Entretien avec Kilian Jornet – L’ultra-trailer au sommet

©zooom.at/bergermarkus

Voilà six ans qu’il pulvérise tous les records de l’ultra-trail, du skyrunning, du kilomètre vertical et du ski alpinisme.

Les qualificatifs à l’égard de ce grand champion ne manquent pas : « ultra-terrestre », « mi-homme, mi-chamois », « homme animal », « être minéral », voire « Dieu » comme le titrait le Journal de l’île de la Réunion en octobre dernier au lendemain de sa deuxième victoire sur la Diagonale des Fous.

Cet ultra-trailer espagnol de 26 ans, qui n’a que le ciel comme limite, n’est autre que Kilian Jornet Burgada.  

Triple vainqueur de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, quintuple vainqueur de la Zegama, recordman du Tahoe Rim Trail, recordman de la traversée du GR 20, de la traversée des Pyrénées, de l’ascension et la descente du Kilimandjaro, champion du monde de ski alpinisme à multiples reprises, le jeune catalan totalise plus de cent victoires, titres mondiaux et autres records et repousse toujours un peu plus les limites du possible.

Ce n’est pas seulement un athlète au palmarès exceptionnel, c’est avant tout un homme de passion. Une passion énorme qui le pousse à s’entraîner chaque jour, sans exception aucune, depuis toujours. 

Avant d’être un champion de trail, Kilian est d’abord un montagnard , un alpiniste, qui ne s’extirpe que très rarement des hautes sphères.  Il a pour habitude de monter au sommet du Mont-Blanc, au pas de course et en baskets… pour son entraînement matinal.  « Elle nous apprend des choses, mais pour la comprendre, il faut l’écouter, l’aimer et la respecter. Accepter que c’est toujours elle qui sera la plus forte. Ce que j’aime lorsque je cours, c’est la sensation d’être nu face à la montagne, d’être un animal » confie-t-il.

Cette passion pour la montagne, elle lui vient de son enfance.  Il grandit pendant les douze premières années de sa vie dans les Pyrénées à plus de 2000 mètres d’altitude.  En ski l’hiver, à pied l’été, Kilian avale les kilomètres et acquiert dès son plus jeune âge une résistance physique hors norme.  Il apprend à skier avant d’apprendre à courir.

A 13 ans, Kilian intègre le centre technique de ski de montagne de Catalogne (CTEMC), avec comme spécialité le ski alpinisme.  Il commence alors un entraînement quotidien et participe aux Championnats d’Espagne et d’Europe.  

A seulement 20 ans, Kilian a déjà de nombreuses victoires à son compteur en ski alpinisme et notamment à La Pierra Menta, le saint Graal de la discipline. Vainqueur en 2008, il a récidivé en 2010 et en 2011, mais il a besoin d’un nouveau challenge. Il se tourne alors vers l’ultra-trail. Premier défi, participer à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc… Première participation et une victoire haut la main en 20 heures, 56 minutes et 59 secondes…   

Kilian s’est récemment lancé un nouveau défi : battre les records d’ascension et de descente des plus hauts sommets du monde dans le cadre de son projet intitulé Summits of My Life. 

En 2012, il boucle les deux premières étapes de son projet, la traversée du massif du Mont-Blanc d’est en ouest en enchaînant huit sommets puis la traversée du massif du sud au nord de Courmayeur à Chamonix.  Kilian a complété l’exigeant parcours de Courmayeur à Chamonix en un temps record de 8 heures et 42 minutes en escaladant en solitaire et sans assistance la voie Innominata, une voie avec un dénivelé de 1 000 mètres, des pentes de 60º, et des cotations d’escalade V +. Un défi qu’il a complété avec le minimum de matériel possible selon la philosphie puriste de son projet.  

Au programme en 2013, les trois géants d’Europe, l’Elbrouz, le Mont Cervin et le Mont Blanc. En 2014, les deux géants d’Amérique, l’Aconcagua et le Mont McKinley. Puis en 2015, point d’orgue de son projet, il défiera le toit du monde, l’Everest. 

Ces ascensions devraient donner naissance à une nouvelle discipline de montagne qui combine le trail,  l’escalade et l’alpinisme plus technique.

C’est à son retour du Népal, où il préparait la prochaine étape de son projet, que nous avons échangé avec lui, à quelques jours du départ de la Transvulcania

Entretien avec un athlète qui se retrouve élevé au statut de légende vivante, entretien avec un champion hors catégorie, entretien avec Kilian Jornet Burgada.   

 

Quel est le défi que vous vous êtes lancé ou la course à laquelle vous avez participé qui a été le ou la plus difficile pour vous et pourquoi ?

Il y a de nombreuses courses qui m’ont paru difficiles, arrivé à un certain point, comme la Tahoe Rim Trail par exemple où j’ai couru plus de 30 heures, la Traversée des Pyrénées, longue, longue… et aussi quelques défis en montagne d’un point de vue technique.

Ceci étant, une fois que j’ai terminé, la satisfaction est tellement grande que j’oublie les difficultés et je ne me souviens que des bons moments.

Quel est le défi que vous vous êtes lancé ou la course à laquelle vous avez participé que vous avez le ou la plus apprécié(e) ? 

Mon nouveau projet Summits of My Life, où je vais essayer de monter au sommet de diverses montagnes aux quatre coins du monde en essayant d’aller le plus vite possible et avec le minimum d’aide.

Y a t’il une course qui constitue votre objectif principal durant la saison de trail ? Et durant la saison de ski alpinisme ?

Non, pas vraiment, j’essaye de faire de mon mieux lors de chaque épreuve dont je prends le départ, et parfois j’ai des surprises.

Le mental est important dans le type de sports que vous pratiquez.  Comment vous motivez-vous pendant une épreuve ou un entraînement difficile pour surmonter vos souffrances ?

J’ai différentes techniques que j’ai développées tout au long de mes années de pratique. Par exemple, quand je participe à une course durant laquelle j’ai très mal partout et je souffre, j’essaye de confondre mon cerveau pour qu’il oublie la douleur : j’invente des histoires, j’imagine qu’il y a des indiens qui me poursuivent, je chante des chansons… N’importe quoi qui puisse m’aider pour réussir à finir la course ou à atteindre mon objectif.

Pourriez-vous envisager, un jour, de prendre le départ d’un marathon sur route ? Si oui, lequel ?

Non, je ne pense pas. Il y a quelques années, j’y ai pensé.  Mais finalement, je pense que je n’aimerais pas cela. Je suis trop passionné par la montagne et c’est là que je me sens le mieux au monde.

Vous avez gagné de nombreuses compétitions et n’avez pas beaucoup de concurrents de votre niveau.  Cela ne freine t’il pas votre motivation ? 

Pour moi, ce qui me motive, ce n’est pas de gagner des courses. Parfois je gagne une course et je ne ressens pas cela comme une victoire. Un autre jour, je finis troisième et je sens que j’ai fait une bonne course. J’essaye de trouver des motivations au-délà de la victoire.

Quel est le sportif qui vous impressionne le plus ?

Il y en a beaucoup ! Par exemple, Walter Bonatti, Reinhold Messner, Mark Twight, Steve House, Ueli Steck, Denis Ubuko.

Vous allez gravir le Mont McKinley en Alaska. Etes-vous intéressé par les régions polaires ? Si oui, pouriez-vous prendre le départ, un jour, d’un trail comme le Marathon du Pôle Nord ou l’Antarctic Ice 100 km ? 

Les régions polaires sont en effet très intéréssantes mais pour l’instant je ne me suis pas encore décidé à y courir un marathon… peut-être dans le futur !

Comment conciliez-vous la vitesse et l’aspect sécurité lorsque vous visez un record d’ascension en alpinisme ?  

La vitesse est un aspect de securité en soi.  La securité à 100% n’existe pas, c’est une illusion humaine. Il faut faire des compromis et les accepter.

Pourriez-vous envisager de participer à des compétitions de natation, de triathlon ou d’un autre sport d’endurance ?

Non je ne pense pas pour l’instant. Ce qui m’attire dans le trail c’est que cette discipline me permet de rester en montagne, et c’est vraiment cela mon objectif !

Comment envisagez-vous l’avenir une fois que vous aurez accompli tous les défis du Summits of My Life ?   

Je ne sais pas ! C’est encore loin et je préfère me focaliser pour l’instant sur les défis de Summits of My Life.

Kilian Jornet a publié un livre, Correr o morir, une source d’inspiration pour de nombreux trailers.   

A voir aussi, A fine Line, de Sébastien Montaz-Rosset, un film sur le premier volet du projet Summits of My Life.  Incontournable ! 

Vous pouvez également suivre les différentes étapes de son défi sur le site internet : http://www.summitsofmylife.com/fr

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