Auteur : Stéphanie Gicquel

Across Antarctica 2014

Ce site n’est plus mis à jour – Retrouvez-nous sur le site Running to the Pole – http://runningtothepole.com


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L’Antarctique, le sixième continent, presque inaccessible.

Dissimulé tout en bas du globe, le pôle Sud est pour beaucoup moins évocateur que le pôle Nord. Et pourtant, l’Antarctique est tout aussi unique à bien des égards : le continent le plus froid, le plus sec, le plus élevé, grand comme vingt fois la France et dont les glaces renferment près de 90% de l’eau douce du monde. Un continent sans frontière, sans autochtone, où quelques scientifiques venus du monde entier collaborent le temps d’une saison estivale avant, pour la plupart, de se retirer lorsque la nuit polaire s’installe. Les études menées sur les problématiques environnementales et climatologiques démontrent l’importance des régions polaires, et notamment de l’Antarctique, dans la préservation des équilibres majeurs de la Planète.

Terre – glacée – de sciences, l’Antarctique révèle aussi à ceux qui s’y aventurent la beauté de ses paysages infinis, une immensité simple où la glace et le ciel peinent souvent à se rejoindre au loin, très loin, pour définir un horizon éphémère. Tel un océan de glace figé à près de 3.000 mètres d’altitude, dont les vagues sont façonnées par le vent.

Lorsque nous nous sommes lancés dans l’aventure ACROSS ANTARCTICA 2014, nous avons souhaité contribuer, modestement, à rendre ce continent plus accessible. En rapportant notamment des vidéos et photographies prises tout au long de notre expédition en ski de plus de 2.000 kilomètres au coeur de l’Antarctique. Des images uniques.

Grâce au soutien de nos partenaires, nous avons pu rapporter plus de 3.000 photos et 50 heures de rush d’une aventure exceptionnelle, filmés avec du matériel video et son professionnel ou semi-professionnel. Chaque photographie, chaque séquence aura été un défi supplémentaire  dans cet univers de glace où la température ressentie est descendue jusqu’à -50°C, mettant les aventuriers et leur matériel – notamment les batteries – en difficulté.

Ces images racontent une histoire, celle d’une rencontre avec ce continent de glace, une histoire que nous souhaitons partager.

Nous vous invitons à retrouver notamment une exposition virtuelle de l’expédition, ainsi que des vidéos, le journal d’expédition, les projets pédagogiques réalisés autour de l’expédition et de nombreuses autres informations sur notre nouveau site Running to the Pole (lien ci-dessous).

Running to the Pole

Entretien avec...

Entretien avec Mathéo Jacquemoud – La passion du ski-alpinisme


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Il a choisi de vivre ses rêves plutôt que de rêver sa vie. Mathéo Jacquemoud a 23 ans, il vit à Saint-Nicolas de Véroce en Haute-Savoie, il est sportif de haut niveau depuis sept ans, membre de l’équipe de France de ski-alpinisme, mais aussi l’un des plus grands skieurs du monde.

Mathéo a notamment réalisé une saison 2013 exceptionnelle, quadruple champion du monde de ski-alpinisme, premier au classement général de la coupe du monde individuel, vainqueur de la Pierra Menta et second à la Mezzalama.

Une forte passion de la compétition l’anime, depuis toujours. Une compétition saine, où il alterne les coups de génie et les coups de bluff, la stratégie et la tactique. Il nous confie cependant qu’il lui arrive, une fois dans la saison, de survoler une épreuve. C’est avec beaucoup de simplicité et de sincérité qu’il nous fait part de ce sentiment d’invincibilité qui l’anime alors, de cette force qui semble venir d’ailleurs, comme cela a été le cas lors de l’édition 2013 de la Pierra Menta.

Avant d’être un sportif de haut niveau, Mathéo est un montagnard. Une montagne qu’il porte haut dans son coeur depuis tout petit, et dans laquelle il a grandi, préservé du tumulte de la ville. Aspirant guide en formation, il devrait réaliser son rêve de devenir guide de haute montagne l’année prochaine.

Rencontre avec un alpiniste humble et discret, rencontre avec un champion qui aime partager sa passion, rencontre avec Mathéo Jacquemoud.

Photo Mathéo

Quel est le parcours qui vous a conduit au ski-alpinisme et au sport de haut niveau ?

J’ai vécu toute mon enfance et mon adolescence dans un petit village de montagne, Lus la Croix Haute.  Depuis tout petit, je suis passionné par la montagne et les sports outdoor.  J’ai grandi dans un environnement familial qui m’a transmis la passion de la montagne, même si mes parents n’exerçaient pas une profession qui y soit liée.

Tout petit, je faisais déjà des randos de 1000 m D+. J’ai appris à skier à 2 ans.  A 7 ans, je faisais mes premières randos à ski.  A 8 ans, j’ai commencé l’alpinisme et l’escalade. A 9 ans, j’ai fait ma première course, la traversée du Pelvoux. A 10 ans, j’ai traversé les Dômes de Miage. A 12 ans, j’ai fait l’ascension de l’arête de Coste Rouge et la traversée de la Meije en premier de cordée.

Je fais de la compétition depuis mon plus jeune âge.  J’ai fait 9 ans de ski alpin en compétition, de 6 à 15 ans.  J’ai fait 4 ans de VTT en compétition, de 14 à 18 ans.

J’ai toujours pratiqué des sports d’endurance et comme j’aime aussi la montagne, je me suis naturellement tourné un jour vers le ski de rando. J’ai commencé le ski-alpinisme en compétition à 15 ans.

Jaquette filmath 2013 Pierra Menta

Quelle est l’épreuve de ski-alpinisme qui vous a le plus marqué ?

La Pierra-Menta en 2013. C’est exceptionnel, hallucinant ce qui s’est passé.  Avec William Bon Mardion, nous avons survolé cette course. Nous avions beaucoup d’avance sur nos adversaires. Ma forme était excellente, tout était facile. Avec William, nous savions à l’avance que nous allions gagner. Nous avions déjà reconnu le parcours trente fois, il suffisait juste de le refaire le jour de l’épreuve.  Il pouvait nous arriver n’importe quoi, cela ne nous aurait pas ébranlé. Nous n’avions aucune pression. La veille, nous avons fait une sortie en montagne tous les deux comme si nous ne devions pas courir la Pierra Menta le lendemain. Tout sportif de haut niveau recherche ce type de sensations une fois dans la saison.

J’ai aussi apprécié d’avoir partagé cette course avec William. Nous nous entendons très bien même s’il a quelques années de plus que moi. Nous parlons rarement de ski ensemble. Nous nous connaissons parfaitement.  Nous avons le même état d’esprit, la même motivation, la même approche de la discipline.

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Quel type d’épreuve de ski-alpinisme préférez-vous, sprint, vertical race, individuelle ou par équipe ?

Je préfère les épreuves individuelles, parce qu’il y a des montées, des descentes, des manips. C’est la performance pure qui est prise en compte dans ce type d’épreuves.

J’aime bien aussi les épreuves par équipe. Elles peuvent être par étape comme la Pierra Menta ou bien sur une journée comme la Mezzalama ou la Patrouille des Glaciers.  J’aime le partage et les émotions, l’osmose avec le coéquipier.

 Photo Matheo Pierra Menta 2013

Quelle est l’épreuve de ski-alpinisme que vous trouvez la plus difficile ?

Il n’y en a pas.  Une course est difficile selon ce qu’on y met, sa préparation, son mental, son état de forme.  Une course de 20 minutes peut être plus difficile qu’une course de 3 heures.

Etes-vous déjà passé à côté d’une épreuve et cela vous a-t-il conduit à douter ou à remettre en cause votre pratique ?

Non.  Je n’ai pas réussi toutes les épreuves auxquelles j’ai participé, mais je ne me suis jamais remis en question, je n’ai jamais douté à cause d’un échec.  Je me concentre alors rapidement sur mes prochains objectifs.

Photo Matheo Courchevel

Vous participez parfois à des compétitions de trail, par exemple le Marathon du Mont-Blanc puis le Courchevel Xtrail en 2013.  Aimez-vous le trail ? Et pourriez-vous participer à des ultra-trails ?

Je trouve que le trail est trop monotone. J’aime les épreuves de ski-alpinisme car la neige n’est jamais la même, il faut faire des manips, des conversions, il y a des montées, des descentes, etc.

Au bout de 4 heures de trail, je m’ennuie.  Le trail long ne m’attire pas.  Par contre, je peux faire 20 heures de ski d’affilée sans problème.  Je fais souvent des courses de 25 heures.

Je cours de temps à temps, surtout l’été, pour préparer ma saison d’hiver. Mais je ne me suis jamais préparé et entraîné pour une épreuve de trail. Parfois, je mets un dossard, mais c’est juste pour le plaisir.  Je prends la décision la veille de la course.

Le Marathon du Mont-Blanc ne m’a pas du tout plu. J’ai trouvé cela trop roulant. Par contre, je me suis régalé sur le Courchevel Xtrail. Je verrais en août prochain, la veille de l’épreuve, si j’ai envie d’y participer à nouveau !

Quel est votre entraînement type ?

D’octobre à mai, je pratique le ski sur la base d’un programme établi par mon entraîneur, Thierry Galindo. Il prépare ce programme en fonction de la météo, de mon état de forme, etc. Il tient compte également du degré de liberté dont j’ai besoin. Si un jour, je ne fais que 2 h 30 au lieu des 3 h prévu, ce n’est pas un problème.  C’est impossible de respecter un programme à la lettre. Il peut m’arriver aussi de rentrer au bout de 15 minutes car je ne suis pas bien.

En mai, généralement, je me repose.

En été, je n’ai pas de programme spécifique, je fais de l’alpinisme, de l’escalade, du vélo, de la course à pied. Je suis un alpiniste à la base, un montagnard avant d’être un sportif de haut niveau.  Par conséquent, je sors quand j’en ai envie ; je ne m’oblige pas à respecter un programme.

A la fin de l’été, au début de l’automne, je fais moins de vélo. Je fais du ski-roue à la place.

Je dois aussi faire un peu de renforcement musculaire.  Je ne fais pas d’exercices en salle ; l’escalade et les sorties en montagne avec un gros sac suffisent.

Pour vous donner une idée du volume, je fais environ 1000 heures de ski dans la saison et 600 000 m D+ tout sport confondu (hors alpinisme).

 Photo Matheo Dynafit

La préparation mentale fait partie intégrante de votre pratique du sport, vous suivez à ce titre des séances d’hypnose.  Qu’est ce que cela vous apporte ?

J’ai commencé l’hypnose la saison dernière.  J’en fais, en général, une fois par mois.  Ceci étant, c’est variable, je peux en faire plus souvent si j’ai un souci quelconque, comme en début d’année par exemple, où  j’ai dû suivre trois séances d’hypnose par semaine.

Ces séances me permettent d’avoir davantage confiance en moi de façon à bien réussir mes départs de course qui étaient mon point faible. Grâce à la préparation mentale, je suis sûr de moi la veille d’une épreuve, je me sens bien, j’imagine bien la course.  Par exemple, deux jours avant la dernière coupe du monde, je savais que j’allais gagner, je me le répétais sans cesse, de sorte que le jour J, j’avais juste à refaire le parcours que j’avais déjà reconnu des dizaines de fois. Je pense que j’ai toujours eu cet état d’esprit de gagnant, ce n’est pas seulement le fruit du travail de préparation mentale. L’hypnose a révélé ce que j’avais déjà en moi.

Vous êtes capable de grimper très vite sur les plus hauts sommets, à pied, à skis et avec le minimum de matériel.  Au mois de mai dernier par exemple, vous battez le record de vitesse aller-retour de l’église de Chamonix au Mont-Blanc en ski, record précédemment détenu par Stéphane Brosse.  Pensez-vous, avec Kilian Jornet, révolutionner l’alpinisme ?

Non.  La vitesse a toujours existé, mais les médias commencent seulement à s’y intéresser et à en parler.  Je suis convaincu que la vitesse est un gage de sécurité, car lorsqu’on va vite, on limite l’exposition au danger.  J’aime être rapide en montagne ; faire vite et bien.  Je passe moins de temps en montagne mais je prend autant de plaisir que dans une ascension classique, je profite de pleins de choses.  Je vois le sommet du Mont-Blanc depuis ma chambre.  Lorsque la météo est bonne, je pars à 8 heures et je suis rentré à 14 heures. Pour moi, aller vite me semble normal, c’est mon quotidien, mon environnement, j’ai toujours connu cela.  C’est la même chose pour Kilian.  D’ailleurs, nous n’avons pas l’impression d’aller vite.  Au contraire, souvent nous avons l’impression d’aller à 2 km/h !  Faire un record n’est pas ma motivation principale.  Ceci étant, comme j’ai une montre et un GPS, je peux voir mon temps et parfois, il s’avère qu’un record tombe.

Je suis en sécurité car j’ai suffisamment de marge au plan technique. Je sais ce que je fais, je suis très réfléchi. Je pense que c’est le fruit de nombreuses heures passées en montagne.  A 15 ans, j’avais déjà réalisé toutes les courses que l’on doit avoir faite pour pouvoir être aspirant-guide.

 Photo Matheo Barre des Ecrins

Que pensez-vous de l’engouement très fort de néophytes pour des sommets comme le Mont-Blanc ou l’Everest ?

Ils ont certainement une motivation. Mais, je pense qu’ils souhaitent surtout faire le Mont-Blanc pour le Mont-Blanc.  C’est dommage cette obstination pour le Mont-Blanc alors qu’il y a pleins d’autres sommets fabuleux qui peuvent être atteint lors de courses d’initiation.  Les lumières sont différentes tout au long de la journée et en fonction des lieux où on se trouve ; ce sont ces lumières qui rendent la montagne belle.  Les personnes peu expérimentées en matière d’alpinisme galérent pour atteindre le Mont-Blanc. Elles n’ont pas la marge technique suffisante pour en profiter et se faire plaisir.

Quand j’ai des clients qui me demandent le Mont-Blanc, je refuse 9 fois sur 10. Il faut oublier la société de consommation en montagne. Ce qui me plaît dans le métier de guide, ce n’est pas de guider des clients une seule fois et de ne plus les revoir ensuite parce qu’ils auront été en difficulté et qu’ils ne voudront plus entendre parler d’alpinisme mais de les suivre, de voir leur niveau évoluer au fil des courses.  Je veux que mes clients découvrent d’abord une montagne sauvage, qu’ils se passionnent pour la montagne. Puis, un jour, ils partiront faire des classiques. Et plus tard, j’aimerais, pourquoi pas, qu’ils puissent me guider sur des classiques plus engagées.

Photo Matheo 2

Avez-vous des modèles ?

Je n’ai jamais eu de modèle.  Je n’avais pas non plus de poster d’idole affiché dans ma chambre d’enfant !

Je respecte tous les sports. Ceci étant, je sais la quantité de travail qu’il faut produire pour arriver au top niveau.  Aucun sportif ne m’impressionne donc.   Mais, c’est valable dans tous les domaines. Quand on parvient à entrer dans un milieu, on est moins impressionné par ceux qui y sont aussi. 

Quels sont vos objectifs pour 2014 ?

En termes de compétitions : la coupe du monde, le championnat d’Europe, la Pierra Menta, le Tour du Rutor, la Patrouille des Glaciers.

Je vais également faire plus de montagne, d’alpinisme.

J’ai d’autres objectifs en tête, des idées d’enchaînements mais je n’en ai parlé qu’à mes proches, pour l’instant.

A suivre…

Entretien avec...

Entretien avec Ghislain Bardout, une success story polaire


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Fascinant, bluffant, prometteur.  Voilà comment on pourrait définir le parcours de Ghislain Bardout.  A 33 ans à peine, cet entrepreneur peut se targuer d’être à la tête des plus grandes expéditions polaires du 21ème siècle.    

Dès sa sortie de l’école polytechnique de Lausanne en 2007, il commence à monter un projet d’exploration sous-marine avec pour objectif de réaliser un témoignage-reportage photographique et cinématographique totalement inédit sur l’univers sous-marin de la banquise au niveau du pôle Nord géographique, de la manière la plus représentative et exhaustive possible, l’expédition Under The Pole I appelée aussi Deepsea Under The Pole by Rolex, du nom du principal sponsor.  

Au printemps 2010, après trois années de préparation intensive, plusieurs phases d’entraînement en Finlande et dans les Alpes, il se fait déposer avec sept équipiers et un Husky à la sortie de la nuit polaire à 76 kilomètres du pôle. Au terme d’un périple en ski-pulka de 45 jours sur la banquise, éprouvants pour les hommes et le matériel, et 51 plongées dans des conditions extrêmes, l’aventure – une première – se clôture par un succès remarquable. Les huit aventuriers rapportent des images uniques et spectaculaires de la banquise sous-marine – 20 000 photos, 60 heures de rush, un livre et un film maintes fois primé – qui feront le tour du monde, témoignant d’un monde de rêve en perdition.

Les ingrédients de son succès ? le génie, certainement, pour innover ; l’audace, beaucoup, pour bousculer les codes ; la détermination, sans aucun doute, pour accomplir un travail titanesque. 

Nous avons eu la chance de rencontrer Ghislain quelques jours avant son départ pour une nouvelle expédition, l’expédition Under The Pole II.  Une expédition qui durera 22 mois et dont l’objectif sera d’explorer la banquise côtière, celle du large, les icebergs géants, le front des glaciers, les fjords englacés, le plateau continental, entre le cercle polaire et le nord du Groenland.  Pendant 8 mois, les membres de l’expédition remonteront, à bord d’une goélette – le WHY – la côte Ouest du Groenland en suivant le recul de la banquise.  Ils hiverneront ensuite d’octobre 2014 à février 2015 au niveau du détroit de Nares dans leur bateau pris dans les glaces, avant de repartir vers le Nord du Groenland, de mars à juin 2015 pour parcourir plusieurs centaines de kilomètres en traineaux à chien. 

Rencontre avec un aventurier moderne, rencontre avec un jeune entrepreneur polaire talentueux, rencontre avec Ghislain Bardout.

UTP © Emmanuelle Périé : Deepsea UTP by Rolex

Quel est le parcours qui vous a conduit à vous lancer dans la voie de l’aventure et de l’exploration sous-marine des régions polaires ?

J’ai toujours été attiré par la mer et la montagne, par les activités outdoor. Je me suis passionné d’abord pour l’escalade puis pour la plongée sous-marine.

Enfant, j’étais souvent en montagne. Adolescent, j’ai fait beaucoup d’escalade et d’alpinisme en compétition.  J’ai continué ensuite pendant mes études.

J’ai fait un stage de plongée à 15 ans.  Ce fut le coup de foudre. Je suis devenu passionné, totalement investi par la plongée. De 15 à 20 ans, je travaillais sur les marchés pour gagner de l’argent de poche et pouvoir ainsi me payer le matériel et les stages.

Pendant mes études, la plongée a pris le dessus sur la montagne.  Mon engouement pour cette activité m’a conduit à l’enseigner et à 20 ans, je devenais moniteur de plongée.  Je rêvais déjà d’expéditions mais cela ne me semblait alors pas réaliste.  A 25 ans, j’ai encadré un stage de plongée auquel s’était inscrite Emmanuelle Périé – qui depuis est devenue ma femme. Elle rentrait de l’île Clipperton où elle était partie en expédition, une expédition dirigée par Jean-Louis Etienne.  Elle était marin de l’expédition et également co-responsable des activités nautiques.  J’ai accompagné Emmanuelle à l’avant-première de la sortie du film sur Clipperton. Elle m’a présenté à Jean-Louis Etienne qui préparait alors une expédition en dirigeable au-dessus de l’océan Arctique, l’expédition Total Pole Airship.  Il cherchait un stagiaire ingénieur pour travailler sur la logistique de l’expédition. J’étais étudiant à l’école polytechnique de Lausanne et avais le profil qu’il recherchait. J’ai donc postulé et obtenu le stage qui s’est rapidement transformé en CDI.  J’ai arrêté mes études pendant deux ans pour pouvoir me consacrer à temps plein à ce nouvel emploi de logisticien et responsable technique à Paris.

J’ai ainsi eu l’opportunité de travailler sur un très gros projet avec des moyens importants, une logistique importante, des plans de communication énormes, beaucoup de management. J’ai ainsi appris à gérer un projet d’expédition de A à Z.

En avril 2007, je suis parti avec Jean-Louis Etienne au pôle Nord.  Je devais organiser la logistique de l’expédition sur le camp Barnéo.  C’est dans ce cadre que j’ai également organisé une campagne de plongées au pôle Nord, faisant intervenir un robot sous-marin et six plongeurs.  J’ai découvert un monde hallucinant.  Après cette expérience, je n’ai eu qu’une seule idée en tête, monter ma propre expédition polaire dans laquelle tout serait pensé autour de la plongée sous glace.

UTP © Ghislain Bardout : Under The Pole

Pouvez-vous nous parler de la préparation de votre première expédition, l’expédition Under The Pole I ?

J’ai commencé à préparer cette expédition dès ma sortie d’école.  Je l’ai préparée pendant trois ans.  Nous étions seuls avec ma femme, nous n’avions pas encore d’équipe autour de nous en dehors des phases d’entraînements sur le terrain.

Rares sont les personnes qui se rendent compte de la montagne gigantesque de travail et d’énergie que la préparation d’une expédition nécessite.  Elles voient le résultat, le reportage à la télévision, la belle histoire qu’il y a autour mais elles occultent un pan entier du projet, la préparation de l’expé.  Je considère que la préparation est une expé avant l’expé.

Pendant trois ans, ce fut le parcours du combattant, il a fallu soulever des montagnes.  Le travail était titanesque. Je me suis consacré à ce projet à 100%. Je n’avais pas d’autre emploi par ailleurs.  Je suis passé par des moments de galère. Je vivais avec presque rien et comptais tout.  Je travaillais 15 heures par jour, 7 jours sur 7. Je n’avais plus le temps d’appeler mes proches, de donner des nouvelles.  Je faisais corps avec mon projet. Je n’avais pas le temps pour le reste.  Il y a véritablement un prix à payer pour pouvoir réaliser ce genre de choses.

UTP © Ghislain Bardout : Deepsea Under the Pole by Rolex

Quels sont les objectifs de vos expéditions ?

Les objectifs sont nombreux.

Je veux explorer, découvrir, observer, témoigner – ramener des images inédites du milieu sous-marin – et comprendre.  Une expédition n’est jamais passive.  Une équipe de tournage va nous suivre sur quelques étapes d’Under The Pole II pour réaliser plusieurs films destinés à France Télévisons / Thalassa et certainement à une chaine internationale, ainsi qu’un webdocumentaire.  Pour ma part, je serai en charge des prises de vues sous-marines.

Les programmes scientifiques n’étaient pas la raison d’être d’UTP I. En 2010, au pôle Nord, nous avons mené deux programmes scientifiques, le premier s’intéressait à l’épaisseur de neige sur la glace, paramètre crucial pour estimer le volume de glace et le second à la physiologie humaine à travers des études sur le sommeil et l’évolution de la température interne des membres de l’équipe. En revanche, il y a une véritable dimension scientifique dans UTP II. Pour cela nous avons dans l’équipe Romain Pete, Docteur en biologie marine et coordinateur scientifique de l’expédition. Nous répertorierons la biodiversité sous-marine polaire rencontrée durant un cycle saisonnier complet, entre la surface et la zone des 100 m de profondeur – nous réaliserons pour cela 400 plongées -, nous étudierons les relations entre l’atmosphère, la glace et l’océan et nous étudierons l’homme, son comportement et son adaptation physiologique en milieu extrême.

L’objectif de mes expéditions est aussi d’apporter un témoignage inédit sur le changement climatique en cours, ses enjeux locaux et de sensibiliser et éveiller les jeunes générations sur une région du monde magique. Nous avons signé en novembre 2013 un accord de partenariat avec le Ministère de l’Éducation Nationale et le Rectorat de Rennes en particulier. Cela permettra au plus grand nombre d’élèves de suivre l’expédition et aux enseignant d’y trouver des passerelles avec les programmes scolaires.

Mes expéditions ont aussi pour objectif d’innover.  Mon objectif est de repousser les limites et de défricher un terrain nouveau, ce qui nécessite un engagement important.

On peut véritablement parler d’exploration moderne, géographique, en images.  Ce qui captive l’individu, c’est l’histoire, l’aventure humaine, la connaissance.  Je pioche ainsi dans les outils à ma disposition pour pouvoir offrir cela. Les images ou les programmes scientifiques sont ces outils.

Under The Pole II est une expédition qui se réalise avec très peu de moyens. Malgré la recherche active de sponsors, nous n’avons pas levé de fonds importants. C’est grâce à des « petits » partenaires financiers, de nombreux partenaires techniques et une équipe de bénévoles très investis travaillant avec nous depuis un an à temps plein que nous pouvons partir.  Je me rémunère comme je peux, à hauteur de mes charges et Emmanuelle a un travail extérieur à mi-temps jusqu’au départ. Nous avons vendu notre maison pour pouvoir financer le bateau de l’expédition. Nous prenons beaucoup de risques financiers.  

UTP © One Blood : Under The Pole

Quelle est l’équipe autour de vous pour l’expédition Under The Pole II ?

Nous sommes quarante à travailler sur ce projet, dans la phase pré-expédition et/ou dans la phase expédition.

Nous avons travaillé seuls avec ma femme pendant deux ans sur la préparation de l’expédition.  Dix personnes nous ont ensuite rejoint pour travailler avec nous à temps plein sur la préparation.  Ce sont essentiellement des bénévoles, des amis, passionnés par la navigation, la plongée et les régions polaires.

L’équipe à bord évoluera tout au long de l’expédition. Il n’y aura jamais plus de douze personnes à bord, treize en comptant notre fils, Robin, deux ans.  L’équipe de l’expédition est pluridisciplinaire : plongeurs, marins, alpinistes, ingénieurs, mécaniciens, cuisiniers, caméramans, preneurs de sons, réalisateurs, régisseurs, photographes, biologistes, médecins, scientifiques, naturalistes…

Nous serons cinq présents continuellement durant toute l’expé de 22 mois, dont ma femme, mon fils et moi. La plupart des équipiers nous rejoignent pour plusieurs étapes. Ce sera le cas de l’équipe de tournage.  Ils seront quatre au maximum à bord.

Des scientifiques nous rejoindront sur certaines étapes. Ils seront deux au maximum à bord.  Nous ne les connaissons pas encore tous ; nous rencontrerons certains d’entre eux directement sur place lorsqu’ils nous rejoindront.  Romain, le coordinateur scientifique sera présent sur une grande partie de l’expédition. Quand les scientifiques ne seront pas à bord, nous aurons une série de protocoles à appliquer pour la réalisation des différents programmes.

Des stagiaires nous rejoindront également dans le cadre du programme Under The Pole Explorer. Il y aura au maximum deux postes de stagiaire à chaque étape.  Ce programme est ouvert au grand public.  Les stagiaires pourront donner un coup de main aux plongeurs, aux caméramans, aux scientifiques, ils pourront naviguer, profiter des balades à terre, plonger, etc.  Ils sont intégrés à l’expé. Ce programme est aussi pour nous un moyen de diversifier nos sources de revenus.

UTP

Pourriez-vous nous parler de l’acquisition et de la préparation du bateau d’expédition WHY ?

Nous avons acquis WHY le 26 avril 2013.  Cela faisait trois ans que nous voulions acquérir un bateau d’expédition.  Depuis notre retour du pôle Nord en 2010, nous réfléchissions au meilleur moyen de continuer l’exploration sous-marine des régions polaires. Assez vite, nous avons décidé d’acquérir un voilier qui nous donnerait cette liberté logistique et qui pourrait nous permettre d’accueillir des plongeurs, des scientifiques, une équipe de tournage et aussi d’être en famille.

Nous avons mis beaucoup de temps avant d’acquérir WHY, notamment parce qu’il fallait du financement.  Nous avons pris notre décision en décembre 2012. Nous savions alors que l’expédition Under The Pole II pourrait avoir lieu en 2014.

WHY est une goélette en aluminium robuste, conçue pour naviguer dans toutes les mers du monde. Le bateau a été préparé et entièrement revu en 2013 afin d’en faire un navire d’expédition polaire capable de naviguer en sécurité dans le très mauvais temps et d’hiverner, pris dans la banquise, pendant la nuit polaire.  Depuis le mois d’avril, il est en chantier permanent 7 jours sur 7.

WHY peut accueillir 12 équipiers et embarquer plusieurs tonnes de matériel dédié à l’exploration sous-marine et terrestre.

Le bateau est armé à la plaisance comme navire de formation voile et plongée, en catégorie de construction A.

WHY a été créé il y a 30 ans mais n’avait jamais navigué auparavant en dehors de petits « déplacements » .  Il a connu ses voiles l’été dernier pour la première fois.

Ce bateau n’est pas trop gros ce qui constitue un avantage non négligeable.  Il permet de réaliser des expéditions à taille humaine.

Je n’ai pas de doute sur sa solidité, même si je n’ai pas eu l’occasion de le tester dans une mer forte.  Il n’a pas été construit en série.  Il a été dessiné par un architecte et a été commandé par une personne qui y a mis beaucoup d’argent afin d’en faire un voilier de luxe qui puisse naviguer dans toutes les mers du globe.  Tout est surdimensionné sur ce bateau, l’aluminium est épais, la coque est renforcée, etc.  Le bateau est robuste et large. Il en impose.  Les résultats de l’expertise sont très bons.  Il a été classé haut la main dans la meilleure catégorie.  Il n’a pas vocation à être prisonnier des glaces au cœur de l’océan Arctique comme Tara, il n’est donc pas nécessaire qu’il soit aussi robuste que Tara.

Le convoyage jusqu’au Groenland sera un bon test.

Pourriez-vous nous parler de la collaboration que vous allez mettre en place avec les Inuits ? 

Ils ne le savent pas encore ! L’objectif sera de mettre en place une collaboration professionnelle avec les chasseurs-pêcheurs Inuits de Qaanaaq.  Le bateau pris par les glaces, le chien de traineau est la meilleure façon de continuer à explorer plus au Nord. Qui d’autres mieux que les groenlandais peuvent nous aider en prenant en charge cette partie de l’expédition ? Ce sera aussi une belle manière d’échanger sur le milieu, de notre côté en les amenant à découvrir la face cachée de la banquise.

Cela ne sert à rien de leur parler de notre projet à l’avance.  Nous apprendrons à les connaître pendant les premiers mois de notre hivernage.  Ils viendront nous voir et nous irons également leur rendre visite au village. Nous leur expliquerons petit à petit ce que nous souhaitons faire.  Une relation de confiance se mettra en place progressivement je l’espère qui permettra cette fantastique aventure.

Si nous parvenons à partir avec eux en traîneaux à chiens pendant quatre mois, nous aurons véritablement repoussé les limites de l’exploration.

UTP © Emmanuelle Perié : Under The Pole

Vous bénéficiez du soutien du navigateur Roland Jourdain.  Pourriez-vous nous parler de ce parrainage ? 

C’est un homme extrêmement généreux.  Il a mis deux bureaux à notre disposition en 2011.  Cela nous a changés de mon garage tout humide dans lequel nous avons préparé l’expédition Under The Pole I ! Pour Under The Pole II, nous avons également pu bénéficier de l’ensemble de sa base à Concarneau. Nous disposons ainsi d’ateliers, de hangars, de magasins, d’une voilerie.

J’espère aussi pouvoir un jour me tourner vers les jeunes pour les aider comme il le fait aujourd’hui avec nous.

Comment vous êtes-vous entraîné pour préparer l’expédition Under The Pole II ?

Je ne m’entraîne pas beaucoup car je n’ai pas le temps et c’est moins impératif que pour l’expédition de 2010.  Je m’entraînerai tout au long de l’expédition.

Quand j’ai un peu de temps, je fais des footings et je pratique le taekwondo.  Cela me maintient en forme.

Il ne faut pas négliger la préparation mentale aussi.  Plus le montage du projet est difficile, plus on se forge le mental indispensable à l’expédition elle-même.

Que vous reste-t-il à faire avant votre départ dans quelques jours ?  

Trouver de l’argent.  Une vingtaine de partenaires doivent encore nous livrer du matériel.  Six personnes travaillent actuellement à temps plein sur le bateau.  Nous allons travailler 18 heures par jour jusqu’au départ pour pouvoir tenir les délais.

Pensez-vous déjà à Under The Pole III… ?

Oui, naturellement. Le projet n’est pas encore écrit. Nous écrirons certainement ce projet pendant Under The Pole II.  Ce que je sais, c’est que nous ne prendrons pas une route directe.  Notre route passera certainement par l’Arctique. Pour finir en Antarctique ?

Pour suivre l’expédition Under The Pole II, rendez-vous sur le site internet http://www.underthepole.com/.

Entretien avec...

Entretien avec Dixie Dansercoer – Beyond The Challenge


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 « Je ne voulais pas d’un cocon.  Je voulais construire quelque chose de nouveau.  Je ne voulais pas simplement gérer quelque chose qui existait, je voulais inventer.  S’il fallait que je me brûle les ailes, qu’il en soit ainsi.  Mais il devait bien exister un rêve digne d’être poursuivi, avec son lot de joies et d’excitation. » Not fade away : a short life well lived, Laurence Shames et Peter Barton.

En 1997-1998, il traverse l’Antarctique de la Terre Reine Maud à Mc Murdo via le pôle Sud, en ski et kite-ski, avec l’explorateur belge Alain Hubert.  L’expédition est difficile : traîneaux déchirés, côtes fracturées, rationnement, marche forcée pour atteindre Mc Murdo avant que les derniers brise-glaces et avions de la saison ne quittent le continent.  Il est alors traducteur, ultra-trailer, triathlète, alpiniste. Il a 35 ans, il ne le sait pas encore mais il va devenir l’un des plus grands explorateurs polaires de notre époque.  Il est belge, il s’appelle Dixie Dansercoer.

Après différentes expériences, il traverse, en 2007, avec Alain Hubert, l’océan Arctique du Cap Arktishewski en Sibérie jusqu’au Groenland en passant par le pôle Nord, soit 1800 kilomètres en 106 jours.

La même année, en commémoration de l’expédition de la Belgica dirigée par Adrien de Gerlache 110 ans plus tôt, il est le chef d’une expédition en voilier en péninsule Antarctique.

En 2011-2012, il bat le record du monde de la plus longue distance parcourue en Antarctique en kite-ski – soit plus de 5000 kilomètres – en autonomie totale, avec Sam Deltour, rencontré huit ans plus tôt lors d’une compétition d’ultra-trail en Suisse.  Les voiles de traction, le moyen favori de déplacement pour cet ancien champion de kitesurf.

Une vie atypique donc, faite d’exploits, d’engagement et de passion, une réussite qu’il doit aussi au soutien attentionné et indéfectible de son épouse, Julie Brown.

Rencontre avec un homme sans cesse à la recherche de nouveaux défis, un explorateur qui transforme chacune de ses aventures en une quête toujours plus profonde de soi, rencontre avec Dixie Dansercoer.

(c)Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c)Dixie Dansercoer/Polar Circles

Pourquoi êtes-vous devenu explorateur polaire ?

J’ai eu un coup de foudre pour les régions polaires lors de ma première expédition dans ces régions :  une traversée du Groenland, soit 700 kilomètres, en kite-ski. J’avais 33 ans.  J’étais fasciné par la calotte, la monotonie, le silence, les grands espaces, l’infini, des choses qu’on ne voit pas au quotidien.

J’ai traversé le Groenland avec Alain Hubert qui était déjà un aventurier polaire expérimenté.  J’ai beaucoup appris à son contact.  Cette rencontre a aussi été décisive pour mon avenir.

Enfant et adolescent, j’étais très curieux, j’aimais beaucoup le sport, les voyages, mais je n’avais pas d’ambition spécifique.  Je ne pensais ni ne voulais devenir explorateur polaire.

J’ai rencontré beaucoup d’aventuriers qui ont lu de nombreux récits d’exploration polaire lorsqu’ils étaient jeunes.  Il se sont passionnés de l’histoire des explorateurs du début du 20ème siècle avant même de mettre un pied dans les régions polaires. Pour ma part, c’était plutôt une suite logique de mes passages en montagne avec la grimpe et de multiples sommets. La neige et la glace m’avaient déjà montré leur beauté et mon expérience au Groenland m’a donné envie d’explorer davantage ces contrées.

(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles

Quelle expédition en Antarctique avez-vous préférée ? Celle de 1997-1998 ou bien celle de 2011- 2012 ?

Les deux expériences sont uniques, mais la première expédition a été particulièrement marquante pour moi.  De nombreux médias nous ont suivis car il n’y avait pas eu alors beaucoup de  traversées de l’Antarctique de cette envergure.  J’étais jeune, je n’avais pas la même expérience qu’aujourd’hui, l’expédition me paraissait donc beaucoup plus impressionnante et j’ai beaucoup appris aux côtés d’Alain Hubert.  Les rôles ont été inversés en 2011 : j’assumais le rôle de chef d’expédition et Sam, 25 ans, s’est trouvé dans la situation que j’avais pu connaître quinze ans plus tôt.

L’objectif de la seconde expédition était beaucoup plus ambitieux, mais je n’ai pas eu l’impression de réaliser un projet aussi grandiose qu’en 1997.  L’Antarctique ne me semble en effet plus aussi dangereuse, mystérieuse que lorsque je l’ai traversée la première fois.  Je me sens désormais assez à l’aise sur ce continent, et je ne ressens plus aujourd’hui, lors de mes expéditions, ce que j’ai pu ressentir lors de ma première expérience en Antarctique avec Alain Hubert. 

(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles

Quels ont été les différences les plus notables – notamment en termes d’équipement, de météo, d’expérience, etc – entre l’expédition de 1997-1998 et celle de 2011-2012 ?

En termes d’équipement, ce sont surtout les moyens de communication qui ont beaucoup évolué.  En 1997, nous communiquions avec le QG à Bruxelles par codes Argos, tandis qu’en 2011, nous pouvions téléphoner et envoyer et recevoir des e-mails régulièrement au QG.  S’agissant de l’équipement vestimentaire, il y a des petites différences.  Les bottines de montagne par exemple étaient très rigides en 1997 alors que ce sont presque des pantoufles aujourd’hui !

En 1997, notre voile de 21 mètres était révolutionnaire.  Nous sommes parvenus à établir des records de vitesse grâce à cette voile.  C’est la première fois qu’une voile de cette dimension était utilisée pour la traction.  En 2011, nous étions davantage habitués à la très grande vitesse que nous pouvons atteindre en utilisant un kite.  Cette vitesse ne nous a donc pas surpris. Mais c’est grace à une nouvelle voile de 50 mètres carrés que nous avons pu ‘tweaker’ notre distance journalière pour arriver a une moyenne de 68 kilomètres par jour.

(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles

Concernant les conditions météo, en 1997 et 2011, c’était le même défi. Le froid et le vent sont toujours là, peu importe les années.   La force du vent peut tout de même varier.  Avec Alain, nous sommes restés bloqués cinq jours sous tente à cause du vent catabatique qui était beaucoup trop fort pour nous permettre d’avancer en sécurité.  Avec Sam, nous avons pu nous éloigner des régions côtières pour ainsi éviter ces vents qui vont de plus en plus vite par gravité.  Nous restions parfois sous la tente, certes, mais c’était au contraire parce qu’il n’y avait pas assez de vent pour la progression en kite.

En 1997, nous avons « marché » sur une distance de 700 kilomètres tandis que nous n’avons pas marché du tout en 2011.  Notre approche de l’expédition était complètement différente.  Lors de la première expé, l’objectif était de traverser le continent coûte que coûte.  Lors de la seconde expé, l’objectif était de parcourir un maximum de kilomètres sur le continent en kite-ski.  Il n’aurait servi à rien de « marcher » un jour sans vent en tractant des traîneaux de 170 kilos pour afficher à la fin de la journée un faible kilométrage parcouru alors qu’il est possible de parcourir 100, 200 kilomètres en kite-ski durant une journée ventée. Cela aurait été une perte d’énergie inutile étant donné l’objectif.  Alors qu’en 1997, chaque kilomètre parcouru était un pas de plus vers l’objectif final.

Avec Sam, nous avons gâché dix jours au début de l’expédition à cause des sastrugis énormes et le vent de face qui ne nous permettait pas d’utiliser les voiles.  L’avion nous a laissés au début de l’expédition dans une zone absolument impraticable parsemée de sastrugis de taille très élevée. Nous tombions sans cesse et progressions peu.  Nous avons dû rappeler l’avion pour établir un nouveau départ d’expédition dans une autre zone.  A vrai dire, c’est pire que de passer cinq jours sous tente à cause du vent catabatique ! Ceci étant, il faut faire avec, ce sont les aléas inhérents à toute expé.

(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles

Comment préparez-vous vos expéditions ?

Il me faut généralement entre deux et quatre ans pour me préparer, le temps d’affiner l’idée, me renseigner, trouver les personnes avec lesquelles je pars, choisir le matériel, définir l’alimentation adéquate, trouver le financement, me préparer physiquement, etc.

Le choix du matériel est essentiel.  Il est nécessaire de consacrer beaucoup de temps au choix du  matériel qui sera le plus résistant au froid tout en devant faire des compromis entre légèreté et solidité.  Et pendant l’expédition, il faut être très vigilant.  Si une pièce se déchire ou casse, il faut la réparer tout de suite et ne rien laisser au lendemain.

Il est important aussi de tester le matériel en conditions réelles.  Pour l’expédition de 2011 par exemple, il me fallait tester mes nouvelles voiles et le traîneau dans un lieu où je puisse retrouver les mêmes conditions qu’en Antarctique, c’est-à-dire de la glace dure comme du béton.  Cela n’existe nulle part ailleurs qu’en Antarctique.  Je suis donc allé tester mon matériel en Antarctique pendant 15 jours, sur la base Novo.  En 1997, nous étions partis nous entraîner deux fois au Groenland et une fois à Resolute Bay au Canada.  Nous ne nous sommes pas rendus compte que les traîneaux n’étaient pas suffisamment solides car la glace n’est pas aussi dure là-bas.  Les traîneaux se sont déchirés dès le début de notre expédition !

J’organise généralement une mini-expé de préparation pour mieux connaître mon partenaire, lorsque c’est une personne avec laquelle je ne suis jamais parti.

Sur le plan physique, je commence mon entraînement 6 à 9 mois avant l’expédition.  Je suis un programme développé par le Comité Olympique belge.  Je travaille mon endurance.  Je ne participe plus à des grandes compétitions d’ultra-trail ou des Ironman.  Pour l’année 2014, j’ai prévu toutefois de participer à l’EcoTrail de Bruxelles.  Je développe, par ailleurs, ma masse musculaire, je fais des exercices de correction de posture, de renforcement du dos.  Ces exercices sont nécessaires pour pouvoir tracter une pulka de 170 kilos.

Je n’ai jamais été contraint de reporter une expédition, peut-être parce que je me prépare bien.

(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles

Avez-vous des regrets, des déceptions, par exemple eu égard aux expéditions que vous n’avez pas pu mener à leur terme comme la traversée de l’Arctique de la Sibérie au Canada que vous avez tentée avec Alain Hubert en 2002 ou bien la traversée en hiver du détroit de Béring aller-retour que vous avez tentée avec Troy Henkels trois ans plus tard ?

Non, je n’ai pas de regret.  On ne vit pas que des succès.  On fait souvent un pas en avant et trois en arrière.  Il faut toujours trouver le point positif de ce que l’on fait, savoir construire sur l’échec, prendre en compte surtout l’expérience, et pas seulement la réussite ou l’échec, et enfin savoir reconnaître ce dernier.

(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles

Quels sont vos projets ?

J’ai pour projet de faire une circumnavigation du Groenland en kite-ski.  J’avais déjà ce projet en tête lors de mon expédition en Antarctique en 2011-2012.  Je vais partir avec un Canadien, Eric Mc Nair Landry, au mois d’avril prochain.

Nous aurons plus de 5000 kilomètres à parcourir en kite-ski que nous espérons couvrir en moins de 100 jours.

J’ai également un autre projet pour 2015.  Avec Alain Hubert, nous avons pour objectif de rallier en kayak le pôle Nord à l’archipel François-Joseph.

(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles

 

 

Régions polaires

Récit de l’expédition Nimrod de Shackleton (1907-1909)


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Au début du 20ème siècle, le pôle Sud constitue un des derniers territoires inconnus de la planète. Charcot et Scott, notamment, ont déjà tenté de rejoindre le pôle Sud mais ont été vaincus par les glaces et le froid.

Rapatrié d’Antarctique en 1903 pour cause de maladie avant la fin de l’expédition Discovery dirigée par Scott, à laquelle il participe en qualité de sous-officier, Ernest Shackleton se languit de l’immense continent de glace de neige.

“les régions polaires laissent en effet sur ceux qui y ont affronté les pires épreuves une empreinte dont les hommes qui n’ont jamais quitté le monde civilisé peuvent difficilement s’expliquer la puissance” Shackleton

Il commence alors à concevoir un plan d’expédition en Antarctique et à rechercher des financements possibles. L’objectif : atteindre pour la première fois le pôle Sud.

Le 12 février 1907, Shackleton annonce son projet à la Royal Geographical Society. Le départ d’Angleterre est prévu à l’été 1907.

Retour sur l’expédition Nimrod d’Ernest Shackleton – By Endurance We Conquer

Expe Nimrod Récit d'expe

Objectifs et moyens

L’objectif principal est d’atteindre pour la première fois le pôle Sud. Le plan initial de Shackleton est d’utiliser à nouveau l’ancien camp de base de l’expédition Discovery vers le détroit de McMurdo et à partir de là, de tenter d’atteindre le pôle Sud géographique et le pôle Sud magnétique.

Shackleton prévoit d’utiliser des chiens de traîneaux, des poneys et un véhicule motorisé. L’emploi de poneys et d’un tel véhicule sont alors inédits dans l’Antarctique.

Expe Nimrod Poney de Mandchourie

Expe Nimrod - Automobile Nimrod

Pour se rendre en Antarctique depuis l’Angleterre, Shackleton souhaite initialement acquérir un navire polaire de 700 tonnes, le Bjorn, idéal en tant que navire d’expédition. Il doit finalement se contenter d’un navire moins cher, plus âgé et beaucoup plus petit, le Nimrod – qui donne son nom à l’expédition.

Expe Nimrod - Timbre

Outre la quarantaine de membres d’équipage du Nimrod, Shackleton peut compter sur une équipe de 14 explorateurs et scientifiques, dont deux officiers, Frank Wild et Ernest Joyce, qui ont déjà participé à l’expedition Discovery. Le commandant en second de Shackleton est Jameson Boyd Adams, lieutenant réserviste de la marine britannique, qui endosse également le rôle de météorologue de l’expédition. C’est donc un contingent de 15 hommes qui doivent être débarqués en Antarctique en janvier 1908 pour mener à bien l’expédition Nimrod : les membres de l’expédition doivent tout d’abord passer l’hiver dans un camp de base en Antarctique avant de pouvoir se lancer à l’assaut du pôle Sud durant l’été polaire – à partir d’octobre.

Expe Nimrod Equipe

Le coût de l’expédition est estimé à hauteur de £30 000, soit l’équivalent d’environ 1.700.000 euros en valeur actuelle (le coût de l’expédition sera finalement de l’ordre de £45 000). Son employeur – Beardmore – lui apporte un premier soutien financier essentiel à la mise en route de l’expédition, notamment pour l’acquisition du Nimrod. En juillet 1907, à quelques jours du départ, Shackleton n’a toutefois pas obtenu suffisamment de soutien financier et n’a pas les fonds pour achever la consolidation et le réaménagement du navire. Il parvient néanmoins à trouver quelques soutiens complémentaires (dont Edward Guinness de la famille du brasseur Guinness, qui accepte de garantir la somme de £2 000, et Sir Philip Brocklehurst qui apporte également une contribution de £2 000 et participe à l’expédition).

Shackleton a recours à un emprunt de £20 000, et espère que son livre sur l’expédition et ses conférences pourront lui permettre de rembourser cet emprunt au retour de l’expédition.

Expe Nimrod Shackleton-Conference South Pole

L’expédition

Le Nimrod est en état de naviguer pour mettre le cap au sud, après son inspection le 11 août 1907 par le roi Édouard VII.

Le Nimrod quitte donc les eaux britanniques en août 1907. Shackelton et la plupart des membres de l’expédition se retrouvent en Nouvelle-Zélande, prêts pour le départ du navire vers l’Antarctique le 31 décembre 1907.

Expe Nimrod Départ de Lyttelton

Afin d’économiser le carburant, le Nimrod est remorqué pendant quinze jours vers le cercle Antarctique, sur une distance d’environ 2 750 kms, par un remorqueur (le Koonya). Lorsqu’apparaissent les premiers icebergs, le Nimrod pénètre par ses propres moyens dans le pack.

La barrière de glace est repérée le 23 janvier, mais la crique où Shackleton avait prévu d’hiverner (repérée lors de l’expédition Discovery) a disparu, les contours de la barrière ayant sensiblement changé au fil des années.

Le 25 janvier, Shackleton donne alors l’ordre de naviguer dans le détroit de McMurdo, mais le pack empêche le Nimrod de progresser vers le sud jusqu’à l’ancienne base de l’expédition Discovery.

Le 3 février, Shackleton décide de ne pas attendre la débâcle, et d’établir son quartier-général à l’endroit approprié le plus proche, le cap Royds.

Expe Nimrod - le Nimrod

Le navire y est amarré et commence alors le débarquement de l’équipement et la construction du camp de base où les membres de l’expédition passeront l’hiver avant d’entreprendre l’expédition vers le pôle Sud. Le déchargement est  achevé le 22 février et le Nimrod repart alors vers le nord, laissant les quinze membres de l’expédition seuls sur le grand continent blanc.

Après le départ du Nimrod, Shackleton décide de tenter l’ascension du mont Erebus.

Ce volcan actif culminant à 3 794 mètres de haut n’a jamais été gravi et est le plus imposant de l’île de Ross. L’ascension commence le 5 mars et le sommet est atteint le 9 mars. Plusieurs relevés météorologiques sont effectués et de nombreux échantillons de roches sont collectés.

Tous se préparent alors à passer l’hiver – la nuit polaire de mai à septembre – dans l’abri fabriqué à cet effet : une structure préfabriquée de 60m2 environ, composée d’une série de cabines de deux personnes, avec un coin cuisine, une chambre noire, un espace de stockage et un laboratoire. Les poneys sont logés dans des étables construites sur le côté le moins exposé aux vents, tandis que les chenils sont placés près du porche de l’abri.

L’organisation de groupe de Shackleton abolit toute distinction sociale et tous vivent, travaillent et mangent ensemble. Le moral est bon !

Expe Nimrod - Camp d'hivernage 2

Expe Nimrod - Refuge Cap Royd préparation des lit

Au cours des mois d’hiver et d’obscurité, les membres de l’expédition préparent les expéditions de la saison suivante, à la fois vers le pôle Sud géographique et le pôle Sud magnétique. Les perspectives pour l’expédition au pôle Sud s’obscurcissent toutefois au cours de l’hiver, après la mort de quatre des huit poneys de Mandchourie.

Shackleton limite en conséquence à quatre le nombre de membres de l’expédition vers le pôle Sud, car il mise sur les poneys plutôt que sur les chiens pour cette expédition : ce sont  Marshall, Adams et Wild qui accompagneront Shackleton dans sa quête du pôle Sud. Le véhicule à moteur est laissé de côté car il ne peut pas affronter les différentes surfaces de la barrière.

Expe Nimrod Wild, Shackleton, Marshall, Adams.

La marche commence le 29 octobre 1908. Shackleton estime la distance aller-retour au pôle à 2 765 kms. Son plan initial prévoit un voyage complet en 91 jours, avec une distance moyenne journalière parcourue d’environ 31 kms. Les conditions météorologiques ralentissent toutefois le début de la progression vers le pôle Sud et Shackleton doit réduire la quantité de nourriture quotidienne pour rallonger la durée de voyage possible à 110 jours.

Le 26 novembre, un nouveau record est enregistré à 82°17′, soit un peu plus que le record de Robert Falcon Scott de décembre 1902.

Au fur et à mesure que le groupe progresse vers le pôle Sud, la surface de la barrière devient de plus en plus chaotique, et l’expédition ne peut rapidement s’appuyer que sur un seul poney – les trois autres ayant succombé aux conditions climatiques.

L’expédition progresse sur un glacier baptisé par Shackleton du nom de Beardmore en hommage au principal mécène de l’expédition (il s’agit d’un des plus grands glaciers du monde avec une longueur de plus de 160 kms).

Le 7 décembre, le dernier poney disparait dans une crevasse profonde, manquant d’entraîner Wild avec lui. Heureusement pour les hommes, le harnais du poney casse, et le traîneau contenant les provisions n’est pas perdu. Les quatre membres de l’expédition doivent toutefois désormais tirer eux-mêmes tous les traineaux.

Expe Nimrod Départ pour le pôle

Les membres de l’expédition atteignent 85°51’S le jour de Noël. Il leur reste environ 470 kms à parcourir jusqu’au pôle. Ils ont désormais à peine un mois de nourriture après avoir réservé le nécessaire dans les dépôts du retour. Shackleton décide de continuer en réduisant à nouveau les rations alimentaires et en se délestant de tout le matériel non essentiel.

L’ascension du glacier Beardmore est achevée le lendemain de Noël et la marche sur le plateau Antarctique commence. Le 1er janvier, le groupe atteint 87°6½’S, battant ainsi les records de latitudes polaires Nord et Sud atteints alors.

Le 4 janvier, Shackleton doit toutefois admettre qu’il ne pourra pas atteindre le pôle Sud et revoit son objectif pour réaliser symboliquement la marque de moins de 100 milles (187 kms) du pôle Sud. L’équipe lutte à la limite de la survie et atteint la latitude de 88°23’S le 9 janvier 1909, à 97 milles du pôle Sud. L’Union Jack est planté, et Shackleton baptise le plateau antarctique d’après Édouard VII du Royaume-Uni.

Expe Nimrod Farthest South

L’équipe est donc contrainte de faire demi-tour, après 73 jours de marche.

« I thought you’d rather have a live donkey than a dead lion » Extrait d’une lettre de Shackleton à sa femme Emily

Commence alors une nouvelle course contre la montre : les rations ont été réduites à plusieurs reprises pour étendre la durée du trajet au-delà des 110 jours estimés à l’origine et, surtout, Shackleton vise maintenant un retour au point de départ avant le 1er mars, date à laquelle selon ses ordres laissés avant le départ vers le pôle Sud, le Nimrod doit repartir vers le nord.

Les membres de l’équipe sont très éprouvés physiquement. Ils atteignent le glacier Beardmore le 20 janvier et en commencent sa descente. Il leur reste cinq jours de nourriture à raison d’une moitié de ration jusqu’au dépôt du bas du glacier alors que l’ascension aller avait pris douze jours. « Nous sommes tellement maigres que nos os souffrent lorsque nous nous allongeons sur la neige dure » écrit Shackleton.

Ils parviennent toutefois à rejoindre les différents dépôts de vivres installés à l’aller. Les soucis alimentaires disparus, ils ne sont cependant pas encore sûrs de revenir au Cap Royd avant la date limite. Le 27 février, alors qu’ils sont encore à 55 kms de la base, Marshall s’effondre de fatigue. Shackleton décide de partir avec Wild vers Cap Royd avec l’espoir de trouver le navire et de le retenir jusqu’à ce que les deux autres explorateurs soient sauvés. Ils atteignent Cap Royd le 28 février en soirée. Adams et Marshall sont ramenés trois jours plus tard, et le 4 mars toute l’équipe est à bord du navire, Shackleton ordonnant un départ à toute vapeur vers le nord.

Bilan

L’expédition est un succès.  Même si le pôle Sud n’est pas atteint, Ernest Shackleton atteint le point le plus au sud, à moins de 200 kms du pôle (88°23’S). C’est également de loin le plus long voyage polaire effectué vers le sud à cette date.

Expe Nimrod Trajet de l'expédition Nimrod

Au cours de l’expédition, un groupe dirigé par Edgeworth David atteint également l’endroit approximatif du pôle Sud magnétique et effectue la première ascension du mont Erebus, sur l’île de Ross.

Trois ans plus tard, l’expédition Amundsen puis l’expédition Terra Nova de Scott atteindront le pôle Sud.

Shackleton aura alors pour ambition d’effectuer une traversée transcontinentale de l’Antarctique, qu’il tentera sans succès lors de l’expédition Endurance (1914-1917), mais qui fera définitivement de lui un des principaux explorateurs de l’Antarctique.

« Sir Ernest Shackleton sera toujours le nom écrit dans les annales de l’exploration en Antarctique en lettres de feu » Roald Amundsen

Expe Nimrod Ernest Shackleton

Entretien avec...

Entretien avec Eve Leroy – Plongée sous les icebergs du Groenland


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 “Go as far as you can see, when you get there you’ll be able to see farther” Thomas Carlyle

Rares sont ceux qui ont déjà plongé dans les eaux glaciales du Groenland, à plus forte raison sur la côte Est, la plus sauvage et la plus hostile. C’est le défi qu’ont brillamment réussi en juillet dernier quatre athlètes handisport du Club Sportif Bourgoin-Jallieu, Eve Leroy, Didier Coront, Bernard Jaillet et Rudi Vandenabbeele, partis explorer pendant une dizaine de jours les icebergs du fjord Sermelik. Un rêve qui pouvait sembler fou.  Un rêve dont ils ont fait leur réalité.  Un succès de plus pour ce club qui n’a de cesse de voir toujours plus haut, toujours plus loin. 

Nous avons rencontré la féminine de l’expédition, Eve Leroy, 26 ans.  Des projets, Eve en a toujours beaucoup.  Et, elle n’est pas du genre à se laisser impressionner, alors quand son club lui a proposé de partir plonger au Groenland, elle n’a pas hésité une seconde pour accepter de faire partie de l’équipe.  

Un défi physique pour cette jeune aventurière, un défi humain pour elle qui veut prouver qu’en équipe l’impossible n’existe pas, un défi sur-mesure pour cette passionnée de grands espaces en troisième année de doctorat sur les changements climatiques en montagne.

Rencontre avec une femme sportive, extrêmement déterminée, à l’énergie débordante, rencontre avec une athlète au grand cœur, rencontre avec Eve Leroy.LDG 6

Comment est né votre projet d’aller plonger au Groenland ?

Maryse Maulin, membre du comité directeur du Club Sportif Handisport de Bourgoin-Jallieu, est à l’initiative de ce beau projet.  Elle a rencontré Vincent Dufour, guide polaire, lors d’une expédition en Islande.  Elle a appris qu’il allait plonger sous glace au Groenland durant l’été 2012.  Elle a immédiatement pensé que ce serait un beau challenge que les athlètes du club pourraient tenter de relever. Elle nous a toujours poussés à nous dépasser, à viser plus haut, à faire beaucoup de sport, à relever des défis fous. L’idée a continué de mûrir dans sa tête à son retour d’Islande. Elle en a parlé d’abord à Rudi Vandenabbeele, l’un des fondateurs du club, et actuellement trésorier, afin de déterminer avec lui une liste de quatre personnes dont une féminine qui pourraient relever un tel défi. Rudi m’a contactée.  J’ai dit oui tout de suite sans aucune hésitation. Une fois l’équipe constituée, en novembre 2012, elle a recontacté Vincent pour lui indiquer que quatre athlètes du club souhaitaient partir plonger avec lui au Groenland durant l’été 2013. Etant donné la très forte motivation de Maryse, Vincent a accepté de repartir une seconde fois sous les glaces du Groenland pour encadrer quatre athlètes du club handisport. Le projet était lancé. En neuf mois seulement, Maryse a accompli un boulot énorme pour trouver l’intégralité du financement et le matériel.

LDG 5

Comment vous êtes-vous entraînés pour affronter les eaux froides du Groenland ?

Nous avions déjà, tous les quatre, une expérience de la plongée, certes plus ou moins importante, et plus ou moins lointaine.  J’ai été membre d’un club de plongée pendant plusieurs années.  Cela nous a aidés à appréhender les premières séances en piscine.

Autant le projet était un peu fou, autant notre plan d’entraînement était très rigoureux pour limiter les risques.  Nous avions des paliers à passer à chaque séance.  Si l’un d’entre nous n’avait pas validé chaque palier, il ne serait pas parti au Groenland.

LDG 11

Nous avons fait des entraînements en piscine, deux ou trois en combinaison classique, puis quelques uns en combinaison étanche.  La plongée en combinaison étanche est plus difficile car l’air circule dans la combi ce qui a tendance à nous déséquilibrer.

Nous avons ensuite fait trois entraînements en milieu naturel, qui ont nécessité un support logistique beaucoup plus important.  Nous avons fait deux entraînements au lac du Bourget dans une eau entre 6°C et 10°C.  Et nous avons fait un ultime entraînement sous le glacier de l’Etendard à Saint-Sorlin-d’Arves dans les Sybelles dans une eau entre 2°C et 3°C.  La température de l’eau au Groenland est de -1°C.  Les personnes qui travaillent dans le domaine nous ont aidés, elles ont mis beaucoup de matériel à notre disposition, les télésièges, les dameuses.  La météo était exécrable ce jour-là, il y avait un fort blizzard, de la pluie puis de la neige.  C’était parfait car nous voulions être confrontés au froid ! J’ai eu très froid pendant les cinq premières minutes de plongée. J’ai ressenti une forte barre au front, comme un choc thermique.  Je crois que ce sont mes sinus qui se sont rétractés.  C’était assez douloureux.  C’est dû à l’espace qu’il y avait entre ma cagoule et mon masque.  J’ai eu peur que la même chose m’arrive au Groenland.  Je me suis donc procurée une cagoule une peu plus grande.  J’appréhendais un peu le moment où je me mettrais à l’eau.  Finalement, ça s’est très bien passé.

Suite à l’entraînement dans les Sybelles, le médecin nous a confirmé que nous étions prêts pour affronter les eaux froides du Groenland.

LDG 10Les entraînements nous ont permis d’acquérir une bonne aisance et travailler notre stabilité, de nous habituer à la plongée en eau froide et sous la glace et d’ajuster notre équipement en fonction des besoins de chacun.  Nous avons par exemple rajouté des sangles de serrage pour réduire la quantité d’air qui circulait dans la combi au niveau des membres inférieurs. 

Nous avons aussi lesté nos membres inférieurs qui ont naturellement tendance à remonter vers la surface.

Nous avons également mis dans nos combis au niveau des pieds des semelles chauffantes, qu’on utilise généralement pour les sports d’hiver.  Nous avions les pieds chauds en sortant de l’eau ! Grâce aux entraînements, je me suis également rendue compte qu’il valait mieux que je tombe dans l’eau depuis le bateau la tête en avant plutôt qu’en arrière comme on le fait habituellement car cela me permet ensuite de me redresser plus facilement.

Qui étaient les autres membres de l’expédition ?

Nous étions douze au total.

Sébastien Royer et Vincent Dufour (Grand Nord Grand Large) étaient nos guides polaires.

Trois bénévoles nous ont accompagnés, Albino Ramahlo et Jean-Luc Siméon qui nous aidaient pour les tâches du quotidien – le portage du matériel, la cuisine, l’enfilement des combinaisons, etc – et Jean-Claude Sulpice, le médecin.  Ils ont fait un boulot énorme.  Leur aide a été remarquable.  Sans eux, l’expédition n’aurait pas pu avoir lieu. Je pense qu’ils sont rentrés en France plus fatigués que les plongeurs.  On ne peut pas seulement retenir que quatre handisports ont plongé au Groenland.  C’est véritablement un travail d’équipe.

Maryse, à l’origine de ce projet, nous a naturellement accompagnés au Groenland.

Deux caméramans, Patrick Marchand et Guillaume Allaire, ont fait aussi partie du groupe pour ramener des images à couper le souffle.  Ils montent actuellement un film documentaire d’une trentaine de minutes sur l’expédition. Il sera diffusé à la télévision ou dans les festivals.

A chaque fois, j’ai plongé avec Sébastien, le chef plongeur de l’expédition, ainsi que les deux caméramans.  Ils prenaient des images mais n’intervenaient pas dans le choix du lieu de plongée.

Qu’avez-vous ressenti en arrivant au Groenland ?   

C’est la première fois que je voyais des icebergs, la banquise.  Je les ai vus dès mon arrivée à l’aéroport de Kulusuk.  J’avais l’impression d’être dans un reportage de Thalassa ! Je trouvais surréaliste, dingue d’être au milieu de ce décor. Nous étions seuls à contempler le paysage, aucun autre touriste à côté de nous ! C’est un moment absolument unique.

LDG 8La luminosité est très particulière au Groenland. Il n’y pas de pollution. L’eau du fjord est bleue sombre et constraste avec le blanc pur des icebergs.  La présence des glaciers nous donne l’impression d’être dans les Alpes entourés de montagnes de 4000 mètres.  Or, c’est très troublant car il y a l’eau juste à côté !

Je savais que nous étions privilégiés d’être là et de voir ce que nous allions voir. Les plongées allaient être magiques.  Dans un environnement qui n’est pas celui de l’homme.  Physiquement, nous ne sommes pas faits pour plonger à ces températures.

Pourriez-vous nous raconter vos plongées ?

Durant notre expédition, nous avons fait chacun une plongée depuis le bord et deux plongées depuis le bateau.  Elles se sont très bien passées.

La météo était top, un beau soleil et une température de 6°C environ.  Nous avons eu de la chance. Il y a eu du mauvais temps le dernier jour quand nous avons quitté le Groenland.  Nous avons pris conscience que les plongées n’auraient pas été aussi sympa dans de telles conditions. Loin de là !

Je me suis sentie très bien dans l’eau. Je n’ai pas eu froid.  Nous n’avons jamais été focalisés sur le froid, la température.  Je crois que le corps s’habitue.  Nous avions prévu des duvets et des chaufferettes pour la sortie de l’eau mais ils n’ont pas été utiles.  Nous pensions initialement que nous pourrions rester seulement 15 minutes dans l’eau. En réalité, nous avons pu faire des plongées d’une durée de 20 à 30 minutes.

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A 5 ou 10 mètres de profondeur, l’eau douce des icebergs se mélange à l’eau salée ce qui provoque comme des mirages.  Le plongeur qui est à 50 centimètres ou 1 mètre à côté de nous apparaît flou.  Il faut descendre plus bas pour retrouver une vue nette. Quand on regarde vers le bas, c’est le noir abyssal. Il y a une profondeur de 1100 mètres. Les icebergs sont des falaises de glace blanches, bleutées, claires, sculpturales, irrégulières avec des pentes abruptes, des trous.  De loin, on pourrait croire que ce sont des falaises de roches à la taille infinie.  C’est magnifique.  Quand on approche, on voit les détails, les fissures.  Lors d’une plongée, je me suis accrochée à un piton de glace, un morceau de glace s’est détaché, il m’a échappé des mains, et au lieu de tomber vers le fond comme je l’aurais l’imaginer du fait de la comparaison avec une roche, il est remonté à la surface, c’était très étonnant.

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Un iceberg s’est retourné pendant votre dernière plongée. Pouvez-vous nous raconter comment vous avez vécu ce moment ?

C’est un moment qui a fait paniquer les personnes qui nous attendaient sur le bateau car elles ne savaient pas où nous étions.

Je profitais un maximum de ma plongée car je savais que c’était la dernière.  Sébastien m’a fait signe d’aller dans une direction pour remonter tranquillement. J’entends alors un bruit sourd, une détonation. J’ai eu le reflexe de regarder au-dessus mais pas en dessous.  J’ai fait beaucoup d’escalade par le passé, je suis habituée à ce que le danger vienne plutôt du dessus.  J’entends alors un deuxième bruit sourd.  Sébastien me regarde, je vois dans ses yeux que quelque chose de potentiellement grave est en train de se passer, il cherche du regard vers le bas pour essayer de voir d’où vient le bruit, et il m’empoigne fermement par le gilet stabilisateur. J’ai entendu ensuite d’autres détonations, quatre, cinq, plus éloignées.  Nous sommes remontés tranquillement.

Nous avons eu de la chance.  C’est un iceberg mitoyen, à 80 mètres du site où nous plongions, qui s’est renversé.  Un bloc gros comme un immeuble de trois étages.  Si un plongeur se trouve à côté d’un iceberg qui se renverse, deux scénarios tout aussi catastrophiques l’un que l’autre peuvent se produire, soit la masse de glace tombe sur le plongeur et l’écrase dans les fonds abyssaux, soit l’iceberg tombe de l’autre côté et le plongeur peut être pris dans le vortex d’eau tourbillonante, arrachant ainsi ses masque et bouteille et l’entraînant trop rapidement vers  le fond du fjord.

En règle générale, il faut choisir de plonger près d’icebergs stables, pas trop échancrés.  Après l’incident, nous avons regardé à nouveau la photo de l’iceberg avant son renversement, il était plat ! Comme quoi, nous avons vraiment eu de la chance car nous aurions pu plonger le long de cet iceberg, rien ne laissait penser qu’il allait se renverser.

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Avez-vous été en contact avec les communautés Inuit ?

On m’avait dit que nous n’aurions pas trop de contacts avec les Inuits car ils se désintéressent des touristes ou des aventuriers.  Pendant les six jours où nous sommes restés au Groenland, nous avons vécu dans la maison communale du village de Tinitéquilaaq, une maison où les habitants du village viennent prendre leur café, consulter Internet, prendre une douche.  Ils ne nous ont pas beaucoup parlé mais à force de toujours dire bonjour et de jouer avec les enfants une interaction s’est créée. Un des membres de notre équipe, Jean-Luc, a joué deux fois au jeu traditionnel local, un mélange de balle au prisonnier et de baseball, avec les membres du village. Nous l’encouragions depuis le balcon en échangeant des rires avec les autres spectateurs. C’étaient des très bons moments. Le dernier jour, nous avons partagé quelques produits locaux que nous avions ramenés de France. Nous avons essayé de faire comprendre aux Inuits – qui ne parlaient pas anglais – que nous souhaitions organiser un goûter auquel ils étaient tous conviés. Tout le village est venu. Cela a été une vraie réussite qui reste un temps fort de cette expédition.

Quel est le bilan que vous faites de l’expédition ?

Au-delà du défi sportif, c’était un défi humain. Il y a eu une très bonne cohésion d’équipe.  Nous avions un objectif commun, nous y sommes parvenus grâce au groupe. Nous n’avions pas pour but de réaliser un exploit pour nous mettre en avant individuellement et dire que, même en étant handicapés, nous y sommes arrivés.  Nous voulions relever ce défi pour pouvoir démontrer qu’avec un groupe uni dans lequel tout le monde s’entraide, rien n’est impossible.

Je suis actuellement en troisième année de doctorat sur les changements climatiques en montagne.  Cette expédition me permet de démontrer aussi, qu’avec une équipe motivée, qui a la volonté de partager, on peut arriver à se déplacer sur des terrains de premier abord inadaptés et inadaptables au handicap. C’est le cas du milieu montagnard. Si je devais absolument installer des sondes sur le terrain moi-même, cela serait possible avec un minimum de logistique bien sûr.

Notre seul regret ? Ne pas avoir vu d’animaux… Les phoques étaient malheureusement dans le fjord d’à côté. Il y avait encore trop de pack dérivant pour que les baleines s’approchent de la côte.  Nous n’avons vu que des chiens de traîneaux, attachés tout au long de la journée, nourris tous les trois jours et hurlants à la mort. Jean-Luc notre chef cuistot de la bande regrette aussi de ne pas avoir goûté du phoque, le plat typique local, mais ce regret n’est pas partagé par tous !

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Quels sont vos projets ?

Quand nous sommes rentrés du Groenland, nous nous sommes demandés ce que nous allions faire après !

Nous avons beaucoup de projets avec le club.  Certains se préparent actuellement pour les Jeux Olympiques de Rio.

Nous avions également évoqué un road trip en handbike en Islande mais pour l’instant ça reste dans un coin de la tête.

Cela fait cinq ans que je suis dans ce club.  J’aime ce club car il prépare à la compétition, aux Jeux Olympiques, aux mondiaux mais pas que.  Et il y a un très bon esprit, une très bonne entente entre les membres. Ce n’est pas parce qu’un athlète a été bien classé aux JO qu’il ne va pas aider les nouveaux qui apprennent la discipline ou qui en font seulement en loisir. C’est important de garder la notion de plaisir et de loisir même dans un club de très haut niveau.

Je me suis mis au handbike cette année pour accompagner Didier, Rudi et Bernard. J’étais seulement licenciée en athlétisme auparavant. Je m’entraine en général quatre fois par semaine, à raison d’une demi-heure à une heure à chaque fois. J’alterne athlétisme, natation et handbike en fonction de l’envie. Depuis le début de cette année scolaire, je m’entraîne moins, plutôt une ou deux fois par semaine, à cause de mon doctorat qui me prend beaucoup de temps.  Le sport est avant tout un loisir pour moi, contrairement à Didier par exemple, qui s’entraîne de façon assidue pour les JO. J’espère tout de même pouvoir participer en mai prochain à la 19ème édition du Raid Grenoble INP organisé par six écoles d’ingénieurs de Grenoble et Valence. Le Prologue, une épreuve qualificative de 35 kilomètres en forêt, aura lieu en mars.