Auteur : Stéphanie Gicquel

Entretien avec...

Entretien avec Lionel Daudet – Aventurier sur toute la ligne


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« Je contemple la luminosité des roches gelées, et j’entrevois un brin de sublime, verdoyant comme une herbe. Ressentir le rugueux de la montagne. Et dans la réunion des sens, là et partout, cet état de fait, désespérément simple : aimer la vie », extrait de La Montagne Intérieure, 2004.  

Il a passé la moitié de sa vie à faire corps avec la montagne, à tracer des voies extrêmes dans de grandes faces rocheuses et à relever des défis hors norme.  Il a de l’audace et le sens de l’exploration dans l’art de gravir les plus belles parois du monde.  Il ne laisse pas indifférents tous ceux qui ont la chance de croiser sa route.   Il s’appelle Lionel Daudet, on le surnomme Dod.  Il a 45 ans.

Nous l’avons rencontré à Paris, loin de son terrain de jeu habituel et de son camp de base à l’Argentière-la-Bessée.  Avec beaucoup de simplicité et toute l’humilité qu’impose la pratique de sa discipline, il nous a livré sans détour le récit de ses odyssées montagnardes, sa conception de l’alpinisme comme vecteur de liberté mais aussi parfois cause de souffrance et sa vision de la vie.  

Lionel Daudet est l’un des plus grands alpinistes de notre époque.  Par deux fois, il reçoit la plus haute distinction mondiale, le Piolet d’Or.  Il s’est fait connaître dans les années 1990 par de grandes ascensions en solo aux quatre coins du monde, ces ascensions engagées où la chute est interdite. 

Un puriste qui rallie les sommets visés en skis, à pied, ou à vélo et grimpe par des voies directes sans moyen de communication, en autonomie totale, sans assistance, portant tout son matériel sur le dos et souvent sans corde.  Une éthique exigeante qui lui garantit une profonde introspection. 

L’engagement, l’élégance du style, les émotions, la méditation, et la quête de la difficulté priment sur la réussite du sommet et l’exploit sportif. 

Son amour pour la montagne est intransigeant, presque fusionnel.  Une passion dévorante.  Une relation mystérieuse.  Elle lui procure une plénitude, une force intérieure qui lui permet de mieux s’appréhender pour pouvoir s’ouvrir pleinement aux autres.  Un moyen de gravir sa propre Montagne Intérieure.  Certainement la voie qu’il a choisie pour réussir sa vie et n’avoir plus peur de mourir.       

A 37 ans, en homme libre, il tourne la page de l’alpinisme en solitaire.  Il s’aventure alors dans d’autres projets, il ouvre des voies en cordée, il monte des expéditions mer / montagne dans le Grand Sud à bord d’Ada-2, le voilier d’Isabelle Autissier, il se lance des défis multi-sports comme le tour du département des Hautes-Alpes et en 2011-2012, le DODtour qui l’a conduit à suivre les contours de l’Hexagone tels que la carte les dessine sans moyen motorisé du Mont-Blanc au Mont-Blanc, 10000 kilomètres, parsemés de plus de 1500 sommets, de crêtes peu voire jamais fréquentées, de sables mouvants, de clôtures électriques, de vase et de tourbières, de friches industrielles, ou de broussailles, et ponctués entres autres d’une virée en Corse en voilier et d’une traversée intégrale des Pyrénées au printemps.  Des défis hors du commun, l’aventure universelle. 

Lionel Daudet Dod tour

Entretien avec un alpiniste qui nous transmet sa conviction que rien n’est impossible, entretien avec un aventurier qui refuse l’artifice et fuit l’aliénation, entretien avec un homme en quête de sens et de partage. 

D’où vient ta passion pour l’alpinisme ?

J’ai grandi à Saumur, loin de la montagne ! Les alpinistes n’ont pas nécessairement grandi en montagne, contrairement à ce qu’on croit !

Il y a, je crois, deux choses qui m’ont inspiré.  Mes parents, instituteurs, étaient passionnés de montagne.  Je partais en randonnée avec eux tous les étés pendant six semaines.  Je lisais également des récits d’aventures, de spéléo, d’alpinisme.  J’ai lu les livres de Reinhold Messner lorsque j’avais 13 ans. Lorsque j’avais 12-13 ans, j’étais très inspiré par les alpinistes d’après-guerre, des personnes très populaires car le grand public avait besoin de héros à cette époque.  Il s’agissait de Lionel Terray – mes parents l’admiraient aussi, c’est pourquoi ils m’ont donné son prénom -, Louis Lachenal, René Desmaison – j’ai rencontré ce dernier à Saumur.  J’aime également la vision de la montagne de Walter Bonatti, tout comme celle de Reinhold Messner.

Je n’ai jamais voulu devenir guide.  Cela ne m’intéressait pas … mais j’ai quand même fini par le devenir, et j’aime ce métier que j’exerce très occasionnellement.  Quand j’étais jeune, je ne m’imaginais pas vivre de l’alpinisme.  La profession d’alpiniste n’existe pas !  Il faut avoir une très grande maturité pour accepter de ne faire plus que cela.  Beaucoup de personnes aimant la montagne et l’alpinisme se lancent dans le business de l’aventure.  Je n’avais pas envie de cela non plus.  J’ai alors suivi des cours de physique à l’université.

En parallèle, j’ai été sélectionné en Equipe Jeunes Alpinistes Haut Niveau FFME et Haut Niveau Club Alpin Français GHM.  Nous alternions cascades de glace, alpinisme hivernal, escalades de printemps, grandes courses l’été et préparations d’expéditions durant l’automne.

A 24 ans, je me suis rendu compte que les études de physique ne me convenaient pas.  J’ai donc décidé de vivre autrement et de me contenter de peu.  J’ai élu domicile dans une fourgonette pour passer ma vie à grimper.  Je me suis rapproché de fondations d’entreprises qui aident les jeunes à concrétiser leurs projets.

J’ai ensuite rencontré Véronique, ma femme.  Elle a accepté mon choix de vie.  Elle aime voyager tout comme moi.  Notre premier grand voyage, un tour du monde des sommets pendant douze mois en 1994-1995.

A 26 ans, tu reçois le Piolet d’Or 1994.  Est-ce que cela a changé quelque chose dans ta vie d’alpiniste ? 

Ce Piolet d’Or nous a récompensés, l’Equipe Jeunes Haut Niveau du Club Alpin, pour l’ouverture en escalade artificielle de Paradis Artificiel, ABO, dans le massif du Pamir-Altaï au Kirghizistan.

Avant le Kirghizistan, je grimpais surtout dans les Alpes ou les Pyrénées, où j’ai ouvert quelques voies et fait quelques premières – comme la première solitaire et hivernale de la directissime de la paroi N-O de l’Olan.  L’expédition au Kirghizistan m’a ouvert des horizons au-delà des frontières de notre pays.

Cette expédition m’a également permis de me rendre compte qu’il fallait suivre ses propres convictions pour être pleinement en accord avec soi-même, en harmonie avec sa conscience et en phase avec son environnement.  Nous nous sommes rendus au camp de base en hélicoptère, or cela ne correspondait pas du tout à mes aspirations.  J’ai pris conscience qu’il me manquait quelque chose, que j’avais coupé les racines de la montagne.  Pour moi, la marche d’approche est aussi importante que la paroi. Par exemple, en 1998, j’ai approché le Mont Combatant sur la côte Ouest du Canada au Nord de Vancouver à pied en traversant pendant trois semaines des forêts sans sentier que personne auparavant n’avait visitées, avec tout mon matériel sur le dos.  L’approche était très compliquée ; cela nous a coûté le sommet mais je ne le regrette pas !  Je n’ai plus jamais dérogé à cette éthique sauf une fois aux Kerguelen en 2006 où j’ai dû à nouveau faire une approche héliportée car aucun autre mode d’approche n’était possible.

Lionel Daudet Alpinist Eider

Je pense que si un aventurier est en désaccord avec une partie du projet, il ne peut pas être en complète plénitude.  Je ne recherche pas d’éphémères sensations extrêmes.  J’ai besoin de cette approche de la montagne par des moyens traditionnels pour replacer la montagne dans son environnement, m’intégrer au milieu, me confondre avec lui, et appréhender sereinement l’ascension à venir, et ce même si cela doit rendre l’expédition plus éprouvante et plus longue.

Lionel Daudet

En 2002, tu te lances un très gros défi, l’enchaînement des trois directissimes Jorasses, Eiger, Cervin, en solo hivernal.  Tu es le premier à gravir durant l’hiver et en solo la voie Eldorado, ED+, dans la face Nord des Grandes Jorasses.  En conformité avec ton éthique, tu relies Zermatt, à ski et à vélo, et tentes de répéter Aux amis disparus, ED, la voie la plus difficile de la face Nord du Cervin, directement dans le nez de Zmutt, voie que tu as ouverte quelques années auparavant.  Mais la montagne, cette fois, ne te laisse pas passer.  Tu restes bloqué dans la voie recroquevillé dans ton duvet pendant 9 jours.  9 longs jours durant lesquels tu es frappé par la tempête, tu luttes contre des conditions climatiques extrêmes et un froid polaire.  Tu dis dans ton livre, La Montagne Intérieure,  « le réveil, à l’ombre glaciale de la muraille du Cervin est brutal. Ici, le soleil ne viendra jamais, je ne peux que le voir en face de moi ou dans mes songes. Il y a quelque chose de terrible là-dedans, ce brutal retour à cette réalité à la limite du supportable ».  Tu es contraint de renoncer à la trilogie et tu dois subir une amputation de 8 orteils.  Comment cet épisode de ta vie a t’il impacté ta perception de l’alpinisme et ta façon de vivre l’aventure ?

J’ai arrêté les solos, mais peut-être pas uniquement parce que je me suis gelé les pieds.  J’avais intégré ce type d’accidents dans les risques que j’acceptais de prendre.

C’est en 2005, et non en 2002, que je me suis rendu compte qu’il fallait que j’arrête les les grands solos.  J’ai tenté de nouveau la trilogie cette année-là et après trois jours dans la face Nord de l’Eiger, je ne me suis plus senti à ma place, j’étais déphasé, j’ai su que c’était fini, je n’étais plus serein. J’ai éprouvé une espèce de mal-être.  Ce n’était pas comme d’habitude, mais cela ne venait ni de la technicité de cette ascension ni de la difficulté des conditions.  Je subissais la situation et l’environnement plutôt que de les maîtriser.  Ma présence dans cet univers austère n’avait plus de sens.  Je n’avais pas vu venir ce virage dans ma vie, or dans la face Nord de l’Eiger, il m’est apparu comme une évidence, le goût pour ces folles entreprises solitaires m’avait fui. Il ne faut pas du courage pour gravir ces faces, mais bien plus, une foi, une flamme.  Jamais je n’ai grimpé pour autre chose que cette flamme qui me vivifiait.  Dans la face Nord de l’Eiger, j’ai senti que la flamme qui m’animait d’ordinaire n’était plus là.  Le cœur n’y était plus. Je ne voulais pas faire le solo de trop.  J’ai alors décidé naturellement de renoncer à la trilogie.

Peut-être que la page des solos s’était tournée à mon insu après les amputations.  Le solo est quelque chose d’éminemment personnel.  C’est la chose la plus ultime qui soit en alpinisme. Il requiert un état d’esprit particulier, que j’ai eu pendant de nombreuses années, une harmonie entre le rocher et moi qui m’apportait une grande richesse intérieure et que je n’ai plus ressentie dans la face Nord de l’Eiger.  J’ai compris que si je continuais à faire des solos, je le ferai pour des raisons malsaines, pour la gloire, pour faire des premières, pour les sponsors, pour quelqu’un d’autre.  Au fond de moi, je ne voulais plus continuer.  Comme j’ai toujours été très libre et pris des décisions en adéquation avec ce que je suis et ce que je pense, j’ai préféré renoncer définitivement au solo.

C’est à cette époque que je me suis rendu compte que l’aventure pouvait être à ma porte.  J’ai recommencé à monter des projets et à ouvrir des voies à côté de chez moi dans les Alpes.

Lionel Daudet

Je me suis également mis à d’autres sports – le kayak, la voile, le parapente -, et me suis intéressé à d’autres domaines sans pour autant chercher à devenir le meilleur dans tout.  J’ai monté des projets mer / montagne avec Isabelle Autissier notamment et des projets dans lesquels l’alpinisme est conjugué à d’autres disciplines, comme le tour du département des Hautes-Alpes en 2007 et le tour de la France, le DODtour en 2011-2012.

J’ai commencé aussi à m’intéresser à l’exploration, notamment polaire.  Je suis allé grimper dans les îles Kerguelen en 2006, en Géorgie du Sud en 2007, en péninsule Antarctique en 2010.

Lionel Daudet Mer Montagne

En quoi les régions polaires t’attirent-elles ?

En Antarctique et en Géorgie du Sud, j’aime les sommets que l’on voit depuis la mer, les montagnes vierges.

L’ascension en régions polaires est très spécifique.  Les montagnes sont recouvertes d’un épais givre aux formes étranges, semblables à des châteaux forts, difficile à grimper.  En péninsule Antarctique, nous étions obligés d’ajouter des ailettes sur les piolets.

C’est un environnement unique.  Dans les Alpes, le paysage est modelé.  Dans le Grand Sud, la nature est brute, puissante.  La faune est exceptionnelle aussi.  Pour gravir le sommet, il faut passer sur des plages et bousculer des otaries et des morses !  Cela donne une énergie et une force incroyable, en plus de celle qui résulte de l’ascension d’une paroi vierge.

J’ai apprécié également la dimension maritime des projets que j’ai montés dans le Grand Sud.  C’est fabuleux de voir les icebergs et le voilier tout petits au loin alors que nous progressons dans un univers de glace.  Nous ne voulions pas grimper loin de la côte afin de pouvoir revenir plus rapidement au voilier.

Lionel Daudet Alpiniste Eider

Je suis allé au Sud du Groenland en 1996-1997 dans le cadre de mon projet Odyssée Verticale qui avait pour objet de réaliser plusieurs ascensions en cordée pendant seize mois du Groenland à la Patagonie.  Au Groenland, la lumière est très particulière, très forte car il n’y a pas de pollution.  Les ascensions au Groenland sont moins atypiques que les ascensions en Antarctique, les parois ressemblent aux parois qu’on peut trouver ailleurs.  Un moment que j’ai particulièrement apprécié : lorsque j’ai vu, du sommet du Suikarsuaq, la calotte polaire qui s’étend très loin.  C’était un moment très très fort.

J’aime ces endroits pas ou peu peuplés tels que l’Antarctique ou le Groenland.  J’aime aussi l’Alaska, pour ses populations justement, très différentes des autres Etats des Etats-Unis.  Je n’ai jamais fait l’ascension du mont McKinley.  J’ai ouvert avec Seb Foissac la voie du Voyage des clochards célestes au Burkett Needle en 1999.  Cet endroit est humide et sauvage.  La taille des glaciers est impressionnante.  Ce sont des autoroutes multiplées par dix ! J’ai voulu pour cette expédition suivre à la lettre mon éthique exigeante.  On nous a donc largué au fond d’un fjord avec des pulkas et nous sommes partis en autonomie absolue. Nous n’avions aucun moyen de communication parce que je n’en voulais pas.  Nous nous sommes retrouvés face à face avec nous-mêmes, avec seulement un rendez-vous avec un bateau un mois et demi plus tard.

Tu n’as pas réussi l’ascension du pic Lars Christensen, sommet encore inexploré, sur l’île Pierre Ier lors de ton expédition No Man’s Land en péninsule Antarctique en 2010.  Comment as-tu vécu cela ?   

Je suis détaché.  Je donne toute mon énergie et le meilleur de moi-même pour un sommet.  Mais si je vois qu’il y a de véritables raisons pour lesquelles un sommet est impossible, je peux renoncer sereinement.  Lorsqu’on a voulu faire l’ascension du Lars Christensen, il n’y avait pas de visibilité, il y avait des vents catabatiques extrêmement violents, d’importantes crevasses.  J’ai compris que c’était impossible, d’autant plus que nous devions repartir rapidement sur Ushuaia étant donné les conditions météo qui se dégradaient.  En fait, rien n’est moins important que le sommet.  Mettre toutes ses forces vers la cime et l’instant d’après, renoncer.  Renoncer au sommet mais pas à la vie.

Je pense que perdre parfois permet de se remettre en question et d’avancer, la victoire est conservatrice. Il n’existe personne qui réussisse tout.  Ceci étant, j’avoue que ce serait compliqué si je vivais une année de galère durant laquelle je ne ferais aucun sommet !

C’est également plus compliqué lorsqu’on communique sur un projet pour obtenir du financement par exemple en disant qu’on va relever tel défi, car on peut alors avoir l’impression que l’on n’a pas droit à l’erreur, on perd ainsi sa liberté.  Or, lorsqu’on part à l’aventure, le résultat n’est jamais acquis à l’avance.

Es-tu attiré par d’autres ascensions en Antarctique ?  Le point culminant, le mont Vinson par exemple ? 

Le mont Vinson ne m’attire pas car son ascension n’est pas difficile techniquement.  A vrai dire, je ne connais pas bien ce sommet; peut-être qu’il y a des faces plus techniques.

Je retournerai certainement en Antarctique.  Ceci étant, je ne veux pas approcher ce continent en avion.  Ce qui m’intéresserait, ce serait d’aller en Antarctique en voilier puis de traverser le continent en kite pour trouver des parois.  C’est un défi que nous pourrions nous lancer avec les marins.

Lionel Daudet Mer Montagne 2

A deux reprises, tu as monté des expéditions mer/montagne composées de marins et d’alpinistes, en 2007 en Géorgie du Sud et en 2010 en péninsule Antarctique.  Qu’as-tu appris au contact des marins ?

Ces projets sont nés de ma rencontre avec Isabelle Autissier en 2006.  Nous avons été mis en contact par les éditions Grasset qui ont édité nos livres respectifs.  Isabelle voulait me poser quelques questions sur mon premier livre, La Montagne Intérieure.  Elle était déjà parti à Kerguelen, je devais y aller, j’en ai profité pour l’interroger aussi.  Nous en avons donc parlé longuement.  Puis, nous avons décidé de monter un autre projet ensemble.  Cela s’est fait naturellement.

La première fois que j’ai fait de la voile, c’était avec elle et deux autres marins en 2007, en Géorgie du Sud.  Je n’avais fait auparavant qu’une semaine de nav en Méditerranée !

J’ai appris beaucoup lorsque je suis parti en expé avec des marins car nous faisions en sorte que les alpinistes et les marins fonctionnent toujours en binôme sur le voilier.  Aujourd’hui, je pourrais me débrouiller sur un bateau. J’aime le milieu de la mer et je suis sensibilisé à cet environnement. Je pourrais naviguer en Méditerranée, par exemple.  Par contre, je n’irais pas plus loin tout seul ! Et je ne suis pas prêt à acheter mon propre voilier non plus !

Et les marins ont-il appris à grimper ?

Les marins n’ont pas fait beaucoup d’alpinisme en Géorgie du Sud. C’était compliqué pour eux d’abandonner le voilier.  Ils avaient beaucoup de choses à faire,  notamment des réparations de voiles déchirées, des mouillages à trouver.  Et, souvent c’était trop technique pour qu’ils puissent nous accompagner.

Lionel Daudet Mer Montagne 3

Ceci étant, à la fin de l’expédition, nous avons fait ensemble un sommet en ski de rando puis un peu d’escalade glaciaire.

En Antarctique, c’était encore plus compliqué pour les marins de mettre le pied à terre en raison des conditions de navigation très compliquées dans cette région. Un jour, ils ont dû naviguer pendant 12 heures pour trouver un mouillage à l’abri pendant que nous faisions un sommet !  Ils ont dû rester à bord pendant un mois en continu.

Qu’est ce qui t’a donné envie de faire en 2011 le tour de la France en suivant au plus près le tracé exact de la frontière  terrestre et littorale ? DODtour (Ouest France)L’alpiniste aime tracer des lignes élégantes dans des parois rocheuses, des lignes qui sont imaginaires.  La frontière d’un pays, c’est une ligne que tout le monde connaît mais que personne n’avait encore suivie.

Ce type de projets de grande envergure permet également de partager : durant la préparation avec les spécialistes de disciplines que je ne connaissais pas bien, comme la voile, le parapente, ou le kayak, et avec toutes les personnes qui m’ont aidé à mettre au point ce projet et durant le défi lui-même, avec les personnes que j’ai rencontrées sur les routes, dans les villages, dans les refuges et avec les amis qui m’ont suivi, accompagné parfois sur certains tronçons, ou qui ont fait des déposes de matériel.  Mon objectif n’était pas de battre un record de vitesse.  Les médias auraient peut-être préféré que je boucle le tour en douze mois plutôt qu’en quinze. Mais, j’ai préféré prendre le temps nécessaire pour rencontrer les gens.  Je n’avais pas de logique de performance sportive à l’occasion de ce défi.

Comment as-tu choisi tes moyens de déplacement lors du DODtour ? 

J’ai utilisé le moyen – non motorisé – le plus adéquat en fonction du milieu traversé.  J’ai grimpé, marché, pagayé dans les rivières et les fleuves à bord d’une pirogue ou d’un kayak, pédalé, skippé pour aller en Corse, fait du parapente pour franchir les vallées, de la spéléo, ou de l’alpinisme.  Je me suis entraîné dans les différentes disciplines, encore plus que pour le tour des Hautes Alpes.

Mais, parfois, j’ai fait quelques erreurs.  A la frontière Nord, je devais traverser des champs, des forêts.  Je faisais alors un pari sur l’intérêt d’utiliser le VTT ou de marcher.  Sur les pistes forestières, cela pouvait valoir le coup de prendre le VTT.  Sur certains passages, c’était plus compliqué, il fallait rouler et marcher alternativement, grimper des falaises avec le VTT sur les épaules, pousser le VTT dans l’eau, etc.

Lionel Daudet Dodtour

Pour la traversée du Mont-Saint-Michel, je pensais avoir fait une erreur car j’avais pris le VTT.  J’étais accompagné par un trailer qui courait à côté de moi.  Il allait plus vite sur les parties non roulantes pour le VTT.  Je le rattrapais sur les parties descendantes.  Et, finalement, j’ai terminé l’étape avant lui.

Dans les Ardennes et les Vosges, le VTT n’était pas du tout approprié à cause des broussailles.  C’était mieux à pied même si parfois c’était un enfer.

Certaines étapes en kayak durant le DODtour font partie des étapes difficiles que j’ai vécues. J’avais le physique, le mental mais il me manquait encore quelques connaissances techniques pour être complètement bien.

J’ai couru aussi durant le DODtour ! A la pointe du Raz, j’ai couru avec des trailers.  Le lendemain, je ne bougeais plus !  En fait, j’avais une logique de durer sur le long terme ; je m’économisais donc en permanence, ce qui n’est pas compatible avec la course à pied et la vitesse. Je ne suis pas un coureur à la base…

Pour chaque discipline, je me suis entouré des personnes qui les pratiquent au haut niveau.  Parfois elles m’accompagnaient.  J’ai traversé en pirogue polynésienne le lac Léman avec Franck Ardisson, champion olympique de kayak.  Il y avait aussi Lapin (Gilles Lelièvre, ancien membre de l’équipe de France de canoé-kayak), qui a gagné le Raid Gauloises…

Lionel Daudet DODtour Kayak

J’avais un parapente bi-place aussi.  Je continue aujourd’hui à pratiquer le parapente pour acquérir de l’autonomie dans cette discipline.  Je ne veux toutefois pas devenir champion de la discipline car cela m’obligerait à m’entraîner énormément.

Quel moment as-tu préféré pendant le DODtour ?

Des beaux moments, il y en a eu des milliers.  On m’avait dit que j’allais trouver monotone le littoral de la pointe de Grave à Hendaye.  J’ai fait du VTT tout le long de ce tronçon.  J’ai adoré ! L’océan change tout le temps.  J’étais émerveillé car j’étais parfaitement en phase avec l’environnement.  J’ai beaucoup aimé aussi la traversée de Dunkerque.  Elle aurait pu s’avérer hostile au milieu de complexes pétrochimiques, mais cela a été fabuleux.  Des salariés d’une des entreprises qui m’a sponsorisé sont venus traverser la ville avec moi, à VTT.

J’ai aimé le tour de la Méditerranée.  Je m’entendais très bien avec les personnes qui m’ont accompagné.  C’était un très beau moment.

Et les moments difficiles ?

Rien en soi n’était « extrême » dans le DODtour.  C’est l’enchaînement des journées qui était compliqué.  Le DODtour était un vrai défi car c’était long.  Jamais je n’avais vécu quelque chose d’aussi intense pendant si lontemps.  Quand j’ai préparé l’expé, je ne savais pas si je tiendrais jusqu’au bout.  C’est très facile d’abandonner.   C’est ce qui est arrivé à mes deux amis, Fred et Guillaume, qui m’avaient accompagné en 2007 pour faire le tour du département des Hautes Alpes.  Ils ont abandonné au bout de deux mois.  Pour ne pas renoncer, il faut vraiment aller dans les derniers retranchements de son mental.  Le solo m’a aidé pour cela.

Quelle est l’expérience de ta vie que tu as préférée ? 

C’est difficile de répondre à cette question, car j’ai tendance à oublier les mauvais moments et les bons sont innombrables !

Le DODtour était exceptionnel.  A vrai dire, toutes les expériences sont belles.  J’ai aussi vécu de très beaux moments sur mes premières expés, en solo, en cordée.

Que penses-tu du trail technique d’altitude ?  Et des records dans la discipline comme celui qui a été accompli par Kilian Jornet en août dernier lors de l’aller-retour entre le village italien de Cervinia et le Mont Cervin en 2 h 52’02’’ ? 

Je suis très admiratif.  La montagne n’appartient pas aux alpinistes.  Chacun peut s’y exprimer, certains au travers du trail technique, d’autres par le biais de la highline, d’autres encore en enchaînant les 8000 ou les parois lisses des big walls, d’autres enfin s’approprient la montagne pour courir comme Kilian Jornet ou pour battre des records de vitesse comme Ueli Steck.  C’est fabuleux d’amener du sang neuf dans la montagne.  C’est génial de pouvoir repousser les curseurs, de bousculer les habitudes, les codes.  La montagne est un incroyable champ de liberté où chacun peut exprimer ce qu’il a de meilleur.

Je ne vibre pas pour le trail mais je trouve cela fantastique.  Chapeau bas à Kilian Jornet !

L’incident qui est arrivé à Kilian sur l’aiguille du Midi au début du mois de septembre peut également arriver à un alpiniste.  Kilian sait parfaitement ce qu’il fait tout comme un bon alpiniste.  J’ai fait du solo sans corde.  Le regard extérieur sur la pratique est très sévère : « s’il lâche, il tombe ».  Mais si je l’ai fait, c’est que j’avais mes repères et j’estimais au fond de moi que j’avais une marge.  Ceci étant, je peux être fatigué un jour et me tromper dans mes estimations.  C’est très prétentieux de dire qu’un accident n’arrivera jamais. 

Quels sont tes projets ? 

Je viens de terminer la rédaction de mon livre sur le DODtour, Le tour de la France exactement.  Il va paraître le 5 février prochain aux éditions Stock.  J’aime écrire, pour transmettre aux autres ce que j’ai retiré de l’aventure, apporter aux autres, au même titre que je me nourris aussi de ce les autres font.

Une boîte de prod, Bonne Compagnie, a fait un 4 x 52’ sur le DODtour.  Bertrand Delapierre est aussi venu me filmer à plusieurs reprises durant mon tour de France.  Les reportages seront diffusés à partir du 10 novembre sur Voyages.

De mon côté, je ferai également un DVD plus personnel – j’avais une Gopro et une petite caméra – et peut-être également un livre-photos.

Dans l’année qui vient, je devrais monter des projets plus près de chez moi, en montagne.  Et j’irai pédaler, grimper, pagayer.

L’écologie verticale m’intéresse.  Peut-être, je monterai un jour une expédition scientifique avec des botanistes.  Je n’ai rien mis sur pied de précis, mais j’ai encore envie d’aventure.  L’aventure dépend souvent des rencontres.  Si je rencontre des botanistes, je ferai peut-être quelque chose avec eux, comme ce fut le cas lorsque j’ai rencontré Isabelle Autissier.  Je ne veux pas convaincre des partenaires, des personnes avec qui je pourrais partir, etc.  Je préfère laisser le hasard des rencontres guider mes choix d’aventures.

 

Lionel Daudet a écrit trois ouvrages, La Montagne Intérieure, paru aux éditions Grasset en 2004, Versant Océan co-écrit avec Isabelle Autissier, paru aux éditions Grasset en 2008 et Le tour de la France exactement, dont la parution est prévue aux éditions Stock pour le 5 février prochain. 

Lionel Daudet La montagne intérieurLionel Daudet Versant Ocean

Entretien avec...

Entretien avec Stéphane Ricard – La passion des sports nature


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Passionné de montagne et de sport, c’est tout naturellement qu’il s’est tourné il y a quelques années vers le trail.   

Stéphane Ricard a 30 ans et compte déjà de nombreuses victoires.  Après une très bonne saison 2012 ponctuée de remarquables performances sur de grandes épreuves du calendrier, il  intègre le Team Adidas en début d’année 2013. 

L’homme n’est pas passé inaperçu cet été en signant deux très belles victoires à quinze jours d’intervalle.  Il créé la sensation sur le Trail Ubaye Salomon qu’il remporte pour la deuxième année consécutive en 3h53’23’’ et sur la mythique épreuve de la 6000D qu’il remporte avec Sébastien Spehler, en 6h03’34’’.   Une victoire à deux où chacun a repoussé ses limites et qui nous rappelle que ce qui compte dans ce sport ce n’est pas tant de dépasser les autres que de se dépasser soi-même.  

Sa victoire sur la 6000D, Stéphane ne l’attendait pas.  C’était la première fois qu’il s’alignait sur une course aussi longue.  Une épreuve du TTN à laquelle il participait avant tout pour assurer sa qualification aux premiers Championnats de France de trail qui auront lieu chez lui à Gap le week-end prochain.  

Cet hiver, Stéphane continuera de courir… mais, en raquettes à neige cette fois.  Et il ne fait pas les choses à moitié puisqu’il est titré Champion d’Europe 2011 et 2013 et Vice-Champion du Monde 2013 de la discipline.  Une discipline qu’il rêverait de voir inscrite un jour au programme des Jeux Olympiques. 

Entretien avec l’étoile montante du trail, entretien avec un athlète qui a fait de la polyvalence un atout, entretien avec un sportif aussi humble et discret que talentueux, entretien avec Stéphane Ricard.

Stephane Ricard UbayeQuel est votre parcours sportif ?  

J’ai pratiqué le football pendant dix ans.  Je pouvais intégrer le centre de formation de l’OM mais je n’ai pas voulu y aller.  J’ai ensuite commencé à pratiquer le tennis, j’ai pratiqué ce sport pendant quelques années et j’ai également eu l’opportunité de donner des cours de tennis à des jeunes par la suite.

En 2006, sur un pari, j’ai participé à l’Embrunman – un triathlon longue distance autour d’Embrun semblable à l’Ironman.  Je ne m’étais pas préparé spécifiquement à cette épreuve. Je faisais un peu de natation et de vélo mais sans plus.  J’ai bien aimé cette expérience et me suis donc ensuite inscrit dans un club de triathlon dans lequel je suis resté pendant trois ans. Durant cette période, j’ai participé à deux ou trois triathlons, à quelques duathlons et run and bike, à quelques triathlons des neiges et j’ai participé à nouveau à l’Embrunman.  En 2008, j’ai réussi à me qualifier pour Hawaï.  C’est à partir de cette période – 2006 à 2008 – que j’ai pris goût aux sports d’endurance.  Ceci étant, j’étais très amateur dans la pratique du triathlon.  Je ne me considérais pas comme un triathlète.  Je n’étais pas assez bon en natation pour performer dans ce sport.

En parallèle du triathlon, je participais parfois à des courses nature.   Puis, en 2009, je me suis davantage concentré sur la course à pied et ai arrêté le triathlon. En termes d’organisation et d’emploi du temps, c’est naturellement plus facile de se concentrer sur un seul sport. Dans un premier temps, j’ai surtout participé à des trails de courte distance.  C’est uniquement depuis deux ans que je participe à des épreuves de moyenne et longue distance (42 kms et plus). 

Pourquoi le trail et pas la route ?

J’aime beaucoup la montagne et l’ensemble des activités sportives que l’on peut y pratiquer.  J’habite en Haute-Alpes, c’est un espace qui est propice à la pratique du trail.

Votre pratique du trail a-t-elle changé depuis 2012 et votre victoire sur le Trail Ubaye Salomon ?

Avant 2012, je privilégiais les formats courts. En effet, j’ai une bonne vitesse sur 10 kms – 31’07’’, une bonne VMA, je ne veux pas perdre cette qualité.

Je m’étais initialement inscrit pour courir le 23 kms du Trail Ubaye Salomon.  Puis, le matin de la course, je me suis lancé sur le 42 kms. Je n’avais jamais couru de trails sur cette distance – j’avais couru cette distance seulement sur les marathons des Ironman quelques années auparavant lorsque je faisais du tri. Je n’étais pas spécialement préparé pour cela.  J’étais même sorti la veille à la fête foraine de Gap !  Puis…j’ai gagné la course !  Je ne m’attendais pas du tout à cela.  Ce n’était pas tellement réfléchi. Je n’avais pas changé ma façon de m’entraîner avant cette course.

Comme c’est une course très médiatisée et que je l’ai remportée devant de très bons coureurs, comme Andy Symonds du Team Salomon notamment, cela a eu beaucoup d’impact sur la suite de ma carrière sportive.

Je me suis rendu compte que je m’en sortais pas mal sur les formats plus longs. Ma victoire à l’Ubaye m’a donné confiance en moi sur ce type de formats.  Je me suis alors inscrit au Marathon des Causses que j’ai terminé sur la seconde marche du podium.

Olivier Guy, le manager du Team Adidas m’a repéré et m’a contacté.  J’ai intégré le Team en début d’année 2013.

STEPHANE RICARD Team AdidasComment vous entraînez-vous ?

J’accorde beaucoup d’importance à l’entraînement, d’autant plus que le niveau en trail a beaucoup évolué ces dernières années.  Avant, il était possible de gagner une course en étant à 80% de ses capacités. Ce n’est plus possible aujourd’hui.  L’entraînement est donc essentiel.  Il faut bien se préparer.

Je préfère l’intensité au volume.  A mon sens, cela ne sert à rien de trop courir.

Je m’entraîne beaucoup plus pendant les vacances scolaires – je suis professeur des écoles – que pendant l’année scolaire.

Je cours 7 à 8 heures par semaine. Je fais généralement deux séances de fractionnés par semaine dont une sur piste.  L’été, je fais moins de fractionnés car je remplace une séance de fractionnés par une séance au seuil.

Ma saison de trail commence en avril pour se terminer en octobre.  En hiver, je pratique le cross en compétition, je participe à des 10 kms et à des courses de raquettes, ce qui me permet de bien travailler et développer ma vitesse.

Stéphane Ricard Trail blanc

En été, en plus de la vitesse, je travaille les dénivelés et le seuil.

L’été, je pratique également le vélo pour remplacer totalement ou partiellement les sorties longues de CAP.  Par exemple, je cours 1 heure et demi et je roule 1 heure et demi plutôt que de courir 3 heures.  Je n’aime pas les sorties longues en CAP.  Je n’en vois pas l’intérêt pour ma pratique. Je préfère faire une séance intense le matin puis un footing le soir plutôt qu’une sortie longue.

En vélo, je travaille surtout la puissance en effectuant beaucoup de dénivelés – ascension de cols notamment.  Je roule souvent avec Mathéo Jacquemoud.

En course à pied également, je m’entraîne souvent avec des amis, même si nous n’avons pas le même niveau.

Je pratique la natation pour le renforcement musculaire.

Je fais enfin un peu de ski de fond et de ski-alpinisme, pour varier les plaisirs.  Mais ce n’est pas systématique toutes les semaines.  Je ne suis sorti que deux fois en ski-alpinisme cette année ! C’est difficile de pratiquer de nombreux sports lorsqu’on a une profession aussi par ailleurs, même si la mienne me laisse du temps pendant les vacances scolaires.    

Je m’accorde un jour de repos par semaine. 

Quelle est, parmi les courses auxquelles vous avez participé, celle que vous avez préférée ?

Le Trail Ubaye Salomon, je pense, car c’était ma première course sur une distance aussi longue et je l’ai gagnée.  Je garde un très bon souvenir de ce trail.

Est-ce qu’il y a une course à laquelle vous rêveriez de participer ? 

Je ne sais pas. A vrai dire, je n’ai pas encore réfléchi à ce que je ferai après les Championnats de France à Gap le 6 octobre.

Une course à laquelle je rêverais de participer mais à laquelle il me serait impossible de participer… le marathon des Jeux Olympiques !!

Est-ce qu’il y a une course où on ne vous verra jamais ?

La Diagonale des Fous.  C’est une course très technique. Les sentiers ne sont pas assez roulants.

Je ne sais pas si je participerai un jour à l’UTMB.

De manière générale, les trails de plus de 100 kms ne me tentent pas pour le moment. Je ne suis pas sûr de pouvoir être performant sur ce type de format. Je ne veux pas m’aligner aujourd’hui sur ce type de courses au risque de perdre mes qualités de vitesse. 

Pourriez-vous participer à des courses à étapes à l’étranger ?

Les courses au Népal m’attirent.  J’y participerai certainement plus tard quand je passerai à autre chose. Pour l’instant, je veux me concentrer sur les courses en une seule étape en France. Je ne peux pas participer à dix trails dans une saison si je veux rester performant. Cet été, c’est la première fois que j’enchaînais deux courses longues à 15 jours d’intervalle – 6000D puis Trail Ubaye Salomon – et je me suis blessé.  Il faut donc sélectionner quelques courses plutôt que vouloir les enchaîner. 

Participez-vous également à des trails blancs ?

Je n’en fais pas beaucoup car il est difficile durant l’hiver de combiner courses en raquettes, cross et trails blancs.  Je crois qu’il m’est impossible de faire une saison complète de trails – trails l’été et trails blancs l’hiver.

Par ailleurs, ce n’est pas sur les trails blancs que je suis le plus performant, je ne suis pas à l’aise avec les appuis fuyants sur la neige et je suis un peu trop lourd pour ce type d’épreuve.  

Qu’est-ce que cela vous apporte au quotidien le fait d’avoir intégré le Team Adidas ? 

C’est un appui considérable, au niveau de la logistique, des conseils, de l’équipement.  Il y a beaucoup de détails pratiques pour lesquels je bénéficie d’une aide précieuse.

Tous les sportifs des différentes Team Adidas se réunissent une fois par an. C’est l’occasion de partager nos expériences, de créer des liens.

Puis, on participe à des stages également.

Pourriez-vous nous parler de votre pratique de la course en raquettes ?

Je pratique ce sport depuis trois ans. Ce sport me permet de casser la routine du trail. Je m’y suis mis un peu par hasard. Je connaissais quelqu’un dans mon département qui pratiquait ce sport ; je l’ai suivi.

J’ai une foulée qui s’adapte bien à la pratique de la raquette.

En 2012, j’ai participé aux Championnats du Monde de la discipline au Québec, j’ai terminé 3ème.  En 2013, je suis devenu Vice-Champion du Monde lors des Championnats du Monde qui se sont déroulés en Italie, derrière l’Italien Alex Baldaccini. En 2014, je prendrai part à nouveau aux Championnats du Monde en Suède.

Peu de personnes pratiquent ce sport mais le niveau est de manière générale très élevé.  Nous sommes une dizaine en France à participer à des compétitions de haut niveau.

Pour pratiquer ce sport, il faut avoir une très bonne vitesse.

Des courses de raquettes à neige sont organisées en Italie, au Japon, au Canada, en Suède par exemple mais pas en France !  En général, la distance des courses est comprise entre 8 kms – la distance des Championnats du Monde – et 12 kms.  Il existe également un marathon en raquettes à neige.

Je regrette que ce sport ne soit pas reconnu en France.  Il y a une véritable place pour ce sport en Italie par exemple, où Alex Baldaccini est une véritable star. 7500 personnes participent chaque année à la Ciaspolada, une course de 8 kms organisée en Italie du Nord – il y a beaucoup plus de participants que sur les trails en France !  La course est retransmise en direct à la télévision, à la radio.  C’est un véritable événement.  En France, nous accordons malheureusement trop de place au football au détriment d’autres sports.  

Quelles sont vos prochains objectifs ?

La prochaine grosse étape pour moi, ce sont les Championnats de France à Gap le 6 octobre. Je suis allé reconnaître le parcours – 57 kms et 3200 m D+ – plusieurs fois, avec d’autres concurrents également. Je connaissais de toute façon ce lieu puisque c’est à côté de chez moi.  Beaucoup de trailers sont venus ici pour faire une reco, comme Patrick Bringer, Fabien Antolinos, etc.

Je veux réussir cette épreuve qui a lieu à domicile pour moi.  J’ai un peu de pression car je sais qu’on peut être moins bien le jour J alors qu’on était bien les jours précédant l’épreuve. Cela m’est arrivé aux Championnats de France de course de montagne il y a deux ans.

Il y a quelques jours, j’ai failli déclarer forfait pour Gap car je me suis blessé au pied à l’Ubaye.  J’espère que ça ira mieux en fin de semaine.

Après les Championnats de France, j’irai certainement à Millau.  Si je réussis les Championnats, je participerai certainement au Marathon des Causses. Si non, il est probable que je prenne le départ du Grand Trail des Templiers.

Puis, je me reposerai en fin d’année avant d’enchaîner avec les Championnats du Monde de raquettes à neige le 30 janvier prochain en Suède et avec les Championnats de France de cross au mois de mars.

Stéphane Ricard - Raquette

Pour lire les récits des courses de Stéphane Ricard, nous vous invitons à consulter son blog : http://stephane.ricard.triathlon.over-blog.com/

 

 

Entretien avec...

Entretien avec Sylvain Bazin – La vie en courant


Pas de commentaire

« Je cours, donc je suis », Guillaume Le Blanc. 

Il court depuis toujours.  Il court là où d’autres marchent.  Et pourtant Sylvain Bazin est tout sauf un homme pressé.  A la recherche de liberté, de sens, de spiritualité, d’introspection, à la recherche de lui-même mais aussi des autres.  Un peu aussi pour le plaisir de la gestuelle.  Surtout pour vivre l’expérience du temps.  Certainement pour se rattacher au monde, se concentrer sur l’essentiel. 

Journaliste, coureur d’ultra-trails, arpenteur de grands chemins, Sylvain Bazin a une maturité qui nous ferait oublier qu’il n’a que 35 ans…

Un excellent palmarès – entre autres, vainqueur des 100kms Sunrise to Sunset en Mongolie en 2009, vainqueur du Lofoten Marathon en 2009, vainqueur de l’Ultra Trail de l’Atlas en 2005 et 2007, 9ème de l’Annapurna Mandala Trail en 2008, 15ème des 20kms de Paris en 2002, 3ème des Gendarmes et des Voleurs de Temps en 2002, etc – mais cela n’est pas le plus important pour lui.  Sa quête est ailleurs.

Certainement dans son Trail World Tour, un grand projet entamé en 2012 qui consiste à parcourir les grands sentiers de la planète en courant.  Après Saint-Jacques de Compostelle – 1950 kilomètres entre Aix-les-Bains et Fistera – au printemps 2012, son Trail World Tour l’a mené sur le Great Himalaya Trail au Népal à l’automne 2012 – qu’il ne pourra malheureusement pas finir, victime d’un grave accident – puis sur le chemin sacré des 88 temples au Japon en début d’année 2013 – un trek autour de l’île de Shikoku et de l’île principale d’Honshu sur une distance d’environ 1350 kilomètres.

Il se prépare actuellement pour un autre périple, la Via Francigena, de Canterbury à Rome, « un chemin un peu plus difficile que le Saint-Jacques de Compostelle » nous confie-t-il. 

Nous l’avons rencontré quelques jours avant son départ le 15 octobre prochain pour cette quatrième étape de son Trail World Tour.

Entretien avec un homme de défis qui a fait du trail son mode de voyage, un voyage léger propice à la contemplation, entretien avec Sylvain Bazin.

Sylvain Bazin - Ultra TrailQuel est votre parcours ?

J’ai commencé à courir très jeune et je ne me suis plus jamais arrêté.

A 11 ans, je participais déjà à des compétitions. Ces premières courses m’ont beaucoup plu.  J’étais passionné par l’athlétisme en général.  J’ai toujours été un touche-à-tout.

J’ai évolué assez rapidement.  J’étais surtout intéressé par le format longue distance.  Je me présentais toujours aux épreuves les plus longues pour ma catégorie d’âge, semi-marathon dans la catégorie junior, marathon dans la catégorie espoir.

J’ai commencé le trail en 1999, à 21 ans, en parallèle des autres disciplines de course à pied.  Mon premier trail : les Templiers.  Puis, le trail s’est imposé peu à peu.  Aujourd’hui, je préfère le trail à la route car il me permet de voyager, de découvrir de nouveaux paysages.  Et c’est une discipline dans laquelle la performance est moins importante que sur la route, même si cela a beaucoup évolué durant les dernières années.

Je ne progresse plus autant que quand j’étais étudiant.  A cette époque, j’ai gagné quelques trails en France et surtout à l’étranger.  Maintenant, je suis plus intéressé par mes défis personnels comme le Trail World Tour que par la compétition.

Professionnellement, j’ai fait le choix de vivre de ma passion.  J’écris pour la presse spécialisée depuis 8 ans.  J’ai toujours été proche du journalisme.  J’ai commencé par écrire des articles en parallèle de mes autres activités et je me consacre pleinement à cette activité depuis 4 ans.  Je couvre les trails en France et à l’étranger.  La plupart du temps, je participe également aux courses mais c’est parfois compliqué de gérer les deux, comme pour l’UTMB par exemple, auquel cas j’assiste à la course mais ne prend pas de dossard.

A combien de courses participez-vous chaque année ? 

C’est très variable. Depuis 2012, j’ai beaucoup moins le temps de participer à des compétitions car le Trail World Tour m’occupe durant plusieurs mois.

Sur une année, je dois participer à une dizaine de courses de plus de 100 kilomètres.  A cela, il faut rajouter les courses de moindre distance – je ne les compte plus – et mon Trail World Tour qui m’amène sur chaque périple à courir 50 kilomètres par jour pendant une quarantaine de jours.

A vrai dire, je ne compte plus les kilomètres !

Quels sont les types de trail que vous préférez ?

Je préfère les trails roulants sans dénivelé pour la performance, sinon j’aime bien aussi les trails en montagne.  Je n’ai pas grandi en montagne ; je suis donc moins à l’aise sur les trails qui comportent beaucoup de dénivelés même si en montée je suis arrivé à bien compenser, en descente, cela dépend des jours et de la forme.

Je préfère les trails par étapes plutôt que les trails très longs qui se courent en plus de 20 heures et qui impactent le sommeil.

Est-ce que vous vous entraînez ?

Plus vraiment aujourd’hui, d’autant plus que je ne vise pas la performance. Je participe à beaucoup de courses, de telle sorte que cela constitue un entraînement continu.  Quand je ne participe pas à une course ou que je ne suis pas sur les chemins de mon Trail World Tour, je récupère.  Je n’ai pas de plan d’entraînement. Je ne fais plus de fractionnés par exemple. Je vais courir quand j’en ai envie au rythme qui me plaît.

Il m’arrive de m’entraîner durant les périodes creuses sans course ou défi, en hiver notamment.

Quels sont vos plus beaux souvenirs de course ?

En termes de sensations de course, c’était il y a plus de dix ans quand je faisais de la piste et que j’étais champion d’Ile de France du 10 000 mètres.  La sensation de vitesse était agréable.

En trail, j’ai vécu de très beaux moments. Une course me laisse de bons souvenirs quand je découvre de nouveaux paysages, quand je fais de belles rencontres.  En trail, ce sont davantage les découvertes qui me plaisent.

J’aime les trails dans l’Himalaya. J’ai notamment gardé un très bon souvenir de la reco en 2011 avec Bruno Poirier du parcours d’une nouvelle course au Népal, l’Annapurna Ultra Mountain.

Sylvain Bazin - Ultra Trail

Je garde de très bons souvenirs des trails qui ne sont pas encore trop fréquentés.  La semaine dernière, j’ai participé à la première édition du Trans Atlas marathon.  Il n’y avait pas beaucoup de concurrents, l’endroit était très sauvage, la course requière un véritable engagement physique, et un esprit d’aventure.  J’ai beaucoup aimé !

Je garde aussi un excellent souvenir de mes défis personnels, le chemin de Saint-Jacques de Compostelle et le chemin des 88 temples au Japon.

Quelle est la compétition la plus difficile à laquelle vous ayez participé ?

L’Himal Race au Népal.  J’ai participé à cette course en 2010.  Les endroits sont sauvages, peu fréquentés.  Cette course est très engagée. Nous ne connaissons pas la longueur des étapes à l’avance.  Cette course relève davantage de l’aventure que de la compétition encadrée et organisée !

Une course où on ne vous verra jamais ?

Les courses de 6 jours (sur tapis).  Je ne pourrai pas trouver de plaisir dans une telle pratique.

Existe-t-il encore une course à laquelle vous n’ayez pas participé et dont vous aimeriez prendre le départ ?

J’ai participé à de nombreuses courses mais je ne les ai pas toutes faites ! J’aimerais participer à des 100 miles aux US.  Je n’en ai jamais fait.  Je vais essayer d’en faire une même si, avec mon Trail World Tour, j’ai aujourd’hui moins de temps pour penser et organiser ma participation à de nouvelles courses que je ne connais pas.

Quels sont les objectifs du Trail World Tour ?

C’est un projet qui relève plus du voyage que de la performance.  Au cours de mes périples, je profite pleinement du moment présent. Ceci étant, ces voyages requièrent un engagement psychologique et total pour accéder à une autre dimension de l’effort.

Le Trail World Tour est aussi l’occasion pour moi de laisser des traces grâce à l’écriture et à la photo.  Tous les jours, je poste des récits et des photos sur internet. J’aime le récit dans l’immédiateté.

Le partage est un élément essentiel de mon Trail World Tour.  Je cours généralement 50 kilomètres par jour.  Je pourrai en faire beaucoup plus.  Ceci étant, il était important pour moi de libérer du temps le soir pour rencontrer les autres pélerins et écrire.

J’ai choisi des itinéraires historiques qui m’attirent.  Le chemin de Saint-Jacques de Compostelle s’est naturellement imposé pour mes partenaires car c’est le plus célèbre. J’ai commencé par le Saint-Jacques car il me semblait logique de commencer par le chemin qui était le plus près de chez moi pour pouvoir partir à pied.

(c) j.chavy
(c) j.chavy

Comment se déroulent vos journées sur les chemins ?

J’alterne course et marche rapide avec une vitesse moyenne comprise entre 7,5 km/h et 8 km/h.  Mon parcours est planifié au jour le jour avec un objectif de distance quotidienne. Je sais à l’avance où je vais dormir le soir.  Il ne m’est arrivé qu’une seule fois, au Japon, de m’arrêter avant la fin d’une étape et de changer mes plans.  En effet, je ne me fatigue jamais à courir – enfin un peu quand même! mais disons que je gère bien ce genre d’effort solitaire – car j’ai une grosse expérience de la course à pied et de l’endurance.  Je connais mon rythme. C’est plus facile de courir à son propre rythme sur un chemin que de se caler sur le rythme d’un autre concurrent durant une compétition.

Je dors généralement dans les refuges ou les gîtes.  Cela me permet de rencontrer d’autres personnes et partager mon expérience.  C’est avant tout ce que je recherche.  Les personnes que je rencontre sont étonnées de savoir que je suis parti le matin d’un gîte dans lequel ils ont dormi trois jours plus tôt ! Parfois, certaines personnes viennent faire un bout de chemin avec moi ; souvent des trailers.

En 2012, vous faites une grave chute sur le Great Himalaya Trail qui vous contraint à l’abandon.  Pensez-vous repartir à nouveau un jour pour ce trek ? 

Oui, mais différemment, avec des amis par exemple. Je ne veux pas retenter la même expérience dans les mêmes conditions.  C’était une expérience très douloureuse.

Quels sont vos projets ?

Je pars pour la Via Francigena le 15 octobre.  Je devrais arriver à Rome début décembre.  Je pars ensuite dans la foulée sur la reco d’un nouveau trail en Thaïlande.

En 2014, toujours dans le cadre de mon Trail World Tour, je vais parcourir la Via de la Plata de Séville à Santiago sur environ 1000 kilomètres, un autre itinéraire du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, exclusivement espagnol.

J’ai ensuite prévu d’effectuer la traversée des Carpates – soit environ 2400 kilomètres. Je souhaiterais clôturer l’année 2014 avec le sentier des Appalaches au Canada en duo avec un ami du PGHM de Chamonix, Franck Junod.

En 2015, j’aimerais traverser les Etats-Unis en courant d’Est en Ouest.  

A noter, la sortie du premier livre de Sylvain Bazin, Pèlerin express, les Chemins de Compostelle en courant, paru aux éditions Outdoor Editions en collaboration avec le bloggeur – illustrateur Matthieu Forichon du site Des bosses et des bulles. Dans ce livre, Sylvain Bazin raconte ses 40 jours de voyage à pied sur la Via Podiensis et le Camino Frances.  Il présentera et dédicacera son livre les 27 et 28 septembre au Puy, dans le cadre du Grand Trail du Saint-Jacques.

Sylvain Bazin - Pelerin Express

Pour suivre tous les périples de Sylvain Bazin, nous vous invitons à vous connecter sur son blog : http://sylvainbazin.blogspot.fr/

Entretien avec...

Entretien avec Charles Hedrich – En direct du mythique Passage du Nord-Ouest


Pas de commentaire

Dire que son parcours est impressionnant est un euphémisme.  Comme tout l’intéresse, Charles Hedrich a décidé de tout vivre, d’assouvir toutes ses passions.  Mais la vie est courte, alors il va vite. 

Brillant élève – math sup, math spé – il intègre Saint-Cyr puis l’Ecole Nationale de la Marine Marchande.  Quelques années plus tard, il change de voie, bifurque vers le recrutement et fonde un cabinet de chasseurs de têtes qu’il développe pendant 13 ans en France, en Europe, puis aux Etats-Unis, qu’il introduit en bourse en 1997 et qu’il cède en 2001.  Il vit à Paris mais se ressource dans les Alpes dont il est originaire et où, à ses heures perdues, il devient moniteur de ski… 

A 45 ans, il quitte le milieu des affaires pour devenir sportif aventurier.  Peu lui importe si certains doutent, il a suffisamment confiance en lui et se connaît parfaitement pour savoir qu’il y arrivera.  Et comme l’homme est futé et persévérant, il apprend vite, très vite.  Il accentue sa pratique de la montagne qu’il connaît déjà bien – il avait 22 ans lorsqu’il a gravi son premier 7000 – mais surtout, de novice, il devient expert dans la pratique d’autres sports, comme le trail, la voile, la moto, le triathlon,…

Premier défi, le rallye Dakar en 2003 seulement dix mois après avoir obtenu son permis moto.    

Toujours en 2003, il bat le record en course de la traversée à la voile Douvres-Calais.

En 2004, il annonce son intention de participer au Vendée Globe 2004-2005. Un différend avec le propriétaire du bateau l’amène à prendre la décision de partir hors-course.  Celui que l’on surnommera le « pirate du Vendée-Globe » finira son tour du monde en solitaire et sans escale et sans assistance en 122 jours. 

En 2006, il gravit l’Everest par la voie tibétaine, le 17 mai il atteint le toit du monde. 

En 2007, il établit un nouveau record de vitesse de la traversée de l’océan Atlantique à la rame en solo entre Dakar au Sénégal et Guara Point au Brésil en 36 jours et 6 heures. 

En décembre 2007, il tente de rallier en ski et kite-ski le pôle Sud depuis l’île Berkner (soit une distance de 1 310 kilomètres) en solitaire et en autonomie.  Un problème médical le force à s’arrêter au bout de 550 kilomètres.  Le seul échec qu’il ait connu dans sa carrière sportive.  Un crève-cœur nous confie t’il. 

En 2009, avec Arnaud Tortel, il relie sans ravitaillement le pôle Nord au littoral groenlandais en 62 jours. 

Dans la foulée, il réalise avec d’autres co-équipiers un tour du monde à la voile par les deux pôles à bord du Glory of the sea, il traverse alors le passage du Nord-Ouest à la Voile.  

En 2011, il enchaîne et passe la ligne d’arrivée de compétitions de références, la Pierra Menta (ski-alpinisme) en mars, l’Ironman de Nice (triathlon longue distance) en juin et l’Ultra-trail du Mont-blanc en août.

À l’automne 2012, il réalise une première en rame océanique : le premier aller-retour non-stop sur l’océan Atlantique.  Il rame pendant 145 jours en solitaire et parcourt 11 000 kilomètres.

Son nouveau défi, une tentative de première, franchir le mythique Passage du Nord-Ouest à la rame, du détroit de Bering au détroit de Davis au Groenland.  Parti le 1er juillet dernier de la plage de Wales en Alaska, il doit rejoindre le détroit de Davis avant fin septembre pour ne pas se faire prendre dans les glaces.  Une véritable course contre la montre au cours d’un périple long de 7 100 kilomètres.

Charles Hedrich - Départ Expédition Détroit de Bering  (c) Respectons La Terre
Charles Hedrich – Départ Expédition Détroit de Bering
(c) Respectons La Terre

Nous avons été en contact avec lui par téléphone satellite quelques heures après son départ de Barrow à l’extrême Nord de l’Alaska où il a été contraint d’attendre quelques jours que la glace veuille bien lui laisser se frayer un chemin pour repartir.

Rencontre avec un chasseur d’aventures, un homme de défis à l’instar de Mike Horn ou Steve Fossett, rencontre avec Charles Hedrich à bord de son rameur des glaces. 

Où vous trouvez-vous actuellement ?

J’ai passé le point le plus au Nord de l’Alaska cette nuit.  Je suis actuellement au 71°12N 155°53W, dans une lagune – Elson Lagoon – à 20 mille à l’Est de Point Barrow.  Je navigue à 20 milles des côtes.    Je navigue généralement près des côtes, sauf  lorsque j’ai traversé la mer des Tchouktches  – je naviguais alors à 300 kilomètres des côtes.

Je suis reparti hier du village de Barrow – à 10 mille au Sud de Point Barrow – où je suis resté pendant 5 jours car il y avait des blocs de vieille glace partout.  C’était impraticable.  J’ai dû attendre que la glace disparaisse.  La glace évolue très vite dans cette région.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées jusqu’à présent ?

La glace.  La fonte des glaces semble être plus tardive que les années précédentes.  J’arrive à tracter le rameur sur la banquise sans trop de difficultés mais il faut que ce soit de la banquise uniforme et qu’il n’y ait pas trop de courant.  Je ne devrais plus avoir de problème de banquise.  Il y a désormais un vent du Sud qui pousse la banquise vers le Nord.

La météo est très capricieuse.  Michel Meulnet, mon routeur, que j’ai au téléphone tous les jours, a beaucoup de difficultés à me donner des prévisions précises.  Avant le départ, j’ai attendu 12 jours sur la plage de Wales que le vent baisse significativement.  Puis, j’ai décidé de partir le 1er juillet pour ne pas prendre trop de retard.  J’ai dû me battre contre un vent du Nord qui freinait considérablement ma progression. Après 15 jours de mer, j’ai trouvé le moyen de ne plus reculer en tirant profit de la petite profondeur de la mer des Tchouktches.  Avec un bricolage de cordes mises bout à bout, j’utilise mon ancre marine traditionnelle, et ce même loin des côtes.  J’utilisais une ancre flottante lors de ma traversée aller-retour de l’Atlantique.  Ici, je ne l’ai utilisé qu’une fois lors d’une forte dépression que je n’avais pas vu venir.  L’ancre flottante est efficace contre le vent, mais pas contre le courant.  Or ici, il y a beaucoup de courant.

Logiquement, les dépressions vont d’Est en Ouest.  Je suis désormais au-dessus.  Je ne devrais plus avoir de mauvaises surprises météo.

Autres difficultés : l’humidité et la pluie.  Je suis trempé la plupart du temps. Je me change dix fois par jour !  Le duvet ne sèche jamais complètement.

J’espère que la Mer de Beaufort sera moins hostile à la navigation que sa voisine !

En quoi le passage du Nord-Ouest est-il plus difficile à franchir à la rame qu’en voilier ?

En voilier, du fait du recul des glaces, il n’y a aujourd’hui plus de difficultés majeures à franchir le Passage du Nord-Ouest.  Il faut naturellement que le voilier soit adapté à ce type de régions.

Le rameur, c’est 160 kilos à vide, qu’il faut parfois tracter sur la glace.  Du fait des vagues, le bateau casse tout de suite, et chavire.  Quand il y a un vent de face de 15 nœuds, il est impossible d’avancer car on ne peut pas compenser en ramant.  Avant d’arriver à Barrow, j’ai dû affronter des conditions très difficiles de vent.  J’ai passé trois jours sans dormir, je n’avais pas deux secondes pour appeler mon routeur.

Cette expédition est-elle plus difficile que votre expédition en 2012 qui consistait à traverser l’Atlantique en aller-retour à la rame ? 

La traversée en aller-retour de l’Atlantique a duré plus longtemps – 145 jours.

Ceci étant, la traversée que je suis en train de faire est plus dangereuse et plus engagée.  Dans l’Atlantique Nord, je ne me suis jamais fait surprendre par une dépression que je n’avais pas vu venir.  Ici, cela m’est déjà arrivé.  J’ai dû rester de nombreuses heures le long d’une falaise sans bouger, avec le risque ultime de pouvoir être confronté à de forts vents catabatiques.

Les conditions de vie durant cette expédition sont plus difficiles.  Il ne fait pas très froid – au minimum -10°C.  Par contre, il y a une très forte humidité.  Il a plu constamment durant les dernières 24 heures.  Mes vêtements Gore-Tex sont constamment mouillés, et ce d’autant plus qu’on transpire beaucoup en ramant.  Des moisissures et des champignons commencent à apparaître à l’intérieur du bateau, sur le fusil, même ! Les conditions de progression sont donc très dures.

Charles Hedrich - Escale à Kivalina  (c) Respectons La Terre
Charles Hedrich – Escale à Kivalina
(c) Respectons La Terre

Qu’est ce qui vous a conduit à vouloir relever ce défi ?

Tout m’intéresse. Surtout si le défi est nouveau et s’il y a une première à réaliser ou un record à battre.

Au cas d’espèce, c’est également un concours de circonstances.  Effectuer le Passage du Nord-Ouest à la rame est un défi qui est né à la suite de différentes rencontres. J’ai notamment eu l’opportunité d’échanger avec Mathieu Bonnier qui a tenté le Passage en 2010 et j’utilise d’ailleurs son rameur.  Pierre-Marie Bazin – préparateur de bateaux sur le Vendée Globe – a fait quelques travaux dessus pour l’adapter encore un peu plus aux spécificités de la navigation polaire.  Il peut par exemple percuter la banquise sans problème.  C’est un rameur de 7 mètres extrêmement léger avec une coque en kevlar –  le poids est essentiel sur cette expé.  Le bateau avec lequel j’ai fait la traversée en aller-retour de l’Atlantique aurait été trop lourd.  J’ai eu l’occasion de tester le rameur avant l’expédition lors de quelques sorties d’entraînement avec Pierre-Marie sur le lac Vert près de Chamonix.

Charles-Hedrich Passage du Nord Ouest (c) Respectons La Terre
Charles-Hedrich Passage du Nord Ouest
(c) Respectons La Terre

Quels sont vos futurs projets ?

J’ai de nombreux projets en tête, par exemple tenter le tour du monde à la voile à l’envers en solitaire et en multicoques ou encore participer à l’une des plus grandes courses de chiens de traîneaux du monde, l’Iditarod qui relie Anchorage à Nome en Alaska.

J’envisage également de participer à la Tor des Geants et j’aimerais me qualifier pour l’Ironman d’Hawaï.

Charles Hedrich est fondateur de l’association Respectons la Terre, qui fédère des sportifs-aventuriers. Une Association reconnue d’intérêt général pour promouvoir le SPORT NATURE AVENTURE. Une équipe de sportifs-aventuriers multi-activités sur tous les terrains du monde. (http://www.respectonslaterre.org/).

Pour en savoir un peu plus sur ses défis, un livre, Charles Hedrich, 10 ans de sport aventures écrit par Ferriel Belcadhi, Philippe Abry et Laura Malbert vient de sortir aux Editions Respectons La Terre (http://www.respectonslaterre-editions.fr/).

Entretien avec...

Entretien avec Alban Michon – Plongée au coeur de l’Arctique


Pas de commentaire

Un calme absolu, un univers fantasmagorique dans lequel les faisceaux de lumière tamisée font le spectacle, un plafond glacé contre lequel vient mourir un ballet incessant de bulles d’air, un autre monde qu’il ne se lasse jamais d’explorer. 

Avec plus de 9 000 immersions au compteur, une école de plongée sous glace et une autre de plongée souterraine sous sa direction, Alban Michon, 36 ans, est un expert incontournable des opérations sous-marines extrêmes.

La décision qu’il a prise un jour de plonger en milieu polaire n’a donc rien d’étonnant. 

Après un raid à ski du pôle Nord à l’île Ellesmere de mars à mai 2010, quelques plongées d’exploration sous la glace du lac Baïkal en Sibérie orientale en février 2012, il passe deux mois durant l’été 2012 à explorer en kayak les icebergs de la côte Est du Groenland avec Vincent Berthet, caméraman spécialiste des expéditions polaires.  Une aventure humaine intense sur 1 000 kilomètres, des plongées spectaculaires sous les glaces d’une zone jusque-là inexplorée dans l’un des endroits les plus grandioses et les plus inhospitaliers de notre Terre.  Leur fascinant périple au milieu des glaçons a fait l’objet d’un documentaire exceptionnel de 110 minutes, “Le piège blanc”, produit par Le Cinquième Rêve et diffusé le 3 mai dernier dans l’émission Thalassa. 

Rencontre avec un plongeur émérite, un homme de partage, rencontre avec Alban Michon.   

(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE
(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE

Quand et pourquoi avez-vous commencé la plongée, et plus particulièrement la plongée sous glace ? 

J’ai commencé la plongée à l’âge de 11 ans et me suis inscrit dans un club de plongée à Troyes.  Je plongeais alors dans les lacs et les rivières.  Personne dans ma famille ne plongeait mais je savais déjà que je ferais de cette passion mon métier.

J’ai toujours aimé plonger en eau douce.  Ce que j’apprécie surtout, c’est l’environnement dans son ensemble, l’ambiance sous l’eau, les sensations, les émotions, surtout visuelles.  Je ne cherche pas nécessairement à voir de beaux poissons colorés !

J’ai effectué ma première plongée sous glace dans un plan d’eau à Troyes.  J’avais alors 18 ans.  Je suis devenu accro.  Les jeux de lumière sous glace sont magnifiques.  Lorsque j’ai passé mon brevet d’État de plongée sous-marine, j’ai accompli un stage dans une école de plongée sous glace durant lequel j’ai encore beaucoup appris.

Plus tard, j’ai entendu dire que l’école de plongée sous glace de Tignes était en vente.  J’ai pris la direction de cette école.  J’avais alors 22 ans.  En 2005, j’ai également racheté les Vasques du Quercy, une école de plongée souterraine.

De la plongée sous glace à la plongée en milieu polaire, il n’y avait qu’un pas ?

Oui.  Quand on plonge sous glace, on pense nécessairement un jour à plonger en milieu polaire.

Tout a commencé lorsque Ghislain Bardout, directeur de l’expédition Deepsea Under the Pole, m’a demandé si ça me dirait de partir au pôle Nord et d’être plongeur de l’expédition – l’expédition devait compter huit personnes dont cinq plongeurs. Je ne savais pas alors si j’étais capable de plonger dans ces régions.  Je me suis renseigné auprès des équipes de plongeurs explorateurs polaires qui venaient s’entraîner dans mon centre de formation, comme Jean-Louis Etienne par exemple qui est également le parrain de mon école de plongée sous glace. Et j’ai dit oui car j’aime les nouveaux challenges. Entre la préparation de l’expédition, les entraînements – j’ai notamment plongé en 2009 sous des crêtes de compressions et sous la banquise de la mer Baltique en Finlande – et l’expédition en elle-même, l’aventure a duré près de trois ans.

Six mois après mon retour, j’ai eu envie de repartir à nouveau.  Et cette fois-ci, je voulais tout monter de A à Z.  Je n’avais alors encore jamais approché d’icebergs.  L’idée d’aller au Groenland s’est alors imposée d’elle-même dès janvier 2011.

Vous auriez pu vous faire « parachuter » au pôle Nord ou au Groenland pour quelques plongées. Pourquoi avez-vous décidé de participer à des expéditions engagées de plusieurs mois ? 

Je souhaitais faire partie d’une véritable expédition afin d’être immiscé dans l’environnement polaire et d’être en symbiose avec lui.

Le ski de randonnée sur la banquise n’est pas très technique.  J’ai pu apprendre rapidement à me déplacer en tractant un kayak.   Je me suis entraîné dans les Alpes et en Norvège.  Il faut surtout une volonté tenace pour arriver au bout.

(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE
(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE

Je n’avais jamais pratiqué le kayak de mer avant de partir en expédition au Groenland.   Ceci étant, je souhaitais quand même me rendre dans chacun des spots de plongée en totale autonomie par mes propres moyens.  Le moyen le plus adéquat était naturellement le kayak car il permet d’être près de la nature, de se faufiler dans des lieux que nous n’aurions pas pu atteindre en bateau – avec parfois 20 cm d’eau à peine – et d’approcher la faune plus facilement.  En kayak, on ne fait aucun bruit, on est en symbiose avec la nature, on s’imprègne de l’élément, on entends mieux le bruit de la glace qui craque.  Je ne me suis pas beaucoup entraîné à naviguer en kayak.  Je n’ai pas eu beaucoup de temps car nous sommes partis en août 2012 alors que nous devions initialement partir durant l’été 2013.

Qu’est ce qui a été le plus difficile lors de  la préparation de votre expédition au Groenland ?

La recherche de sponsors.  J’ai commencé à préparer l’expédition en janvier 2011.  Je projetais alors de partir durant l’été 2013.  Pendant un an et demi, j’ai eu beaucoup de difficultés à trouver des fonds .  Tout s’est accéléré en avril 2012 lorsque Le Cinquième Rêve a décidé de me suivre et que Vincent, que j’avais déjà rencontré lors de l’expédition Deepsea Under The Pole, m’a rejoint dans l’aventure.  Nous avons alors décidé d’un commun accord que l’expédition aurait lieu durant l’été 2012.  Il était trop tard pour les sponsors.  Je n’ai pas eu le temps de les convaincre.  J’ai donc été obligé de m’endetter en partie pour réaliser le projet.

Qu’est ce qui a été le plus difficile pendant l’expédition ? 

Les accostages en kayak.  Nous avions certes repéré en amont sur les cartes les endroits où nous pourrions accoster. Mais, sur le terrain, il s’avérait finalement qu’il était difficile de débarquer là où nous l’avions prévu.   Dès le premier jour et la première tentative d’accostage, nos kayaks ont été refoulés par la houle.  Ils ont violemment heurté les rochers.  Nous avions peur de les briser et que l’aventure se termine prématurément.

Les plongées étaient également relativement difficiles, très engagées.

Il faut avoir un bon mental pour ce type d’expés. Le mental constitue 70 % de leur réussite. Un soir, n’ayant pas pu accoster parce qu’il y avait trop de glace, nous avons passé la nuit sur les kayaks avec nos couvertures de survie, toujours en alerte du moindre danger. Le lendemain, je me suis mis à l’eau pour faire avancer les kayaks.  Il nous a fallu trois heures pour nous sortir de là.  Une autre fois, une violente bourrasque a entraîné mon bateau dans l’eau. Il a fallu des heures pour récupérer tout notre matériel.

(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE
(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE

Lors d’une plongée, vous vous retrouvez face à un ours, situation plutôt rare à cet endroit du Groenland et à cette période de l’année.  Pourriez-vous nous raconter cette rencontre ?

C’était le premier ours que je voyais.  Vincent en avait déjà vu et il connaissait également toutes les histoires d’accidents humains causés par des ours.  Il pensait donc souvent à eux !  De mon côté, j’avais un peu peur mais sans plus.

Même si l’ours est un excellent nageur, je savais qu’il n’est pas un bon plongeur.  Mon ami photographe, Joe Bunni, m’avait expliqué qu’un ours n’attaque pas sous l’eau lorsqu’il est loin des côtes, qu’il n’est pas rapide et habile dans l’eau et qu’il ne descend pas en-dessous de trois – quatre mètres de profondeur, car c’est un très mauvais apnéiste. Je me disais qu’en cas de problème, je n’avais qu’à descendre.  Je n’ai donc pas eu peur lorsque je l’ai rencontré pendant que je plongeais.  D’autant plus que Vincent avait le fusil à la surface, au cas où.  L’ours est ensuite parti.  Je suis remonté à la surface.  Il est revenu à trois mètres de moi !  Ce fut un moment grandiose.  Il m’a regardé puis il est parti à nouveau.  Il est passé à 10 centimètres de la caméra !

Quelles sont les différences notables que vous avez pu remarquer entre les profondeurs au pôle Nord et celles du Groenland ?  

Je suis très heureux d’avoir vécu les deux expériences.

L’eau est plus claire au pôle Nord.  La visibilité est bonne, environ 150 mètres.  Les eaux du Groenland sont beaucoup plus sombres.  Contrairement à ce qu’on pourrait penser, on se sent beaucoup plus enfermé lorsqu’on plonge au Groenland le long des icebergs que sous la banquise au pôle Nord.  Lorsqu’on est sous l’eau, on ne voit pas la surface contrairement au pôle Nord où on aperçoit la lumière à travers la glace.

La plongée au Groenland est beaucoup plus engagée, plus difficile, plus sournoise.  Les icebergs peuvent se détacher, se renverser.  La glace des icebergs travaille beaucoup plus que la glace de mer.  Il n’y a jamais de silence total au Groenland.

Et il y a davantage de vie au Groenland. Nous avons vu pas mal de méduses, des morues arctiques, des anges de mer… et même un requin du Groenland qui vit à 200 ou 300 mètres de profondeur et mesure 4 mètres de long !

(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE
(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE

Il y a aussi plus de courant au Groenland.

Je n’avais jamais vu d’icebergs, j’ai donc été beaucoup plus surpris par les plongées au Groenland.  J’ai découvert des colonnes de glace qui plongeaient dans les profondeurs, tels des piliers de cathédrales inversées.

Nous comprenons que le fait de partager vos expériences d’expéditions est important pour vous.

Je souhaite en effet laisser des traces en rapportant un maximum d’images et de vidéos de plongées afin de faire rêver, de partager avec les générations futures des témoignages de la vie sous la glace, et provoquer une prise de conscience.  Nous avons rapporté plus de 100 heures d’images du Groenland et 18 000 photos qui vont servir au livre que je rédige actuellement.  J’attache beaucoup d’importance au partage post-expédition.  En ce moment, je participe à des festivals,et nous organisons des expositions photos et des conférences.

(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE
(c) Alban Michon/L5R/Wi.DE

Quels sont vos projets ?

Je rédige actuellement un livre sur l’expédition de 2012.  Il devrait être terminé d’ici fin août et devrait sortir en octobre, en même temps que le DVD du film “Le piège blanc”.

J’ai aussi d’autres projets dans les eaux chaudes… Mais, je reviendrai dans les régions polaires un jour, c’est certain.

Nous vous invitons à visionner les documentaires “On a marché sous le pôle” et “Le piège blanc” respectivement sur l’expédition au pôle Nord en 2010 et sur l’expédition le long de la côte Est du Groenland en 2012 tous deux produits par Le Cinquième Rêve et réalisés par Thierry Robert.

Et si vous passez un jour par Tignes, pourquoi pas déchausser les skis l’espace de quelques heures et tenter la plongée sous glace (http://www.tignesplongee.com/pages/presenta.htm) ?

Entretien avec...

Entretien avec Michael Charavin – Le plaisir du snowkite sur les plus grands déserts de glace


Pas de commentaire

Voilà 14 ans qu’il parcourt les déserts de glace, à la recherche d’absolu, en quête de ses propres limites, certainement aussi pour se sentir vivant. 

Avant de se confronter à cet environnement, c’est dans les livres que Michaël, alors adolescent, commence à se passionner pour les grandes aventures alpines et polaires. Quelques années plus tard, étudiant en géologie puis en sciences des écosystèmes montagnards, il découvre le ski de randonnée et l’alpinisme.

Avec ses amis, il enchaîne les voies, se frotte aux rigueurs de la verticalité et aux lois – hélas – de la pesanteur, et repousse ses limites. Une période de trois années pendant laquelle Michaël développe son goût pour l’engagement physique et mental, le risque calculé, l’autonomie. C’est aussi le temps des premiers raids, sac au dos ou skis aux pieds, en Europe.

Durant son service civil, en 1994, il séjourne en tant que volontaire à l’aide technique quatorze mois durant dans les Terres australes et antarctiques françaises, sur l’archipel des Kerguelen, déconnecté de tout.  Missionné par l’Institut français pour la recherche polaire (IPEV) et le Muséum national d’histoire naturelle, il procède à la collecte de données dans le cadre d’études éco-éthologiques et contribue à la restauration des écosystèmes sub-antarctiques.

En 1996-1997, définitivement plus attiré par les grands espaces que par la sédentarité, il effectue pendant huit mois, dont quatre en solitaire, une traversée de 8 000 kilomètres à VTT à travers les hautes terres du sud de l’Amérique latine (de l’Amazonie bolivienne à la Terre de Feu, en passant par l’Altiplano, les déserts du Sud-Lipez et de la Puna d’Atacama, la Patagonie…).  Seul bémol de cette aventure : encore trop de sentiers, trop de chemins!

En 1999, Michaël obtient son Brevet d’Etat d’accompagnateur en montagne. Il se tourne résolument vers les régions nordiques, et investit son énergie dans la réalisation d’expéditions à ski engagées et dépouillées : tentative de traversée de la Scandinavie en 1999 ; 1 800 kilomètres et quatre mois de ski-pulka itinérant et autonome du Sud de la Norvège au Nord-Ouest de la Finlande en 2000 ; divers raids et plusieurs centaines de kilomètres dans les régions centrales, occidentales et méridionales du Spitzberg en 2001 et 2002 ; tentative de traversée Est-Ouest du Groënland en 2003.

Toujours animé par une profonde passion pour les grandes traversées à ski des régions polaires, il modifie néanmoins son approche de ces milieux à partir de 2006. Il souhaite désormais ajouter performance et technicité dans la réalisation de grands raids en délaissant le ski-pulka traditionnel pour le kite-ski beaucoup plus rapide et ludique.

A compter de 2007, il consacre quelques séjours en Norvège à la pratique du kite-ski itinérant et à l’expérimentation des techniques spécifiques aux grandes traversées assistées par voile de traction. Il monte l’expédition « Wings over Greenland » et réalise, en mai 2008, avec deux co-équipiers, la troisième traversée Sud-Nord du Groënland en kite-ski, soit 2 300 kilomètres couverts en trente et un jours.

Durant l’hiver 2010, il repousse davantage encore ses limites techniques et parvient à traverser en kite-ski la calotte glaciaire du Vatnajökull, en Islande, le plus grand glacier d’Europe, d’Est en Ouest, de Jöklasel à Jökulheimar, en passant par le volcan Grímsvötn, et ce dans des conditions météorologiques particulièrement ardues. 

Rencontre avec un homme qui a choisi la liberté, la liberté au cœur du vide extrême qu’est l’Arctique, ce vide qui donne le vertige, celui qui oblige l’homme à se battre contre lui-même et qui commande un engagement total, rencontre avec Michaël Charavin.

Michael Charavin Kite Ski Island Pourriez-vous nous parler de votre première grande traversée, la Scandinavie du Sud au Nord ?

En 1999, à 29 ans, j’ai fait une première tentative de traversée Sud-Nord de la Scandinavie en  autonomie. J’avais alors l’expérience de la montagne, j’étais déjà assez calé en orientation / navigation. Mais je ne suis pas parvenu à aller très loin dans cette tentative car ma préparation n’était tout simplement pas suffisante. D’abord, le point de départ choisi pour ce long voyage était à la périphérie des montagnes, dans un secteur où l’enneigement était insuffisant. Cela m’a valu un premier échec seulement quelques heures après le départ, et la nécessité de réorganiser un second démarrage quelques jours plus tard. J’avais, par ailleurs, organisé des dépôts de nourriture pour une durée de voyage de 100 jours, mais je n’avais pas pris le soin d’ordonner chacun de ces ravitaillements. J’ai également eu rapidement un souci technique avec l’une de mes chaussures (une semelle décolée) et ne pouvais plus continuer à skier avec. Enfin, je crois que je n’étais pas tout à fait prêt à faire cette traversée seul. La solitude me pesait.

Fort de cette expérience, j’ai organisé, durant l’année qui a suivi, une logistique plus appropriée et j’ai à nouveau tenté la traversée de la Scandinavie durant l’hiver 2000 – accompagné par cinq amis qui se relayaient et qui m’attendaient chacun à un endroit précis du parcours. La première partie de la traversée a été très difficile. Je n’avais alors pas de GPS, mes seuls outils de navigation étaient des cartes au 1/100 000e et une boussole. Pendant un mois, nous avons progressé sur les immenses plateaux du sud de la Norvège, sans repère et dans des conditions météo souvent difficiles. Ce fut une sacrée expérience ! En raison de la météo exécrable, nous avons passé la plupart des nuits en refuge, en tout cas lors de la première moitié du périple. A plusieurs reprises, nous n’avons pas pu pénétrer dans les refuges tant la neige accumulée depuis novembre recouvrait entièrement leurs façades.

Et la traversée Sud-Nord du Groënland en mai 2008, 2 300 kilomètres en trente et un jours, est-ce l’expédition la plus difficile que vous ayez faite ?

Je n’ai pas ce sentiment là.

J’ai passé beaucoup de temps à préparer cette expé – deux ans. J’avais aussi beaucoup plus d’expériences que pour la Scandinavie.  Les conditions météo étaient dans l’ensemble très satisfaisantes.  Il n’y a pas eu de tempête.  Les températures remontent à cette période de l’année.  Il faisait -5°C au Sud et au minimum -25°C au Nord. Ce ne sont pas là des températures extrêmes. Bon, il faut tout de même relativiser mes propos ! Kiter par -20°C n’est pas anodin car le vent, ajouté à notre propre vitesse de progression (jusqu’à 60 km/h en conditions d’expédition), abaisse clairement la température ressentie par le corps. Le terrain, même s’il peut sembler plat, n’était pas non plus une sinécure – nous avons rencontré des sastrugis, des sortes de vagues dures formées par le vent, avec des arêtes franches de 20 à 50 centimètres de hauteur, sur un tiers du parcours (environ 800 kilomètres). Nos prédécesseurs sur cette « route » n’avaient pas témoigné de cette difficulté… Nous avons skié 10, 12 voire 14 heures par jour. Nous ne sommes jamais allés au-delà des 200 kilomètres parcourus dans une journée mais, en revanche, nous étions très réguliers, parcourant jour après jour environ 150 kilomètres. Je ne me suis jamais senti atteindre mes limites, même si j’avais régulièrement « ma dose ». Une seule fois, nous avons eu très froid et avons pris des précautions particulières pour éviter les gêlures.

Non, honnêtement, cette expédition ne m’a pas semblé extraordinairement dure. Parce qu’elle correspondait à ce pour quoi nous nous étions préparés.

La traversée Sud-Nord de la Scandinavie peut paraître beaucoup plus simple que la traversée du Groënland car la Scandinavie n’est pas une région polaire à proprement parler. Mais c’est en réalité un territoire qui peut être très hostile et la difficulté de la traversée n’a rien à envier à celle du Groënland.

Il en est d’ailleurs de même de l’Islande.  L’ampleur de notre projet d’expé en Islande, en 2010, pouvait sembler modeste au regard de la traversée longitudinale du Groënland. Pourtant, l’itinéraire parcouru à travers les contrées les plus reculées de l’Islande n’a pas été moins exigeant et original.  Si l’enjeu principal de l’expé groënlandaise reposait sur nos capacités et notre efficacité à couvrir quotidiennement de longues distances, en Islande, le challenge a été tout autre.  La calotte glaciaire du Vatnajökull est précisément situé sur le rift, un lieu d’une sismicité fréquente et d’éruptions volcaniques répétées, caractérisé par la présence de profondes failles qui peuvent se matérialiser à la surface de la calotte par des crevasses.  Par ailleurs, le relief est souvent complexe en Islande.  Progresser sur des terrains déversants, parfois peu enneigés, très irréguliers et semés d’obstacles – laves affleurantes, ruptures fortes de pentes, corniches neigeuses, ravins – exige un bon niveau technique en kite afin d’éviter les pièges qui peuvent provoquer des chutes ou la casse du matériel.  Il faut également composer avec les perturbations aérologiques induites par le relief.  Il convenait de redoubler d’attention vis-à-vis de ces microphénomènes (rafales, venturi, rouleaux, rotors, abris, déventes, etc). La dernière des contraintes en Islande, et pas la moindre, est de faire avec les aléas d’une météo capricieuse.  Précipitations et vents sont les maîtres incontestés de ces arpents de terre.  Les conditions là-bas peuvent donc être très extrêmes. Elles l’ont été en 2010. Nous avons eu à plusieurs reprises des vents à 100 km/h. Nous avons réussi à kiter par des vitesses de vent approchant les 70 km/h, sans aucune visibilité, avec un risque bien réel de se perdre l’un l’autre. Des moments anxiogènes !

 Michael Charavin Island

Comment préparez-vous une expédition ? 

La préparation d’une expédition est le plus souvent un travail d’équipe. Nous passons tout d’abord du temps à définir précisément le projet en se renseignant notamment sur ce qui a déjà été fait et en cherchant les données disponibles sur les conditions climatiques, météo et aérologiques du secteur visé. Puis vient le temps de la logistique (itinéraire, équipement, envoi de frêts, autorisations, assurances, réservation des vols, choix des voiles, etc).

Avant la traversée du Groënland en 2008, nous sommes allés en Norvège à plusieurs reprises afin de pratiquer le kite dans des conditions relativement proches de celles que nous allions rencontrer au Groënland. Lors de ces voyages préparatoires, nous avons rencontré des Norvégiens qui avaient déjà effectué de grandes traversées en kite (notamment la traversée du Groënland du Sud au Nord réalisée en 2005 et dont l’équipe détient encore à ce jour le record de vitesse). Le témoignage de leur expérience a été précieux.

En kite, il est indéniable que les paramètres météo et aérologiques du moment jouent un rôle déterminant dans la réussite d’un projet. Il est donc primordial de procéder, en amont, à un important travail de préparation afin de définir le parcours idéal à une progression aéro-tractée, ainsi que les nombreuses variantes et réchappes envisageables en cas de nécessité (vents défavorables, tempêtes durables, dégel violent, déneigement marqué, casse matérielle ou corporelle).

Pour la traversée de la calotte glaciaire du Vatnajökull, en Islande, nous avons interrogé nos amis islandais qui connaissent et pratiquent les lieux reculés de ce pays : enneigement classique des zones non glaciaires, état d’englacement des rivières, zones particulièrement crevassées sur les calottes glaciaires, routes traditionnellement empruntées par les expéditions (4×4, snowscooters, secours islandais), possibilités de replis, accès aux refuges, etc.

En parallèle, nous avons cherché à collecter des informations précises concernant le climat : ses principaux systèmes météorologiques (positionnement et évolution des cellules dépressionnaires) et leurs caractéristiques (directions classiques des vents, précipitations, températures, etc).

A suivi un important travail cartographique : collecter l’ensemble des cartes topographiques au 1/50 000e (échelle la plus précise en Islande) sur une large bande Nord-Est / Sud de l’île, analyser en détail la topographie des 400 kilomètres envisagés de façon à dessiner un itinéraire optimal à la progression sous voile, ainsi qu’un ensemble de variantes qui pourraient être utilisées selon les conditions (direction du vent, enneigement) du moment, numériser l’ensemble des cartes, les  rabouter et les calibrer afin de leur donner une position exacte dans un système géodésique donné, par le biais d’un logiciel approprié, transformer chacun des itinéraires envisagés en une succession de points géographiques référencés (nous avons ainsi défini une vingtaine de routes, chacune étant constituée d’un ensemble de 10 à 70 waypoints), lister et organiser l’ensemble de ces données numériques, et les transférer sur nos 3 GPS.

Enfin, durant les deux mois précédant le départ, nous avons fait un suivi quasi quotidien de la météo islandaise. Cela afin de se faire une idée empirique du fonctionnement de la météo sur l’île, de tester la pertinence de nos choix en matière d’itinéraire, de déterminer avec plus de précisions encore quelles étaient les directions et les vitesses de vent les plus régulières selon les différents secteurs de l’île, la fréquence des « coups de tabac », les températures auxquelles on pouvait s’attendre.

Enfin, je n’ai pas de préparation physique particulière. J’essaie tout simplement de maintenir un rythme de 2 à 4 sorties en montagne par semaine tout au long de l’année (quand je n’encadre pas). C’est déjà pas mal. Pendant les saisons d’encadrement, je suis sur le terrain, souvent dans des conditions sommaires et ce pendant plusieurs semaines ou mois d’affilé. Cela participe à la préparation.

 Michael Charavin Kite

Quelles sont les qualités qui, selon vous, vous ont permis de réaliser vos exploits polaires ?

Sans hiérarchiser les qualités nécessaires, je dirais la connaissance de cet environnement, la préparation méthodique des expés, un caractère opiniâtre et obstiné.

S’agissant de la connaissance de cet environnement, il est clair que ma pratique passée de l’alpinisme et celle actuelle – à bonne dose – de la montagne hivernale, est un plus.  Elle permet l’acquisistion des bons réflexes, des bons gestes, des attitudes adaptées, tant sur le plan mental que physique.  L’acquisition de toutes ces routines est un gage de réussite.

S’agissant de la préparation logistique, il est évident que pour réaliser ce type de défis, il faut être très carré, très organisé. Il faut pouvoir être capable de prévoir et d’anticiper tout ce qui peut se passer. Il faut donc avoir des qualités d’entrepreneur, de gestionnaire, être capable d’une vision globale sur son projet.

Enfin, une fois sur le terrain, il faut être capable d’accepter un inconfort permanent. Garder la niaque en toute circonstance, s’interdire de baisser les bras, se programmer pour durer. Ce type d’expéditions n’est pas fait pour les personnes qui se limitent au plaisir immédiat.

Quels sont les plus gros risques auxquels vous êtes confrontés dans ce type d’expéditions ?  

Un des plus gros risques, c’est l’accident de kite ; car même si nous sommes attentifs, le fait de piloter une aile 10 à 15 heures par jour nous expose inéluctablement à des fautes, sanctionnées par des chutes pas toujours très douces… Or il faut garder à l’esprit qu’une évacuation dans ce type de régions est toujours difficile et parfois temporairement impossible.

Le second risque est le risque de gêlures. Il n’est pas négligeable par -20°C, avec une vitesse de progression dépassant régulièrement les 40 km/h, et une vitesse de vent de 40 km/h.

Le troisième risque, c’est d’être confronté à une très grosse tempête, et des vents de 150 km/h. Dans ces conditions, la cellule de survie est la tente et il faut croiser les doigts pour qu’elle résiste. Un  Anglais est décédé récemment sur la côte Est du Groënland, dans ce type de circonstances (du fait d’un Piterak, un vent catabatique particulièrement violent, qui sévit régulièrement dans la région de Tasiilaq).  J’ai d’ailleurs été confronté à ce vent en 2003 lors d’une tentative de traversée Est-Ouest du Groënland.  Nous sommes restés sous une tente couchée au sol par la tempête, en attendant que ça passe, dans des conditions qu’il n’est pas exagéré de qualifier de survie. Nous sommes passés près de la « correctionnelle » et avons dû renoncer à la traversée.

Michael Charavin Island Kite

Y a-t-il des moments où vous doutez lors d’une expédition ?

Je suis par essence un individu qui doute. Le doute peut être salvateur. Je le considère aussi comme la marque d’une certaine intelligence. Il n’y a rien de plus déplaisant que la suffisance de ceux qui ne doutent jamais.

Mais il y a doute et doute. Certains doutes peuvent être bénéfiques, d’autres sont à proscrire en expé.

Douter du bienfondé de ma présence dans une expédition, ça a pu m’arriver par le passé, à mes débuts. En 2001, par exemple, j’ai du stopper une tentative de traversée du Spitzberg pour des raisons affectives. Expérience douloureuse. Je me suis promis de ne plus revivre ça. Je pense avoir aujourd’hui la maturité pour gérer ce type d’affect. L’engagement mental que nécessite une expé ne peut et ne doit laisser aucune faille à l’immixtion forcément néfaste d’un doute relatif à sa propre motivation. Cela signifierait que je ne me suis pas bien préparé, que je ne me suis pas posé les bonnes questions et que je n’étais pas mûr pour l’expérience entreprise. Si ce doute peut poindre à l’horizon, il faut en faire la chasse aussitôt, ne lui laisser aucune chance de se propager.

Après, douter de certains choix et d’aspects secondaires relatifs à la réalisation de l’expédition, est naturel et doit le rester. C’est ce qui permet de rester attentif, de progresser, d’affiner ses choix. En kite, le doute est, de ce point de vue là, quasi permanent car inhérent à l’activité. Sommes-nous toilés comme il faut ? Ne prenons-nous pas trop de risques ? Ne devrions-nous pas prendre davantage de risques pour aller plus vite ? Etc. Le questionnement est permanent.

Revenons au « doute fondamental », celui du bienfondé d’une expédition.  Parce qu’elles sont totalement désertiques, sans aucune forme de vie, parce qu’elles nous placent face à un vide naturel sans limite, parce que l’esprit ne peut se raccrocher à rien, les traversées des grandes calottes glaciaires nous renvoient nécessairement à ce « doute fondamental », au sens de sa propre existence et à son éventuel propre « vide » existentiel. On ne peut se soustraire à cela. Et l’on y va aussi pour ça. Tout le jeu consiste à juguler et à surmonter ses angoisses. Ça vaut une bonne séance de psy 😉

Mais je dois avouer que le kite possède cette excellente qualité, parce qu’éminemment technique, de nécessiter une concentration totale dans l’instant présent. Le skieur traditionnel, qui progresse à faible allure, à ski-pulka, aura beaucoup plus de temps à consacrer à une réflexion sur ses motivations et sera donc plus enclin au doute.

En 2007, j’ai vécu une expérience particulière.  J’ai passé trois mois seul sur un voilier (Vagabond), loin de toute civilisation, en partie pendant la nuit polaire. Je peux assurer que ce genre d’expériences  est plus délicate à gérer qu’une expédition sportive. Car il n’y a pas l’échappatoire de l’effort physique et la nécessité de progresser.  Je n’ai d’ailleurs pas dit oui tout de suite lorsqu’Eric Brossier m’a proposé de vivre cette expérience car il me semblait important de mûrir ma décision.

D’une façon générale, se projeter dans l’expérience que l’on se propose de vivre – expédition sportive ou autre – est le gage du succès.

Quelles sont vos motivations profondes pour les expéditions polaires exigeantes ? 

Contrairement à ce que pense une majorité de personnes, je n’ai pas un goût prononcé pour le froid. Au mieux, j’ai l’avantage de quelques prédispositions physiologiques – entre autres, une bonne circulation sanguine.

En revanche, les conséquences du froid m’intéressent : ces environnements extrêmes sont isolés, la nature y est brute, l’homme n’est jamais parvenu à la domestiquer. Les règles du jeu qui régentent ces milieux sont donc avant tout naturelles.

Tout nomade, vagabond, explorateur ou expéditionnaire, pourvu qu’il se déplace par ses moyens propres et un bagage limité à l’essentiel, connaît le plaisir que procure un minimalisme volontaire – le sentiment de sa liberté. Dans un environnement difficile, ce minimalisme reste un élément moteur du plaisir, en plus d’être une nécessité.

J’avoue également un penchant pour la performance et la vitesse. La perfection et l’engagement correspondent à une recherche d’absolu. Dans ces environnements extrêmes, il y a une logique certaine à vouloir aller vite, à rechercher cette excellence, à exhorter son corps et son mental à repousser ses propres limites. J’aime cette notion de  dépassement de soi. Le dépassement physique peut instaurer un état rare de transe. Mais le dépassement mental, également. Les milieux extrêmes des grandes calottes glaciaires sont ceux du vide. Un vide radical, souverain et tyrannique. Leur intérêt intrinséque se trouve là, dans le vertige que provoque cette vacuité. Plus qu’une page blanche sur laquelle l’individu sera tenté de réécrire sa propre histoire, le désert de glace est le miroir de ses propres failles. Traverser le désert, c’est, en définitive, accepter de se battre contre ses propres démons.

Mais je pense que la plus profonde de mes motivations est de me sentir vivre, exister. Repousser ses limites est simplement un moyen d’accéder à ce ressenti.

Mais cette aspiration à une certaine forme de performance ne s’exprime qu’au travers de mes grands projets sportifs personnels et n’est pas recherchée dans mon activité professionnelle. Les raids que j’organise pour des groupes se font d’ailleurs dans des secteurs de grand intérêt paysagé et ne sont comparables en rien à des grandes expés engagées. Parcourir ces régions le plus vite possible serait leur faire la pire des injures. Dans ce cadre, j’aime mettre le temps à profit pour louvoyer, fureter, prospecter, explorer, jusqu’à posséder une reproduction mentale juste et détaillée du territoire, afin d’y dénicher ses joyaux cachés. La vitesse n’est alors plus du tout une motivation. Le caractère esthétique d’un paysage, si !

Prenons le cas de l’Islande : à la fois vaste et limité, d’une richesse topographique insoupçonnée, ce pays se prête magnifiquement à un cheminement en profondeur.  Là-bas plus qu’ailleurs, je zigzague, louvoie, rôde, grimpe, chemine sur les arêtes, pénètre au coeur des coulées de laves et des canyons. Car là réside l’âme d’un territoire !

Avez-vous déjà pensé à traverser l’Antarctique ?

Oui, mais j’y ai renoncé pour l’instant car le budget nécessaire à la réalisation d’une grosse expédition en Antarctique est colossal (il est beaucoup plus important que pour une traversée en Arctique) et je n’ai malheureusement pas un rond. Le peu gagné me sert essentiellement à financer mes projets. Mais là, c’est bien au-delà de ce que je peux assumer.

Par ailleurs, c’est un territoire encore moins connu que l’Arctique et les informations nécessaires à la préparation d’une expé sont très difficiles à collecter, souvent inexistantes.  Il faut donc dépenser des trésors d’énergie pour mettre sur pied une expédition d’envergure viable en Antarctique. Une traversée de l’Antarctique requière par conséquent trois à quatre ans de préparation.

Quels sont vos projets ?

Nous avons un nouveau projet intitulé « Wings Over Greenland II » qui consiste à faire une circumnavigation en kite-ski de la calotte glaciaire groënlandaise. Je ne rentrerai pas davantage dans les détails tant que le départ ne sera pas définitivement acté. Mais cette expédition, si elle aboutit, sera un très gros morceau.

Nous préparons ce projet depuis le printemps 2012.  Le départ est prévu pour le 20 avril 2014.

Ce que nous pouvons d’ores et déjà dire, c’est que les deux inlandsis, Groënland et Antarctique, sont les zones (hors mer) les plus propices au parcours de très longues distances au moyen de la traction éolienne. La circumnavigation de l’inlandsis groënlandais offre un intérêt majeur : une logistique et un budget relativement limités pour une distance projetée énorme – une expédition de même ampleur en Antarctique nécessiterait des moyens financiers et logistiques incomparablement plus élevés.

Mais la simplicité relative d’une circumnavigation groënlandaise s’arrête là.  Pour le reste, il s’agit bien d’une équation complexe. La taille modérée de l’inlandsis groënlandais génère des flux catabatiques moins importants qu’en Antarctique.  Cette remarque est particulièrement valable pour la partie sud de la calotte groënlandaise : relativement étroite, elle est à l’origine de vents catabatiques atténués, en particulier dans le quart sud-est de la circumnavigation projetée.

Les régimes aérologiques sur la façade orientale de l’inlandsis sont méconnus (aucune traversée sous voiles et de grande ampleur n’y a été réalisée à ce jour). Les informations climatiques et topographiques concernant l’inlandsis restent parcellaires et sont difficiles à collecter et à analyser.

Une approche méthodique, mettant en oeuvre le recueil de données cartographiques (via un modèle numérique) et météorologiques (via les sept stations automatiques implantées sur la calotte), les traitements de ces dernières par analyses statistiques, ainsi que l’utilisation de l’imagerie satellitaire, ont été nécessaires à l’obtention d’informations de première importance concernant la cartographie globale de l’inlandsis groënlandais, les températures (moyennes et probabilités en un lieu et une période donnés), l’aérologie (vitesses moyennes des vents en fonction de leurs directions en un lieu et une période donnés, probabilités de direction en un lieu et une période donnés), la fonte de surface (variation de l’extension quotidienne des surfaces de fonte en fonction des années, nombre cumulé de jours de fonte en fonction des années et du lieu) et la topographie et les écoulements glaciaires (détection de la présence de crevasses dans les secteurs où l’itinéraire projeté se rapproche du relief ou des zones de drainage glaciaire important de l’inlandsis).

Sur un plan sportif, l’expérience et l’analyse des données aérologiques montrent la nécessité d’être performant dans l’utilisation de tous les types de vent. Savoir progresser les jours de tempête, mais surtout par vents faibles à très faibles, sera d’une absolue nécessité.

Pour plus d’informations, nous vous invitons à suivre les expéditions de Mika sur son site internet : latitudes-nord.fr 

Entretien avec...

Entretien avec Kilian Jornet – L’ultra-trailer au sommet


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Voilà six ans qu’il pulvérise tous les records de l’ultra-trail, du skyrunning, du kilomètre vertical et du ski alpinisme.

Les qualificatifs à l’égard de ce grand champion ne manquent pas : « ultra-terrestre », « mi-homme, mi-chamois », « homme animal », « être minéral », voire « Dieu » comme le titrait le Journal de l’île de la Réunion en octobre dernier au lendemain de sa deuxième victoire sur la Diagonale des Fous.

Cet ultra-trailer espagnol de 26 ans, qui n’a que le ciel comme limite, n’est autre que Kilian Jornet Burgada.  

Triple vainqueur de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, quintuple vainqueur de la Zegama, recordman du Tahoe Rim Trail, recordman de la traversée du GR 20, de la traversée des Pyrénées, de l’ascension et la descente du Kilimandjaro, champion du monde de ski alpinisme à multiples reprises, le jeune catalan totalise plus de cent victoires, titres mondiaux et autres records et repousse toujours un peu plus les limites du possible.

Ce n’est pas seulement un athlète au palmarès exceptionnel, c’est avant tout un homme de passion. Une passion énorme qui le pousse à s’entraîner chaque jour, sans exception aucune, depuis toujours. 

(c) http://www.droz-photo.com/
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Avant d’être un champion de trail, Kilian est d’abord un montagnard , un alpiniste, qui ne s’extirpe que très rarement des hautes sphères.  Il a pour habitude de monter au sommet du Mont-Blanc, au pas de course et en baskets… pour son entraînement matinal.  « Elle nous apprend des choses, mais pour la comprendre, il faut l’écouter, l’aimer et la respecter. Accepter que c’est toujours elle qui sera la plus forte. Ce que j’aime lorsque je cours, c’est la sensation d’être nu face à la montagne, d’être un animal » confie-t-il.

Cette passion pour la montagne, elle lui vient de son enfance.  Il grandit pendant les douze premières années de sa vie dans les Pyrénées à plus de 2000 mètres d’altitude.  En ski l’hiver, à pied l’été, Kilian avale les kilomètres et acquiert dès son plus jeune âge une résistance physique hors norme.  Il apprend à skier avant d’apprendre à courir.

A 13 ans, Kilian intègre le centre technique de ski de montagne de Catalogne (CTEMC), avec comme spécialité le ski alpinisme.  Il commence alors un entraînement quotidien et participe aux Championnats d’Espagne et d’Europe.  

A seulement 20 ans, Kilian a déjà de nombreuses victoires à son compteur en ski alpinisme et notamment à La Pierra Menta, le saint Graal de la discipline. Vainqueur en 2008, il a récidivé en 2010 et en 2011, mais il a besoin d’un nouveau challenge. Il se tourne alors vers l’ultra-trail. Premier défi, participer à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc… Première participation et une victoire haut la main en 20 heures, 56 minutes et 59 secondes…   

Kilian s’est récemment lancé un nouveau défi : battre les records d’ascension et de descente des plus hauts sommets du monde dans le cadre de son projet intitulé Summits of My Life. 

En 2012, il boucle les deux premières étapes de son projet, la traversée du massif du Mont-Blanc d’est en ouest en enchaînant huit sommets puis la traversée du massif du sud au nord de Courmayeur à Chamonix.  Kilian a complété l’exigeant parcours de Courmayeur à Chamonix en un temps record de 8 heures et 42 minutes en escaladant en solitaire et sans assistance la voie Innominata, une voie avec un dénivelé de 1 000 mètres, des pentes de 60º, et des cotations d’escalade V +. Un défi qu’il a complété avec le minimum de matériel possible selon la philosphie puriste de son projet.  

Au programme en 2013, les trois géants d’Europe, l’Elbrouz, le Mont Cervin et le Mont Blanc. En 2014, les deux géants d’Amérique, l’Aconcagua et le Mont McKinley. Puis en 2015, point d’orgue de son projet, il défiera le toit du monde, l’Everest. 

Ces ascensions devraient donner naissance à une nouvelle discipline de montagne qui combine le trail,  l’escalade et l’alpinisme plus technique.

C’est à son retour du Népal, où il préparait la prochaine étape de son projet, que nous avons échangé avec lui, à quelques jours du départ de la Transvulcania

Entretien avec un athlète qui se retrouve élevé au statut de légende vivante, entretien avec un champion hors catégorie, entretien avec Kilian Jornet Burgada.   

 

(c) http://www.droz-photo.com/
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Quel est le défi que vous vous êtes lancé ou la course à laquelle vous avez participé qui a été le ou la plus difficile pour vous et pourquoi ?

Il y a de nombreuses courses qui m’ont paru difficiles, arrivé à un certain point, comme la Tahoe Rim Trail par exemple où j’ai couru plus de 30 heures, la Traversée des Pyrénées, longue, longue… et aussi quelques défis en montagne d’un point de vue technique.

Ceci étant, une fois que j’ai terminé, la satisfaction est tellement grande que j’oublie les difficultés et je ne me souviens que des bons moments.

Quel est le défi que vous vous êtes lancé ou la course à laquelle vous avez participé que vous avez le ou la plus apprécié(e) ? 

Mon nouveau projet Summits of My Life, où je vais essayer de monter au sommet de diverses montagnes aux quatre coins du monde en essayant d’aller le plus vite possible et avec le minimum d’aide.

(c) http://www.droz-photo.com/
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Y a t’il une course qui constitue votre objectif principal durant la saison de trail ? Et durant la saison de ski alpinisme ?

Non, pas vraiment, j’essaye de faire de mon mieux lors de chaque épreuve dont je prends le départ, et parfois j’ai des surprises.

Le mental est important dans le type de sports que vous pratiquez.  Comment vous motivez-vous pendant une épreuve ou un entraînement difficile pour surmonter vos souffrances ?

J’ai différentes techniques que j’ai développées tout au long de mes années de pratique. Par exemple, quand je participe à une course durant laquelle j’ai très mal partout et je souffre, j’essaye de confondre mon cerveau pour qu’il oublie la douleur : j’invente des histoires, j’imagine qu’il y a des indiens qui me poursuivent, je chante des chansons… N’importe quoi qui puisse m’aider pour réussir à finir la course ou à atteindre mon objectif.

Pourriez-vous envisager, un jour, de prendre le départ d’un marathon sur route ? Si oui, lequel ?

Non, je ne pense pas. Il y a quelques années, j’y ai pensé.  Mais finalement, je pense que je n’aimerais pas cela. Je suis trop passionné par la montagne et c’est là que je me sens le mieux au monde.

Vous avez gagné de nombreuses compétitions et n’avez pas beaucoup de concurrents de votre niveau.  Cela ne freine t’il pas votre motivation ? 

Pour moi, ce qui me motive, ce n’est pas de gagner des courses. Parfois je gagne une course et je ne ressens pas cela comme une victoire. Un autre jour, je finis troisième et je sens que j’ai fait une bonne course. J’essaye de trouver des motivations au-délà de la victoire.

Quel est le sportif qui vous impressionne le plus ?

Il y en a beaucoup ! Par exemple, Walter Bonatti, Reinhold Messner, Mark Twight, Steve House, Ueli Steck, Denis Ubuko.

Vous allez gravir le Mont McKinley en Alaska. Etes-vous intéressé par les régions polaires ? Si oui, pouriez-vous prendre le départ, un jour, d’un trail comme le Marathon du Pôle Nord ou l’Antarctic Ice 100 km ? 

Les régions polaires sont en effet très intéréssantes mais pour l’instant je ne me suis pas encore décidé à y courir un marathon… peut-être dans le futur !

Comment conciliez-vous la vitesse et l’aspect sécurité lorsque vous visez un record d’ascension en alpinisme ?  

La vitesse est un aspect de securité en soi.  La securité à 100% n’existe pas, c’est une illusion humaine. Il faut faire des compromis et les accepter.

Pourriez-vous envisager de participer à des compétitions de natation, de triathlon ou d’un autre sport d’endurance ?

Non je ne pense pas pour l’instant. Ce qui m’attire dans le trail c’est que cette discipline me permet de rester en montagne, et c’est vraiment cela mon objectif !

Comment envisagez-vous l’avenir une fois que vous aurez accompli tous les défis du Summits of My Life ?   

Je ne sais pas ! C’est encore loin et je préfère me focaliser pour l’instant sur les défis de Summits of My Life.

Kilian Jornet a publié un livre, Correr o morir, une source d’inspiration pour de nombreux trailers.   

A voir aussi, A fine Line, de Sébastien Montaz-Rosset, un film sur le premier volet du projet Summits of My Life.  Incontournable ! 

Vous pouvez également suivre les différentes étapes de son défi sur le site internet : http://www.summitsofmylife.com/fr

Marathon du Pôle Nord 2013

North Pole Marathon 2013 : Merci à tous !


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Il y a quatre semaines, nous courrions un marathon au pôle Nord, sur la banquise dérivante, par -30°C. Nous reprenons progressivement l’entraînement pour préparer les prochaines échéances (le Grand Raid du Morbihan fin juin – un trail de 177kms autour du Golfe du Morbihan). Et il faut bien dire que c’est – aussi – agréable de courir lorsqu’il fait 15°C !

Avant de nous projeter sur les prochaines courses, nous souhaitons à nouveau remercier tous ceux qui ont partagé avec nous ce Marathon du Pôle Nord. Lorsque nous nous sommes inscrits à cette épreuve l’année dernière, nous avions souhaité partager au maximum cette expérience avec ceux qui, comme nous, sont passionnés par la course à pied ou les régions polaires – ou par les deux. Nous souhaitions également soutenir l’Association Petits Princes et donner ainsi encore plus de sens à cette course au bout du monde.

Nous remercions donc sincèrement tous nos partenaires pour leur soutien.

Nous remercions également les sportifs et aventuriers des régions polaires que nous avons rencontrés pour leurs nombreux conseils très utiles, les journalistes qui ont mis en avant ce projet et l’Association Petits Princes, tous ceux qui ont permis à de nombreux rêves de petits princes et petites princesses de devenir réalité en soutenant l’association.

Merci à tous ceux qui nous ont aidés et encouragés – même lorsqu’ils trouvaient ce projet un peu fou 😉

Merci à Richard Donovan, et toute son équipe, pour l’organisation sans faille du marathon.

Un grand merci également à tous les membres de l’Association Petits Princes pour leur accueil, leur encouragement et tout ce qu’ils font au quotidien pour réaliser les rêves des enfants.

Nous allons continuer à faire vivre ce blog qui nous a permis de partager ce projet avec vous, pour qu’il demeure un lieu d’échanges et de rencontres avec de nombreux sportifs et aventuriers des régions polaires. Prochainement sur le blog, le compte rendu de notre échange avec une icône de l’utra-trail, Kilian Jornet.

Et rendez-vous dans quelques mois, pour un nouveau défi polaire.

North Pole Marathon 2013

Marathon du Pôle Nord 2013

North Pole Marathon 2013 : Les Photos !


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Thanks to Mike King for the photos of the marathon which we just received today – a quick sample below.

NP Landing Icecap
Antonov landing at Barneo Camp – North pole
NP Repérage du parcours avant la course
Overview of the marathon track before the race
Preparation of the equipment
Preparation of the equipment
Start Line
Start Line (copyright Mike King)
North Pole Marathon Lap 1
North Pole Marathon (copyright Mike King)
North Pole Marathon (copyright Mike King)
North Pole Marathon (copyright Mike King)
North Pole Marathon (copyright Mike King)
North Pole Marathon (copyright Mike King)

North Pole Marathon (copyright Mike King)
North Pole Marathon (copyright Mike King)
North Pole Marathon (copyright Mike King)
North Pole Marathon Finish Line – Association Petits Princes (copyright Mike King)