.  Il faut être très vigilant.

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Où passerez-vous l’été 2013 ?

Nous naviguerons sur la côte Ouest du Groenland.  Nous naviguons généralement dans des eaux proches du lieu d’hivernage, sauf en 2005, où nous avons navigué avec des scientifiques le long de la côte Est du Groenland alors que nous hivernions au Spitzberg.

Et quel sera le lieu du prochain hivernage ?

Nous allons essayer de trouver un compromis par rapport à cet hiver.  Même si nous aimons être isolés, nous chercherons à nouveau un lieu d’hivernage près d’un village pour que Léonie puisse aller à l’école.  Ce sera soit Grise Fiord soit un village Groenlandais.  Ceci étant, nous essayerons d’être un peu plus loin du village que cette année.

Vagabond 12

Auriez-vous envie de naviguer en Antarctique ?

Cela ne nous déplairait pas.  Il nous faudrait un projet pour y aller. Nous avons déjà eu quelques pistes mais rien ne s’est concrétisé.

Nous y sommes déjà allés avant de nous connaître.  En 1997, France a navigué depuis le Havre jusqu’à la péninsule Antarctique.  Elle est partie avec des alpinistes.  Pour ma part, j’ai passé l’année 1994 dans les Iles Kerguelen dans le cadre de mon activité professionnelle.

Nous apprécions particulièrement le fait de pouvoir échanger avec la population lors de nos navigations ou hivernages, et cela nous manquerait certainement en Antarctique.

Quel est votre modèle d’explorateur ?

Fridtjof Nansen (2).  Il a su fédérer des groupes pendant plusieurs hivernages dans des conditions incroyables.  J’aime bien l’esprit de ce qu’il a entrepris.  Il est persévérant.  Il a fait de nombreuses observations utiles à la science. Il n’a pas exploré les régions polaires uniquement pour repousser les limites du corps, pour le challenge sportif, comme d’autres aventuriers ont pu le faire.  Ses expéditions avaient aussi pour objectif de faire avancer la science, et c’est ce qui me touche plus particulièrement.

La vie de France et Eric est si riche, leurs expériences si variées, qu’il est difficile de résumer leurs aventures en quelques mots sur cette page.  Pour en savoir plus, nous vous invitons à les suivre sur leur site internet : http://vagabond.fr/index.fr ou à visionner le dernier documentaire diffusé au sujet de leur hivernage 2011-2012, Sur le grand océan blanc.

La « Mission Arctique 2011-2014 » actuellement menée par France et Eric à bord de Vagabond est soutenue par la FEP :
http://www.proprete-services-associes.com/

(1) Explorateur polaire norvégien.  Le 23 mars 2006, Børge Ousland et Mike Horn sont les premières personnes à atteindre le Pôle Nord pendant la nuit polaire.  

(2) Fridtjof Nansen est un explorateur polaire, scientifique, homme d’Etat, diplomate norvégien.  En 1888, il achève la première traversée du Groenland à ski.  Entre 1893 et 1896, il mène l’expédition Fram dans l’océan Arctique à bord du navire Fram. Nansen et son équipage ont tenté d’atteindre le pôle Nord en utilisant la dérive de la banquise créée par le courant marin de l’océan Arctique. Après deux hivernages et de longs mois d’une dérive erratique, le navire s’est rapproché du pôle, mais pas assez rapidement au goût de Nansen. Il décide alors de se lancer à la conquête du pôle Nord en traîneau à chien et à ski, en compagnie de Hjalmar Johansen. En mars 1895, ils quittent le navire qui est laissé sous le commandement d’Otto Sverdrup. Nansen et Johansen n’atteignent pas le pôle mais réussissent à se porter jusqu’à une latitude de 86° 13′ 6″ N, le point le plus au nord jamais atteint jusqu’alors.

Entretien avec...

Entretien avec Pascal Pich – Ultra Iron Man


Pas de commentaire

Certains athlètes parviennent à dépasser certaines limites que nous n’avions même pas osé imaginer.  Les ultra-triathlètes font partie de ceux-là. 

L’ultra-triathlon, c’est un triathlon qui se pratique sur de longues distances multiples de celles de l’Ironman (pour rappel, un Ironman, c’est 3,8 kilomètres de natation, 180 kilomètres de vélo et 42,195 kilomètres de course à pied).  Une épreuve d’ultra, c’est un Ironman multiplié par deux, trois, quatre, cinq ou dix, et même, depuis peu, par quinze ou vingt ! 

La discipline est peu connue.  La Fédération internationale d’ultra-triathlon compte seulement 222 licenciés au monde.

A quoi pense t’on lorsqu’on participe à une épreuve de déca-Ironman et que l’on nage 38 kilomètres dans un bassin de 50 mètres, que l’on roule 1800 kilomètres sur une piste de 1800 mètres et que l’on court 422 kilomètres sur la même piste de 1800 mètres ?  Le record du monde sur la distance : 8 jours, 8 minutes et 26 secondes d’effort non-stop. 

C’est l’une des questions que nous avons posée à Pascal Pich, quintuple champion du monde, champion d’Europe et détenteur de neuf records du monde dans la discipline.  

Pascal Pich Swim 2

Pascal Pich, 48 ans, est ultra-triathlète professionnel depuis 2003.

Après avoir fait le tour des quelques compétitions d’ultra organisées par la Fédération, il a décidé depuis quatre ans de se lancer des défis sur-mesure.  Par exemple, l’X’TREM Tour en 2011, soit un tour de France en 24 étapes et 26 jours où il a parcouru lors de chaque étape 2,5 kilomètres à la nage, 140 à 240 kilomètres à vélo et 21 kilomètres à pied.  Fort de son expérience, il a décidé d’inscrire l’X’TREM Tour au calendrier officiel des compétitions d’ultra-triathlon.  La première édition devrait avoir lieu en 2014.  Quelques athlètes se sont déjà dits très intéressés par le concept et sont prêts à prendre le départ de cette nouvelle épreuve.     

Au programme pour 2013 : l’Ironman Around The World, soit un double-Ironman et un déca-Ironman sur chacun des cinq continents, soit soixante Ironman en une année ! Pour mesurer la complexité de la tâche, il faut savoir que sur les 200 athlètes au monde qui ont déjà participé à un déca-Ironman, seuls 30 athlètes ont participé à deux déca-Ironman et aucun à ce jour n’a terminé deux déca-Ironman durant la même année.

Entretien avec un triathlète de l’extrême, entretien avec Pascal Pich.

Comment vous est venue la passion pour l’ultra-triathlon ?

En 1987, j’ai vu par hasard un reportage sur l’Ironman d’Hawaï.  Je me suis dit que ce sport de fous n’était absolument pas fait pour moi.  J’étais très sportif.  Je pratiquais alors le judo à haut niveau.

Puis, j’ai quand même essayé et j’ai couru mon premier triathlon la même année.  Je n’étais pas correctement préparé.  J’ai fini l’épreuve avec beaucoup de courbatures.  J’ai participé au même triathlon l’année suivante après m’être bien préparé cette fois.  J’ai enchaîné avec un triathlon DO puis un triathlon MD.  J’ai pris goût aux trois disciplines – natation, vélo et course à pied – mais je m’ennuyais fermement sur les formats courte distance et moyenne distance.

A peine un an après mon premier triathlon, je m’inscrivais à l’Embrunman puis à l’Ironman de Nice.  J’étais toujours frais en fin de course.  Je sentais que je pouvais donner encore davantage.

En 1990, j’apprends qu’un français a battu le record du monde de la distance parcourue en 24 heures.  Je voulais faire encore mieux.  La même année, je me suis lancé un défi pour le Téléthon : nager pendant 10 heures, rouler pendant 10 heures et courir pendant 10 heures.  On me disait : « tu es givré, tu n’y arriveras pas ».  Plus on me dit cela, et plus j’ai envie de relever le challenge.  Et j’ai réussi.  L’année d’après, en 1991, j’ai participé à six Ironman pour le Téléthon.  Puis, je me suis inscrit à un premier ultra.  J’avais attrapé le virus.  J’ai participé à mon premier déca en 2000, à Monterrey, au Mexique.

En 2003, je suis devenu triathlète professionnel.

J’ai pris la présidence de la Fédération Internationale d’Ultra-Triathlon en 2004 jusqu’en 2008.

J’ai participé à de nombreuses compétitions d’ultra pendant plus de dix ans.  Mais il n’y a pas beaucoup de compétitions officielles.  C’est difficile de varier les plaisirs.  D’autant plus que les déca-Ironman sont organisés dans des bassins de 50 mètres et sur des pistes de 1800 mètres ! Tourner en rond, c’est vraiment une galère.  J’avais envie de voir du paysage.  Je trouve plus sympa de nager, rouler et courir en pleine nature.  J’ai donc décidé en 2009 de me lancer des défis personnels, sur-mesure.

Je m’efforce de faire connaître la discipline.  C’est très difficile.  C’est une discipline qui a encore du mal à se faire accepter car, pour beaucoup de personnes, les ultra-triathlètes vont trop loin et repoussent les limites au-delà du concevable.  Cela fait plusieurs années que j’aimerais organiser une compétition officielle en France, sous la forme d’un Tour de France de triathlon.  A priori, ce devrait être possible en 2014 avec l’X’TREM Tour.

Pascal Pich

Combien d’Ironman avez-vous terminé ?

Si on compte les Ironman contenus dans les ultras, j’ai dû en terminer une centaine !  Le seul Ironman que je n’ai pas fait est l’Ironman d’Hawaï ! Je vais m’y attaquer un jour car cet Ironman est mythique.

Il existe actuellement deux types de déca-Ironman : 38 kilomètres de natation, 1800 kilomètres de vélo et 422 kilomètres de course à pied non-stop ou bien un Ironman par jour pendant 10 jours consécutifs.  Quel format préférez-vous ?

Pendant longtemps, seul le premier format a existé.  Je n’ai connu que celui-là en compétition.  Le deuxième format a été créé au Mexique il y a deux ans.  Le concept a plus aux athlètes et s’est généralisé.  C’est un format plus facile car il permet de récupérer véritablement tous les soirs après l’épreuve d’Ironman.  Ce sera le principe de l’X’Trem Tour qui sera organisé en 2014 : des étapes journalières avec des distances plus ou moins longues de natation, vélo et course à pied à parcourir entrecoupées de nuits complètes pour récupérer.

Pascal Pich Bike

A quoi pensez-vous pendant une compétition de déca-Ironman lorsque vous devez nager 38 kilomètres dans un bassin olympique, rouler 1800 kilomètres et courir 422 kilomètres sur une piste de 1800 mètres ?

Il faut à tout prix déconnecter son cerveau sinon c’est impossible.  C’est véritablement celui qui a le mental le plus fort qui l’emporte.  Aujourd’hui, je préfère pratiquer l’ultra-triathlon en pleine nature.

Comment vous entraînez-vous pour une compétition d’ultra ou un défi tel que l’X’Trem Tour ou l’Ironman Around The World ?

Depuis 2003, je m’entraîne une vingtaine d’heures par semaine lorsque je prépare une compétition ou un défi personnel. C’est beaucoup moins qu’avant.  J’en faisais beaucoup trop. Or, le corps doit aussi se reposer.  Il a suffisamment de mémoire de sorte qu’il n’est pas nécessaire de lui imposer des volumes d’entraînement trop importants qui conduisent inexorablement à la blessure.  Je préfère insister sur la qualité et l’intensité de l’entraînement.  Lors d’une semaine chargée, je fais 15 à 20 kilomètres de natation, 500 kilomètres de vélo et 110 à 120 kilomètres de course à pied.  Parfois, avant une épreuve, j’essaye également de travailler sur des cycles de quatre semaines : une semaine à dominante natation (30 kilomètres), une semaine à dominante vélo (1000 kilomètres) et une semaine à dominante course à pied (200 kilomètres) puis je lève le pied la quatrième semaine en travaillant les trois disciplines avec la même intensité.

Comment vous entraînez-vous plus spécifiquement en course à pied ?

Je fais surtout du volume.  Je fais peu de fractionnés, je ne fais jamais plus d’une séance de piste par semaine.  Je fais des sorties longues, d’au maximum 3 heures.  Je suis par ailleurs entraîneur d’un club d’athlétisme.  Je cours aussi à cette occasion.

Pascal Pich Running

Vous êtes peu nombreux à pratiquer la discipline. Y a-t-il une bonne ambiance entre vous ?

Actuellement, une dizaine de français pratiquent l’ultra.  Les athlètes ont d’excellentes relations entre eux.  On s’entraide lors des compétitions.  Par exemple, si un athlète n’arrive pas à changer son pneu, un autre athlète l’aide.  Les ultra-triathlètes sont généralement assez humbles.  Il n’y a pas vraiment de favori dans ce sport, toutes les cartes sont redistribuées à chaque compétition.  C’est tellement difficile que n’importe quel athlète, même le meilleur, peut perdre une compétition.

Comment se déroule votre Ironman Around The World ?

J’ai commencé le 19 décembre 2012 par un double-Ironman en France de Aigues Mortes à la Plagne.  Il était particulièrement difficile. J’ai nagé dans une eau à 7°C.  Et j’ai souffert d’une déchirure musculaire au mollet tout au long des 84 kilomètres de course à pied.

J’espère pouvoir trouver les partenariats nécessaires à la réalisation des autres étapes de l’Ironman Around The World.  L’avantage, c’est que j’ai une année devant moi puisque je dois réaliser toutes les épreuves d’ici le 19 décembre 2013.  Ceci étant, plus je prends du retard, plus les temps de récupération seront courts entre chaque étape.

En principe, je devrais faire un double à Tahiti, un double aux Emirats Arabes Unis et un double en Equateur.  J’ai un point de chute dans chacun de ces pays.  Je devrais faire mon premier déca au Maroc au mois de mai.  Je devrais faire un déca en France à la fin du mois d’août.  J’envisage aussi de faire un déca en Australie en octobre.

Je suis assez confiant par rapport au défi sportif.  Même si je sais que réaliser cinq déca en une année est très difficile. Ce sera une première. Personne n’a jamais fait cela car c’est très éprouvant.  Le plus important est de ne pas se blesser, sinon tout est terminé.

Pascal Pich Swim

Etant donné les kilomètres que vous parcourez lors des ultra-triathlons, des trails comme l’Ultra-Trail du Mont-Blanc ou le Grand Raid de la Réunion doivent vous paraître faciles.   Que représentent ces courses pour vous ?

Je considère que ces courses sont difficiles et exigeantes.  Parmi les trois disciplines du tri, mon point faible est la course à pied, même si j’ai déjà couru le marathon en moins de 3 heures.  Un ultra-triathlète est doué pour enchaîner les trois disciplines sur de nombreuses heures mais ce n’est pas suffisant pour être bien classé sur une course comme l’UTMB ou la Diagonale des Fous.  Par ailleurs, je n’aime pas beaucoup le dénivelé car j’ai un gabarit assez lourd.  Ceci étant, il faudra que je participe à un de ces trails pour voir à quoi ça ressemble !! Mais, je crois que je serais davantage attiré par un trail comme le Marathon du Pôle Nord que par l’UTMB ou la Diagonale des Fous.

Pratiquez-vous d’autres sports ?

J’aimerais beaucoup pratiquer le ski, mais j’y ai renoncé.  Je ne peux pas me permettre de me blesser ou de me casser une jambe, au risque que ma saison soit terminée.

Êtes-vous attirés par les régions polaires ?

Il y a deux ou trois ans, j’ai failli me lancer le défi de faire un triathlon dans ces régions.  Je ne l’ai finalement pas fait.  Mais, cela pourrait être très intéressant.

D’où vient votre envie hors du commun de vous dépasser ?

C’est difficile de répondre à cette question !! Je veux me prouver que je peux résister, que je tiens encore la route.  J’aime voir où sont mes propres limites.

Pour plus d’informations, nous vous invitons à consulter le site internet de Pascal Pich : http://www.ironmanaroundtheworld.net/

Entretien avec...

Entretien avec Philippe Croizon – La force du dépassement de soi


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Philippe Croizon fait partie de ces hommes dont le courage force l’admiration. Le 18 septembre 2010, après deux années d’entraînement intensif, il traverse la Manche à la nage en 13 heures et 26 minutes. Quelques mois après sa traversée de la Manche, il décide, avec son ami, Arnaud Chassery, alpiniste et nageur aguerri, de se lancer un nouveau défi : relier les cinq continents à la nage en traversant quatre détroits, dont le détroit de Béring entre l’Alaska et la Sibérie dans une eau glacée avec des creux de plusieurs mètres. Ils réussissent leur exploit le 18 août 2012, au prix d’une force de caractère exceptionnelle.

Un challenge physique et mental extraordinaire, d’autant plus que Philippe Croizon a été amputé des quatre membres en 1994 suite à un grave accident.

C’est avec enthousiasme, générosité et beaucoup d’humilité qu’il nous fait part de sa soif d’aventure et de dépassement de soi, de son envie de repousser les frontières et d’aller à la rencontre des autres.

Portrait d’un homme à la volonté farouche, à la ténacité hors du commun et au mental d’acier. Portrait de Philippe Croizon. 

Philippe Croizon

Lorsque vous avez préparé la traversée de la Manche pendant deux années, à raison de 35 heures de natation par semaine et 280 kilomètres par mois, avez-vous eu des moments de doute ?

Oui, le doute m’a souvent assailli et j’ai parfois craqué. Ceci étant, le doute est naturel, il fait partie intégrante de l’aventure. Parfois, j’ai eu envie d’arrêter car j’avais l’impression de ne plus progresser, je trouvais que l’entraînement était monotone, mon corps en avait marre et voulait lâcher prise, le cerveau me disait “qu’est-ce que c’est ? j’arrête tout”. Ce type d’entraînements intensifs et exigeants nous apprend inexorablement à devenir patient.

Malgré les doutes, je n’ai jamais renoncé et n’ai jamais cessé de m’entraîner. Je m’entraînais tous les jours. J’étais encadré par un entraîneur et un préparateur physique. Ils toléraient que je m’arrête une ou deux journées maximum quand j’étais moins bien, mais pas plus, pour éviter de perdre ce que j’avais appris.  Même si j’ai commencé le sport tard dans ma vie – à 40 ans – je sais aujourd’hui ce que représente la difficulté du travail et de l’entraînement.

Pendant ces deux années, j’ai également fait quatre mois de sophrologie. Au début, je n’y croyais pas trop. Puis, la sophrologie est devenue très importante pour moi. Elle m’a procuré un havre de paix qui m’a aidé à surmonter mes doutes.

A quoi pensez-vous lorsque vous êtes dans l’eau au milieu de la Manche ?

Je pense aux personnes qui me font confiance. Je me dis que je ne peux pas les décevoir et que je dois réaliser les objectifs que je me suis fixés.  Je pense à eux quand j’ai froid, que je commence à me sentir très mal physiquement et que mon corps me dit “stop”. Je pense aussi souvent à mes enfants. Mais je suis quelqu’un de très émotif. Quand je pense à eux, j’ai du mal à gérer mes émotions.

Philippe Croizon - Détroit de Bering

« Malgré les doutes, je n’ai jamais renoncé et n’ai jamais cessé de m’entraîner »

Qu’est ce qui est le plus difficile : l’entraînement pendant des mois ou le jour de la réalisation du défi ?

L’entraînement.  Mes coachs m’ont toujours dit qu’il fallait considérer que la réalisation du défi est un entraînement supplémentaire.  Un mois avant la traversée de la Manche, j’avais déjà nagé pendant 12 heures en continu pour faire l’aller-retour de Noirmoutiers à Pornic.  J’ai ensuite attendu d’être au summum de ma forme pour programmer la traversée de la Manche.

Avez-vous dans votre entourage des proches qui réalisent des défis, des exploits sportifs du même ordre que ceux que vous avez réalisés ?

Non. J’ai rencontré de telles personnes lorsque je me suis lancé le défi de traverser la Manche. J’ai notamment contacté les sportifs qui avaient réussi à le faire. Je me suis entraîné avec eux.

Philippe Croizon

Pensez-vous que l’envie de se dépasser est innée ou provient nécessairement d’événements extérieurs ?

Dans mon cas, je n’avais absolument pas envie d’aller au-delà de mes limites avant mon accident. C’est cet événement extérieur qui m’a donné envie de me dépasser.  J’ai vécu des mois et des mois d’hospitalisation, des dizaines d’heures d’opérations, des centaines de jours de rééducation. A partir de ce jour-là, j’ai été obligé de me dépasser.  Je franchis les mêmes paliers en sport aujourd’hui que ceux que j’ai dû franchir pendant les quatre années qui ont suivi mon accident et pendant lesquelles j’ai dû réapprendre tous les gestes du quotidien : le désespoir, l’envie, le doute, la douleur, le mur, l’étincelle, la victoire.

On dit souvent des sportifs de l’extrême qu’ils sont “fous furieux” de se lancer dans de telles aventures.  Qu’en pensez-vous ?

Heureusement qu’il y a des “fous furieux” alors, car sans eux, nous n’aurions pas découvert l’Amérique, nous n’aurions jamais posé un pied sur la Lune, etc, les exemples sont nombreux.  L’Homme ne peut avancer et aller de l’avant qu’en dépassant ses propres limites.  Et l’Histoire montre que c’est ce qu’il a toujours fait.

Lorsque vous avez rallié les cinq continents, vous avez notamment traversé le détroit de Béring entre la Sibérie Orientale et l’Alaska. Comment vous êtes-vous préparés pour cette traversée ?

Pendant les semaines qui ont précédé, je me suis entraîné dans des lacs en altitude à Font Romeu et aux Angles. Puis, je prenais toujours des douches froides. Et, j’ai passé une semaine à Toulon avec des plongeurs démineurs de la Marine.

En ce qui concerne l’équipement, des ingénieurs ont conçu spécialement pour notre traversée du détroit de Béring une combinaison étanche de 8 millimètres. Je l’ai reçu tardivement et n’ai pas pu la tester correctement.  Elle n’allait pas. Elle était très serrée et les fermetures éclairs me gênaient considérablement. Nous l’avons coupée, mais cela n’a pas amélioré mon confort. J’ai donc dû remplacer, à la dernière minute, la combinaison de 8 millimètres par deux combinaisons de triathlon que nous avons scotchées l’une sur l’autre.

La traversée a été extrêmement difficile. Le médecin à bord du bateau m’a conseillé d’arrêter alors qu’il ne restait plus que 500 mètres. Je me suis dit que je ne pouvais pas arrêter 500 mètres avant l’arrivée. J’ai décidé de continuer. Je n’ai plus aucun souvenir de ces 500 derniers mètres. Mon cerveau n’était plus là, il était branché sur “off”.

Pratiquez-vous d’autres sports que la natation ? Envisagez-vous de vous lancer des défis dans d’autres disciplines sportives ?

Je pratique la plongée sous-marine.  Le 10 janvier dernier, j’ai plongé à 33 mètres dans la piscine la plus profonde au monde près de Bruxelles.  Je suis bien dans l’eau. Je ne me vois pas pratiquer un autre sport que la natation et la plongée.

Quels sont vos projets ?

J’envisage de monter ma propre émission. Je travaille actuellement sur ce projet avec deux boîtes de production. Mon émission aurait pour thème : la rencontre avec les peuples.

Etes-vous intéressé par les régions polaires ?

Oui. D’ailleurs, mon ami, Arnaud, part bientôt en Arctique afin de passer quelques semaines sur Vagabond, le voilier de France Pinczon du Sel et Eric Brossier*. Je pourrais éventuellement envisager un projet d’émission ou de film sur ce thème.

Philippe Croizon est auteur de deux ouvrages, J’ai décidé de vivre, et J’ai traversé la Manche à la nage, édités par Jean-Claude Gawsewitch.  Il est lauréat du Prix « Sport Scriptum » 2012 pour son ouvrage J’ai traversé la Manche à la nage.  Deux films ont été réalisés sur ses défis, Nager au-delà des frontières et Philippe Croizon, la vie à bras le corps.

* Vagabond est un voilier d’expédition conçu pour naviguer dans les glaces. Il est un camp de base itinérant pour sportifs, aventuriers et scientifiques. Pour plus d’informations sur ce voilier, nous vous invitons à consulter le site internet de France et Eric : http://vagabond.fr/.

Entretien avec...

Interview of Sir Ranulph Fiennes – The Coldest Journey (live from Antarctica)


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On 21st March, they will begin the world’s first ever attempt to cross the Antarctic continent in winter. We had the chance to discuss via satphone with Sir Ranulph Fiennes and his team, who are already in Antarctica.

Ran Fiennes is a 68-year-old British adventurer and holder of several endurance world records.  He notably undertook numerous polar expeditions.  Between 1979 and 1982, he journeyed around the world on its polar axis (the Transglobe Expedition).  In 1992, he and nutrition specialist Dr Mike Stroud completely crossed Antarctica on foot, unsupported, in 93 days.  On  May 20, 2009, at the age of 65, he successfully reached the summit of Mount Everest becoming the oldest British person to achieve this.

Ran Fiennes is also a marathoner and participated to the 2004 North Pole Marathon that he finished second.   

Ran Fiennes’ next challenge is to lead the first team of explorers skiing across Antarctica during the southern winter, in aid of the charity Seeing is Believing.  

The-Coldest-Journey-Proposed-Route

The 4,000-kilometer journey across the Antarctic continent during the polar winter has for many years been considered too perilous to try and the expedition’s six-man « Ice Team » will have to overcome one of earth’s most hostile environments if they are to succeed, exposing themselves to temperatures dropping close to -90°C and operating in near permanent darkness.

Such an attempt to cross the Antarctic during winter has never been made before because of the technical complexity required in order to complete it successfully. Only now is technology sufficiently advanced that equipment can be modified to withstand the extreme temperatures and hostile conditions.

Scheduled departure date is March 21, 2013.  The crossing from Crown Bay, via the South Pole, to Captain Scott’s base at McMurdo Sound, should take six months.  

Last January, the team has been dropped off by ship (with more than 100 tonnes of equipment necessary for the expedition) on the Pacific coast of the Antarctic continent. The team is currently preparing the traverse from their base camp at Crown Bay and waiting for the Southern Hemisphere’s Fall equinox before embarking across the ice shelf. 

Interview of one of the world’s greatest living explorers at the approach of the D-Day.

Sir Ranulph Fiennes

Why have you decided to attempt to cross Antarctica during the southern winter?

There are many reasons for such an expedition.

Firstly, our attempt aims to raise $10 million for Seeing is Believing (http://seeingisbelieving.org.uk/) that is a global charity tackling avoidable blindness and visual impairment across the world.  In the past, I succeeded raising over $22 million for charity. I view adventure and challenge as a great way to raise money for deserving causes.

Secondly, five international science projects will be carried out on the ice which will aid our understanding of some key questions about our planet, the climate, but also the human race and our capacity to endure extreme conditions, both physical and psychological. No-one has ever collected data beyond the reaches of the research centres during the Antarctic winter before, so the expedition will be doing something valuable and unique.  The expedition will also provide an unprecedented opportunity to see how materials and machinery work in the coldest environments on earth.  A project will be using the similarities that exist between the conditions humans encountered on a winter Antarctic expedition and those found in space. It is hoped the findings will help shape mankind’s approach towards future long-distance space travel.

Thirdly, the expedition forms the basis for an education programme that will reach 200,000 schoolchildren across the Commonwealth.  The schools will follow the traverse and will access to key information on a specific educational web area on the website of the expedition: The Coldest Journey.

Finally, we are doing this because it has never been done before! We want to show that the UK can still do things that no-one else has achieved.  A winter traverse of the Antarctic is widely regarded as the last true remaining polar challenge and the expedition’s success will reassert Britain’s status as one of the world’s greatest nation of explorers.

The traverse should be more difficult from a physical standpoint than the previous ones you undertook in 1979-1982 and 1992 as it takes place during the winter.  In the same time, you will remain connected to the world, more than ever during your previous expeditions. What is your feeling about this?

Yes, we will be more connected to the world.  As with any expedition of such magnitude, we think that excellent communication is critical to the success of the venture.

We will employ many types of cutting-edge communication technologies during the expedition in order to communicate mainly with a crew in London, which will provide additional communications and a link to the outside world.  Further links will be made to the media and to the schools that subscribed to the educational programme.

All of the Ice Team have been trained in the use of equipment and made familiar with the communication schedules.

However, I do not think that this technology will make the whole expedition easier than my previous ones in Antarctica. The risks remain very high indeed for the team; simply by inhaling air below -60°C can cause irreparable damage to the lungs and exposure to the skin to such temperatures causes severe frostbite in a matter of seconds.  If anything should go seriously wrong, a search and rescue mission would be impossible since aircraft cannot fly in such cold conditions due to the threat of their fuel freezing. In the event of a major incident, the crew will have to sit out the winter on the ice until summer when a rescue attempt can be made.

There will be two people skiing (Ran, permanently, and another member of the Ice Team) and four people driving two modified Caterpillar D6N vehicles each towing a caboose for scientific work and accommodation and store and fuel sleds.  Why have you decided to cross the continent this way?

When I decided to cross Antarctica during the polar winter, I wanted to ski across Antarctica – without any vehicle.  I wanted to place some food and equipment (such as the equipment required to carry out scientific experiments) depots on the route during the summer.

The Foreign and Commonwealth Office has however refused to grant permission to take on the challenge because it has been deemed far too risky and the chances of disaster too high. This decision was only overturned after it was shown technological innovations and the use of two modified Caterpillar D6N vehicles could mitigate some of the major risks of the crossing.

 The Coldest Journey

The two 20-tonne D6Ns have been modified for two years by expert mechanics at Caterpillar and Finning UK to help cope in the extreme weather conditions. This includes modifications to the core heating system, insulation and special materials to cope in the extreme cold.

The D6N vehicles, the cabooses and the food for one year would be very helpful in the event of a major incident if we had to wait on the ice until a rescue attempt in summer.

What is your feeling one month before the departure?   

We have been on the Antarctic continent since January.

We have tested and checked equipment in order to be ready for the start of the expedition on March 21.  We are currently on the route to place fuel depots.  We have already tested the machine over 200 kilometers. We have still 300 kilometers to drive before the first depot.  We have to deal with steep ascents. If there are too many mountains, an alternative route will be taken.

Our main feeling is that we do not know, at this stage, if we will succeed in such an enterprise to cross the Antarctic continent during the polar winter. We believe that our chances of success are very good. We have a detailed risk mitigation plan but, obviously, this is not a risk-free venture. The team has researched the expedition for over five years and is well-prepared for the dangers, thanks to the advice and assistance of some of the world’s leading authorities in polar travel and specialist cold weather equipment.

 The Coldest Journey 2

You can follow the expedition on its website: http://www.thecoldestjourney.org/ and on the Coldest Journey Facebook page. Throughout the expedition they will be updated with regular bulletins from the crew so you can experience the adventure with them.

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