Mois : janvier 2014

Entretien avec...

Entretien avec Dixie Dansercoer – Beyond The Challenge


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 « Je ne voulais pas d’un cocon.  Je voulais construire quelque chose de nouveau.  Je ne voulais pas simplement gérer quelque chose qui existait, je voulais inventer.  S’il fallait que je me brûle les ailes, qu’il en soit ainsi.  Mais il devait bien exister un rêve digne d’être poursuivi, avec son lot de joies et d’excitation. » Not fade away : a short life well lived, Laurence Shames et Peter Barton.

En 1997-1998, il traverse l’Antarctique de la Terre Reine Maud à Mc Murdo via le pôle Sud, en ski et kite-ski, avec l’explorateur belge Alain Hubert.  L’expédition est difficile : traîneaux déchirés, côtes fracturées, rationnement, marche forcée pour atteindre Mc Murdo avant que les derniers brise-glaces et avions de la saison ne quittent le continent.  Il est alors traducteur, ultra-trailer, triathlète, alpiniste. Il a 35 ans, il ne le sait pas encore mais il va devenir l’un des plus grands explorateurs polaires de notre époque.  Il est belge, il s’appelle Dixie Dansercoer.

Après différentes expériences, il traverse, en 2007, avec Alain Hubert, l’océan Arctique du Cap Arktishewski en Sibérie jusqu’au Groenland en passant par le pôle Nord, soit 1800 kilomètres en 106 jours.

La même année, en commémoration de l’expédition de la Belgica dirigée par Adrien de Gerlache 110 ans plus tôt, il est le chef d’une expédition en voilier en péninsule Antarctique.

En 2011-2012, il bat le record du monde de la plus longue distance parcourue en Antarctique en kite-ski – soit plus de 5000 kilomètres – en autonomie totale, avec Sam Deltour, rencontré huit ans plus tôt lors d’une compétition d’ultra-trail en Suisse.  Les voiles de traction, le moyen favori de déplacement pour cet ancien champion de kitesurf.

Une vie atypique donc, faite d’exploits, d’engagement et de passion, une réussite qu’il doit aussi au soutien attentionné et indéfectible de son épouse, Julie Brown.

Rencontre avec un homme sans cesse à la recherche de nouveaux défis, un explorateur qui transforme chacune de ses aventures en une quête toujours plus profonde de soi, rencontre avec Dixie Dansercoer.

(c)Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c)Dixie Dansercoer/Polar Circles

Pourquoi êtes-vous devenu explorateur polaire ?

J’ai eu un coup de foudre pour les régions polaires lors de ma première expédition dans ces régions :  une traversée du Groenland, soit 700 kilomètres, en kite-ski. J’avais 33 ans.  J’étais fasciné par la calotte, la monotonie, le silence, les grands espaces, l’infini, des choses qu’on ne voit pas au quotidien.

J’ai traversé le Groenland avec Alain Hubert qui était déjà un aventurier polaire expérimenté.  J’ai beaucoup appris à son contact.  Cette rencontre a aussi été décisive pour mon avenir.

Enfant et adolescent, j’étais très curieux, j’aimais beaucoup le sport, les voyages, mais je n’avais pas d’ambition spécifique.  Je ne pensais ni ne voulais devenir explorateur polaire.

J’ai rencontré beaucoup d’aventuriers qui ont lu de nombreux récits d’exploration polaire lorsqu’ils étaient jeunes.  Il se sont passionnés de l’histoire des explorateurs du début du 20ème siècle avant même de mettre un pied dans les régions polaires. Pour ma part, c’était plutôt une suite logique de mes passages en montagne avec la grimpe et de multiples sommets. La neige et la glace m’avaient déjà montré leur beauté et mon expérience au Groenland m’a donné envie d’explorer davantage ces contrées.

(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles

Quelle expédition en Antarctique avez-vous préférée ? Celle de 1997-1998 ou bien celle de 2011- 2012 ?

Les deux expériences sont uniques, mais la première expédition a été particulièrement marquante pour moi.  De nombreux médias nous ont suivis car il n’y avait pas eu alors beaucoup de  traversées de l’Antarctique de cette envergure.  J’étais jeune, je n’avais pas la même expérience qu’aujourd’hui, l’expédition me paraissait donc beaucoup plus impressionnante et j’ai beaucoup appris aux côtés d’Alain Hubert.  Les rôles ont été inversés en 2011 : j’assumais le rôle de chef d’expédition et Sam, 25 ans, s’est trouvé dans la situation que j’avais pu connaître quinze ans plus tôt.

L’objectif de la seconde expédition était beaucoup plus ambitieux, mais je n’ai pas eu l’impression de réaliser un projet aussi grandiose qu’en 1997.  L’Antarctique ne me semble en effet plus aussi dangereuse, mystérieuse que lorsque je l’ai traversée la première fois.  Je me sens désormais assez à l’aise sur ce continent, et je ne ressens plus aujourd’hui, lors de mes expéditions, ce que j’ai pu ressentir lors de ma première expérience en Antarctique avec Alain Hubert. 

(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles

Quels ont été les différences les plus notables – notamment en termes d’équipement, de météo, d’expérience, etc – entre l’expédition de 1997-1998 et celle de 2011-2012 ?

En termes d’équipement, ce sont surtout les moyens de communication qui ont beaucoup évolué.  En 1997, nous communiquions avec le QG à Bruxelles par codes Argos, tandis qu’en 2011, nous pouvions téléphoner et envoyer et recevoir des e-mails régulièrement au QG.  S’agissant de l’équipement vestimentaire, il y a des petites différences.  Les bottines de montagne par exemple étaient très rigides en 1997 alors que ce sont presque des pantoufles aujourd’hui !

En 1997, notre voile de 21 mètres était révolutionnaire.  Nous sommes parvenus à établir des records de vitesse grâce à cette voile.  C’est la première fois qu’une voile de cette dimension était utilisée pour la traction.  En 2011, nous étions davantage habitués à la très grande vitesse que nous pouvons atteindre en utilisant un kite.  Cette vitesse ne nous a donc pas surpris. Mais c’est grace à une nouvelle voile de 50 mètres carrés que nous avons pu ‘tweaker’ notre distance journalière pour arriver a une moyenne de 68 kilomètres par jour.

(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles

Concernant les conditions météo, en 1997 et 2011, c’était le même défi. Le froid et le vent sont toujours là, peu importe les années.   La force du vent peut tout de même varier.  Avec Alain, nous sommes restés bloqués cinq jours sous tente à cause du vent catabatique qui était beaucoup trop fort pour nous permettre d’avancer en sécurité.  Avec Sam, nous avons pu nous éloigner des régions côtières pour ainsi éviter ces vents qui vont de plus en plus vite par gravité.  Nous restions parfois sous la tente, certes, mais c’était au contraire parce qu’il n’y avait pas assez de vent pour la progression en kite.

En 1997, nous avons « marché » sur une distance de 700 kilomètres tandis que nous n’avons pas marché du tout en 2011.  Notre approche de l’expédition était complètement différente.  Lors de la première expé, l’objectif était de traverser le continent coûte que coûte.  Lors de la seconde expé, l’objectif était de parcourir un maximum de kilomètres sur le continent en kite-ski.  Il n’aurait servi à rien de « marcher » un jour sans vent en tractant des traîneaux de 170 kilos pour afficher à la fin de la journée un faible kilométrage parcouru alors qu’il est possible de parcourir 100, 200 kilomètres en kite-ski durant une journée ventée. Cela aurait été une perte d’énergie inutile étant donné l’objectif.  Alors qu’en 1997, chaque kilomètre parcouru était un pas de plus vers l’objectif final.

Avec Sam, nous avons gâché dix jours au début de l’expédition à cause des sastrugis énormes et le vent de face qui ne nous permettait pas d’utiliser les voiles.  L’avion nous a laissés au début de l’expédition dans une zone absolument impraticable parsemée de sastrugis de taille très élevée. Nous tombions sans cesse et progressions peu.  Nous avons dû rappeler l’avion pour établir un nouveau départ d’expédition dans une autre zone.  A vrai dire, c’est pire que de passer cinq jours sous tente à cause du vent catabatique ! Ceci étant, il faut faire avec, ce sont les aléas inhérents à toute expé.

(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles

Comment préparez-vous vos expéditions ?

Il me faut généralement entre deux et quatre ans pour me préparer, le temps d’affiner l’idée, me renseigner, trouver les personnes avec lesquelles je pars, choisir le matériel, définir l’alimentation adéquate, trouver le financement, me préparer physiquement, etc.

Le choix du matériel est essentiel.  Il est nécessaire de consacrer beaucoup de temps au choix du  matériel qui sera le plus résistant au froid tout en devant faire des compromis entre légèreté et solidité.  Et pendant l’expédition, il faut être très vigilant.  Si une pièce se déchire ou casse, il faut la réparer tout de suite et ne rien laisser au lendemain.

Il est important aussi de tester le matériel en conditions réelles.  Pour l’expédition de 2011 par exemple, il me fallait tester mes nouvelles voiles et le traîneau dans un lieu où je puisse retrouver les mêmes conditions qu’en Antarctique, c’est-à-dire de la glace dure comme du béton.  Cela n’existe nulle part ailleurs qu’en Antarctique.  Je suis donc allé tester mon matériel en Antarctique pendant 15 jours, sur la base Novo.  En 1997, nous étions partis nous entraîner deux fois au Groenland et une fois à Resolute Bay au Canada.  Nous ne nous sommes pas rendus compte que les traîneaux n’étaient pas suffisamment solides car la glace n’est pas aussi dure là-bas.  Les traîneaux se sont déchirés dès le début de notre expédition !

J’organise généralement une mini-expé de préparation pour mieux connaître mon partenaire, lorsque c’est une personne avec laquelle je ne suis jamais parti.

Sur le plan physique, je commence mon entraînement 6 à 9 mois avant l’expédition.  Je suis un programme développé par le Comité Olympique belge.  Je travaille mon endurance.  Je ne participe plus à des grandes compétitions d’ultra-trail ou des Ironman.  Pour l’année 2014, j’ai prévu toutefois de participer à l’EcoTrail de Bruxelles.  Je développe, par ailleurs, ma masse musculaire, je fais des exercices de correction de posture, de renforcement du dos.  Ces exercices sont nécessaires pour pouvoir tracter une pulka de 170 kilos.

Je n’ai jamais été contraint de reporter une expédition, peut-être parce que je me prépare bien.

(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles

Avez-vous des regrets, des déceptions, par exemple eu égard aux expéditions que vous n’avez pas pu mener à leur terme comme la traversée de l’Arctique de la Sibérie au Canada que vous avez tentée avec Alain Hubert en 2002 ou bien la traversée en hiver du détroit de Béring aller-retour que vous avez tentée avec Troy Henkels trois ans plus tard ?

Non, je n’ai pas de regret.  On ne vit pas que des succès.  On fait souvent un pas en avant et trois en arrière.  Il faut toujours trouver le point positif de ce que l’on fait, savoir construire sur l’échec, prendre en compte surtout l’expérience, et pas seulement la réussite ou l’échec, et enfin savoir reconnaître ce dernier.

(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles

Quels sont vos projets ?

J’ai pour projet de faire une circumnavigation du Groenland en kite-ski.  J’avais déjà ce projet en tête lors de mon expédition en Antarctique en 2011-2012.  Je vais partir avec un Canadien, Eric Mc Nair Landry, au mois d’avril prochain.

Nous aurons plus de 5000 kilomètres à parcourir en kite-ski que nous espérons couvrir en moins de 100 jours.

J’ai également un autre projet pour 2015.  Avec Alain Hubert, nous avons pour objectif de rallier en kayak le pôle Nord à l’archipel François-Joseph.

(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles
(c) Dixie Dansercoer/Polar Circles

 

 

Régions polaires

Récit de l’expédition Nimrod de Shackleton (1907-1909)


Pas de commentaire

Au début du 20ème siècle, le pôle Sud constitue un des derniers territoires inconnus de la planète. Charcot et Scott, notamment, ont déjà tenté de rejoindre le pôle Sud mais ont été vaincus par les glaces et le froid.

Rapatrié d’Antarctique en 1903 pour cause de maladie avant la fin de l’expédition Discovery dirigée par Scott, à laquelle il participe en qualité de sous-officier, Ernest Shackleton se languit de l’immense continent de glace de neige.

“les régions polaires laissent en effet sur ceux qui y ont affronté les pires épreuves une empreinte dont les hommes qui n’ont jamais quitté le monde civilisé peuvent difficilement s’expliquer la puissance” Shackleton

Il commence alors à concevoir un plan d’expédition en Antarctique et à rechercher des financements possibles. L’objectif : atteindre pour la première fois le pôle Sud.

Le 12 février 1907, Shackleton annonce son projet à la Royal Geographical Society. Le départ d’Angleterre est prévu à l’été 1907.

Retour sur l’expédition Nimrod d’Ernest Shackleton – By Endurance We Conquer

Expe Nimrod Récit d'expe

Objectifs et moyens

L’objectif principal est d’atteindre pour la première fois le pôle Sud. Le plan initial de Shackleton est d’utiliser à nouveau l’ancien camp de base de l’expédition Discovery vers le détroit de McMurdo et à partir de là, de tenter d’atteindre le pôle Sud géographique et le pôle Sud magnétique.

Shackleton prévoit d’utiliser des chiens de traîneaux, des poneys et un véhicule motorisé. L’emploi de poneys et d’un tel véhicule sont alors inédits dans l’Antarctique.

Expe Nimrod Poney de Mandchourie

Expe Nimrod - Automobile Nimrod

Pour se rendre en Antarctique depuis l’Angleterre, Shackleton souhaite initialement acquérir un navire polaire de 700 tonnes, le Bjorn, idéal en tant que navire d’expédition. Il doit finalement se contenter d’un navire moins cher, plus âgé et beaucoup plus petit, le Nimrod – qui donne son nom à l’expédition.

Expe Nimrod - Timbre

Outre la quarantaine de membres d’équipage du Nimrod, Shackleton peut compter sur une équipe de 14 explorateurs et scientifiques, dont deux officiers, Frank Wild et Ernest Joyce, qui ont déjà participé à l’expedition Discovery. Le commandant en second de Shackleton est Jameson Boyd Adams, lieutenant réserviste de la marine britannique, qui endosse également le rôle de météorologue de l’expédition. C’est donc un contingent de 15 hommes qui doivent être débarqués en Antarctique en janvier 1908 pour mener à bien l’expédition Nimrod : les membres de l’expédition doivent tout d’abord passer l’hiver dans un camp de base en Antarctique avant de pouvoir se lancer à l’assaut du pôle Sud durant l’été polaire – à partir d’octobre.

Expe Nimrod Equipe

Le coût de l’expédition est estimé à hauteur de £30 000, soit l’équivalent d’environ 1.700.000 euros en valeur actuelle (le coût de l’expédition sera finalement de l’ordre de £45 000). Son employeur – Beardmore – lui apporte un premier soutien financier essentiel à la mise en route de l’expédition, notamment pour l’acquisition du Nimrod. En juillet 1907, à quelques jours du départ, Shackleton n’a toutefois pas obtenu suffisamment de soutien financier et n’a pas les fonds pour achever la consolidation et le réaménagement du navire. Il parvient néanmoins à trouver quelques soutiens complémentaires (dont Edward Guinness de la famille du brasseur Guinness, qui accepte de garantir la somme de £2 000, et Sir Philip Brocklehurst qui apporte également une contribution de £2 000 et participe à l’expédition).

Shackleton a recours à un emprunt de £20 000, et espère que son livre sur l’expédition et ses conférences pourront lui permettre de rembourser cet emprunt au retour de l’expédition.

Expe Nimrod Shackleton-Conference South Pole

L’expédition

Le Nimrod est en état de naviguer pour mettre le cap au sud, après son inspection le 11 août 1907 par le roi Édouard VII.

Le Nimrod quitte donc les eaux britanniques en août 1907. Shackelton et la plupart des membres de l’expédition se retrouvent en Nouvelle-Zélande, prêts pour le départ du navire vers l’Antarctique le 31 décembre 1907.

Expe Nimrod Départ de Lyttelton

Afin d’économiser le carburant, le Nimrod est remorqué pendant quinze jours vers le cercle Antarctique, sur une distance d’environ 2 750 kms, par un remorqueur (le Koonya). Lorsqu’apparaissent les premiers icebergs, le Nimrod pénètre par ses propres moyens dans le pack.

La barrière de glace est repérée le 23 janvier, mais la crique où Shackleton avait prévu d’hiverner (repérée lors de l’expédition Discovery) a disparu, les contours de la barrière ayant sensiblement changé au fil des années.

Le 25 janvier, Shackleton donne alors l’ordre de naviguer dans le détroit de McMurdo, mais le pack empêche le Nimrod de progresser vers le sud jusqu’à l’ancienne base de l’expédition Discovery.

Le 3 février, Shackleton décide de ne pas attendre la débâcle, et d’établir son quartier-général à l’endroit approprié le plus proche, le cap Royds.

Expe Nimrod - le Nimrod

Le navire y est amarré et commence alors le débarquement de l’équipement et la construction du camp de base où les membres de l’expédition passeront l’hiver avant d’entreprendre l’expédition vers le pôle Sud. Le déchargement est  achevé le 22 février et le Nimrod repart alors vers le nord, laissant les quinze membres de l’expédition seuls sur le grand continent blanc.

Après le départ du Nimrod, Shackleton décide de tenter l’ascension du mont Erebus.

Ce volcan actif culminant à 3 794 mètres de haut n’a jamais été gravi et est le plus imposant de l’île de Ross. L’ascension commence le 5 mars et le sommet est atteint le 9 mars. Plusieurs relevés météorologiques sont effectués et de nombreux échantillons de roches sont collectés.

Tous se préparent alors à passer l’hiver – la nuit polaire de mai à septembre – dans l’abri fabriqué à cet effet : une structure préfabriquée de 60m2 environ, composée d’une série de cabines de deux personnes, avec un coin cuisine, une chambre noire, un espace de stockage et un laboratoire. Les poneys sont logés dans des étables construites sur le côté le moins exposé aux vents, tandis que les chenils sont placés près du porche de l’abri.

L’organisation de groupe de Shackleton abolit toute distinction sociale et tous vivent, travaillent et mangent ensemble. Le moral est bon !

Expe Nimrod - Camp d'hivernage 2

Expe Nimrod - Refuge Cap Royd préparation des lit

Au cours des mois d’hiver et d’obscurité, les membres de l’expédition préparent les expéditions de la saison suivante, à la fois vers le pôle Sud géographique et le pôle Sud magnétique. Les perspectives pour l’expédition au pôle Sud s’obscurcissent toutefois au cours de l’hiver, après la mort de quatre des huit poneys de Mandchourie.

Shackleton limite en conséquence à quatre le nombre de membres de l’expédition vers le pôle Sud, car il mise sur les poneys plutôt que sur les chiens pour cette expédition : ce sont  Marshall, Adams et Wild qui accompagneront Shackleton dans sa quête du pôle Sud. Le véhicule à moteur est laissé de côté car il ne peut pas affronter les différentes surfaces de la barrière.

Expe Nimrod Wild, Shackleton, Marshall, Adams.

La marche commence le 29 octobre 1908. Shackleton estime la distance aller-retour au pôle à 2 765 kms. Son plan initial prévoit un voyage complet en 91 jours, avec une distance moyenne journalière parcourue d’environ 31 kms. Les conditions météorologiques ralentissent toutefois le début de la progression vers le pôle Sud et Shackleton doit réduire la quantité de nourriture quotidienne pour rallonger la durée de voyage possible à 110 jours.

Le 26 novembre, un nouveau record est enregistré à 82°17′, soit un peu plus que le record de Robert Falcon Scott de décembre 1902.

Au fur et à mesure que le groupe progresse vers le pôle Sud, la surface de la barrière devient de plus en plus chaotique, et l’expédition ne peut rapidement s’appuyer que sur un seul poney – les trois autres ayant succombé aux conditions climatiques.

L’expédition progresse sur un glacier baptisé par Shackleton du nom de Beardmore en hommage au principal mécène de l’expédition (il s’agit d’un des plus grands glaciers du monde avec une longueur de plus de 160 kms).

Le 7 décembre, le dernier poney disparait dans une crevasse profonde, manquant d’entraîner Wild avec lui. Heureusement pour les hommes, le harnais du poney casse, et le traîneau contenant les provisions n’est pas perdu. Les quatre membres de l’expédition doivent toutefois désormais tirer eux-mêmes tous les traineaux.

Expe Nimrod Départ pour le pôle

Les membres de l’expédition atteignent 85°51’S le jour de Noël. Il leur reste environ 470 kms à parcourir jusqu’au pôle. Ils ont désormais à peine un mois de nourriture après avoir réservé le nécessaire dans les dépôts du retour. Shackleton décide de continuer en réduisant à nouveau les rations alimentaires et en se délestant de tout le matériel non essentiel.

L’ascension du glacier Beardmore est achevée le lendemain de Noël et la marche sur le plateau Antarctique commence. Le 1er janvier, le groupe atteint 87°6½’S, battant ainsi les records de latitudes polaires Nord et Sud atteints alors.

Le 4 janvier, Shackleton doit toutefois admettre qu’il ne pourra pas atteindre le pôle Sud et revoit son objectif pour réaliser symboliquement la marque de moins de 100 milles (187 kms) du pôle Sud. L’équipe lutte à la limite de la survie et atteint la latitude de 88°23’S le 9 janvier 1909, à 97 milles du pôle Sud. L’Union Jack est planté, et Shackleton baptise le plateau antarctique d’après Édouard VII du Royaume-Uni.

Expe Nimrod Farthest South

L’équipe est donc contrainte de faire demi-tour, après 73 jours de marche.

« I thought you’d rather have a live donkey than a dead lion » Extrait d’une lettre de Shackleton à sa femme Emily

Commence alors une nouvelle course contre la montre : les rations ont été réduites à plusieurs reprises pour étendre la durée du trajet au-delà des 110 jours estimés à l’origine et, surtout, Shackleton vise maintenant un retour au point de départ avant le 1er mars, date à laquelle selon ses ordres laissés avant le départ vers le pôle Sud, le Nimrod doit repartir vers le nord.

Les membres de l’équipe sont très éprouvés physiquement. Ils atteignent le glacier Beardmore le 20 janvier et en commencent sa descente. Il leur reste cinq jours de nourriture à raison d’une moitié de ration jusqu’au dépôt du bas du glacier alors que l’ascension aller avait pris douze jours. « Nous sommes tellement maigres que nos os souffrent lorsque nous nous allongeons sur la neige dure » écrit Shackleton.

Ils parviennent toutefois à rejoindre les différents dépôts de vivres installés à l’aller. Les soucis alimentaires disparus, ils ne sont cependant pas encore sûrs de revenir au Cap Royd avant la date limite. Le 27 février, alors qu’ils sont encore à 55 kms de la base, Marshall s’effondre de fatigue. Shackleton décide de partir avec Wild vers Cap Royd avec l’espoir de trouver le navire et de le retenir jusqu’à ce que les deux autres explorateurs soient sauvés. Ils atteignent Cap Royd le 28 février en soirée. Adams et Marshall sont ramenés trois jours plus tard, et le 4 mars toute l’équipe est à bord du navire, Shackleton ordonnant un départ à toute vapeur vers le nord.

Bilan

L’expédition est un succès.  Même si le pôle Sud n’est pas atteint, Ernest Shackleton atteint le point le plus au sud, à moins de 200 kms du pôle (88°23’S). C’est également de loin le plus long voyage polaire effectué vers le sud à cette date.

Expe Nimrod Trajet de l'expédition Nimrod

Au cours de l’expédition, un groupe dirigé par Edgeworth David atteint également l’endroit approximatif du pôle Sud magnétique et effectue la première ascension du mont Erebus, sur l’île de Ross.

Trois ans plus tard, l’expédition Amundsen puis l’expédition Terra Nova de Scott atteindront le pôle Sud.

Shackleton aura alors pour ambition d’effectuer une traversée transcontinentale de l’Antarctique, qu’il tentera sans succès lors de l’expédition Endurance (1914-1917), mais qui fera définitivement de lui un des principaux explorateurs de l’Antarctique.

« Sir Ernest Shackleton sera toujours le nom écrit dans les annales de l’exploration en Antarctique en lettres de feu » Roald Amundsen

Expe Nimrod Ernest Shackleton