Mois : février 2013

Entretien avec...

Entretien avec Philippe Croizon – La force du dépassement de soi


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Philippe Croizon fait partie de ces hommes dont le courage force l’admiration. Le 18 septembre 2010, après deux années d’entraînement intensif, il traverse la Manche à la nage en 13 heures et 26 minutes. Quelques mois après sa traversée de la Manche, il décide, avec son ami, Arnaud Chassery, alpiniste et nageur aguerri, de se lancer un nouveau défi : relier les cinq continents à la nage en traversant quatre détroits, dont le détroit de Béring entre l’Alaska et la Sibérie dans une eau glacée avec des creux de plusieurs mètres. Ils réussissent leur exploit le 18 août 2012, au prix d’une force de caractère exceptionnelle.

Un challenge physique et mental extraordinaire, d’autant plus que Philippe Croizon a été amputé des quatre membres en 1994 suite à un grave accident.

C’est avec enthousiasme, générosité et beaucoup d’humilité qu’il nous fait part de sa soif d’aventure et de dépassement de soi, de son envie de repousser les frontières et d’aller à la rencontre des autres.

Portrait d’un homme à la volonté farouche, à la ténacité hors du commun et au mental d’acier. Portrait de Philippe Croizon. 

Philippe Croizon

Lorsque vous avez préparé la traversée de la Manche pendant deux années, à raison de 35 heures de natation par semaine et 280 kilomètres par mois, avez-vous eu des moments de doute ?

Oui, le doute m’a souvent assailli et j’ai parfois craqué. Ceci étant, le doute est naturel, il fait partie intégrante de l’aventure. Parfois, j’ai eu envie d’arrêter car j’avais l’impression de ne plus progresser, je trouvais que l’entraînement était monotone, mon corps en avait marre et voulait lâcher prise, le cerveau me disait “qu’est-ce que c’est ? j’arrête tout”. Ce type d’entraînements intensifs et exigeants nous apprend inexorablement à devenir patient.

Malgré les doutes, je n’ai jamais renoncé et n’ai jamais cessé de m’entraîner. Je m’entraînais tous les jours. J’étais encadré par un entraîneur et un préparateur physique. Ils toléraient que je m’arrête une ou deux journées maximum quand j’étais moins bien, mais pas plus, pour éviter de perdre ce que j’avais appris.  Même si j’ai commencé le sport tard dans ma vie – à 40 ans – je sais aujourd’hui ce que représente la difficulté du travail et de l’entraînement.

Pendant ces deux années, j’ai également fait quatre mois de sophrologie. Au début, je n’y croyais pas trop. Puis, la sophrologie est devenue très importante pour moi. Elle m’a procuré un havre de paix qui m’a aidé à surmonter mes doutes.

A quoi pensez-vous lorsque vous êtes dans l’eau au milieu de la Manche ?

Je pense aux personnes qui me font confiance. Je me dis que je ne peux pas les décevoir et que je dois réaliser les objectifs que je me suis fixés.  Je pense à eux quand j’ai froid, que je commence à me sentir très mal physiquement et que mon corps me dit “stop”. Je pense aussi souvent à mes enfants. Mais je suis quelqu’un de très émotif. Quand je pense à eux, j’ai du mal à gérer mes émotions.

Philippe Croizon - Détroit de Bering

« Malgré les doutes, je n’ai jamais renoncé et n’ai jamais cessé de m’entraîner »

Qu’est ce qui est le plus difficile : l’entraînement pendant des mois ou le jour de la réalisation du défi ?

L’entraînement.  Mes coachs m’ont toujours dit qu’il fallait considérer que la réalisation du défi est un entraînement supplémentaire.  Un mois avant la traversée de la Manche, j’avais déjà nagé pendant 12 heures en continu pour faire l’aller-retour de Noirmoutiers à Pornic.  J’ai ensuite attendu d’être au summum de ma forme pour programmer la traversée de la Manche.

Avez-vous dans votre entourage des proches qui réalisent des défis, des exploits sportifs du même ordre que ceux que vous avez réalisés ?

Non. J’ai rencontré de telles personnes lorsque je me suis lancé le défi de traverser la Manche. J’ai notamment contacté les sportifs qui avaient réussi à le faire. Je me suis entraîné avec eux.

Philippe Croizon

Pensez-vous que l’envie de se dépasser est innée ou provient nécessairement d’événements extérieurs ?

Dans mon cas, je n’avais absolument pas envie d’aller au-delà de mes limites avant mon accident. C’est cet événement extérieur qui m’a donné envie de me dépasser.  J’ai vécu des mois et des mois d’hospitalisation, des dizaines d’heures d’opérations, des centaines de jours de rééducation. A partir de ce jour-là, j’ai été obligé de me dépasser.  Je franchis les mêmes paliers en sport aujourd’hui que ceux que j’ai dû franchir pendant les quatre années qui ont suivi mon accident et pendant lesquelles j’ai dû réapprendre tous les gestes du quotidien : le désespoir, l’envie, le doute, la douleur, le mur, l’étincelle, la victoire.

On dit souvent des sportifs de l’extrême qu’ils sont “fous furieux” de se lancer dans de telles aventures.  Qu’en pensez-vous ?

Heureusement qu’il y a des “fous furieux” alors, car sans eux, nous n’aurions pas découvert l’Amérique, nous n’aurions jamais posé un pied sur la Lune, etc, les exemples sont nombreux.  L’Homme ne peut avancer et aller de l’avant qu’en dépassant ses propres limites.  Et l’Histoire montre que c’est ce qu’il a toujours fait.

Lorsque vous avez rallié les cinq continents, vous avez notamment traversé le détroit de Béring entre la Sibérie Orientale et l’Alaska. Comment vous êtes-vous préparés pour cette traversée ?

Pendant les semaines qui ont précédé, je me suis entraîné dans des lacs en altitude à Font Romeu et aux Angles. Puis, je prenais toujours des douches froides. Et, j’ai passé une semaine à Toulon avec des plongeurs démineurs de la Marine.

En ce qui concerne l’équipement, des ingénieurs ont conçu spécialement pour notre traversée du détroit de Béring une combinaison étanche de 8 millimètres. Je l’ai reçu tardivement et n’ai pas pu la tester correctement.  Elle n’allait pas. Elle était très serrée et les fermetures éclairs me gênaient considérablement. Nous l’avons coupée, mais cela n’a pas amélioré mon confort. J’ai donc dû remplacer, à la dernière minute, la combinaison de 8 millimètres par deux combinaisons de triathlon que nous avons scotchées l’une sur l’autre.

La traversée a été extrêmement difficile. Le médecin à bord du bateau m’a conseillé d’arrêter alors qu’il ne restait plus que 500 mètres. Je me suis dit que je ne pouvais pas arrêter 500 mètres avant l’arrivée. J’ai décidé de continuer. Je n’ai plus aucun souvenir de ces 500 derniers mètres. Mon cerveau n’était plus là, il était branché sur “off”.

Pratiquez-vous d’autres sports que la natation ? Envisagez-vous de vous lancer des défis dans d’autres disciplines sportives ?

Je pratique la plongée sous-marine.  Le 10 janvier dernier, j’ai plongé à 33 mètres dans la piscine la plus profonde au monde près de Bruxelles.  Je suis bien dans l’eau. Je ne me vois pas pratiquer un autre sport que la natation et la plongée.

Quels sont vos projets ?

J’envisage de monter ma propre émission. Je travaille actuellement sur ce projet avec deux boîtes de production. Mon émission aurait pour thème : la rencontre avec les peuples.

Etes-vous intéressé par les régions polaires ?

Oui. D’ailleurs, mon ami, Arnaud, part bientôt en Arctique afin de passer quelques semaines sur Vagabond, le voilier de France Pinczon du Sel et Eric Brossier*. Je pourrais éventuellement envisager un projet d’émission ou de film sur ce thème.

Philippe Croizon est auteur de deux ouvrages, J’ai décidé de vivre, et J’ai traversé la Manche à la nage, édités par Jean-Claude Gawsewitch.  Il est lauréat du Prix « Sport Scriptum » 2012 pour son ouvrage J’ai traversé la Manche à la nage.  Deux films ont été réalisés sur ses défis, Nager au-delà des frontières et Philippe Croizon, la vie à bras le corps.

* Vagabond est un voilier d’expédition conçu pour naviguer dans les glaces. Il est un camp de base itinérant pour sportifs, aventuriers et scientifiques. Pour plus d’informations sur ce voilier, nous vous invitons à consulter le site internet de France et Eric : http://vagabond.fr/.

Entretien avec...

Interview of Sir Ranulph Fiennes – The Coldest Journey (live from Antarctica)


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On 21st March, they will begin the world’s first ever attempt to cross the Antarctic continent in winter. We had the chance to discuss via satphone with Sir Ranulph Fiennes and his team, who are already in Antarctica.

Ran Fiennes is a 68-year-old British adventurer and holder of several endurance world records.  He notably undertook numerous polar expeditions.  Between 1979 and 1982, he journeyed around the world on its polar axis (the Transglobe Expedition).  In 1992, he and nutrition specialist Dr Mike Stroud completely crossed Antarctica on foot, unsupported, in 93 days.  On  May 20, 2009, at the age of 65, he successfully reached the summit of Mount Everest becoming the oldest British person to achieve this.

Ran Fiennes is also a marathoner and participated to the 2004 North Pole Marathon that he finished second.   

Ran Fiennes’ next challenge is to lead the first team of explorers skiing across Antarctica during the southern winter, in aid of the charity Seeing is Believing.  

The-Coldest-Journey-Proposed-Route

The 4,000-kilometer journey across the Antarctic continent during the polar winter has for many years been considered too perilous to try and the expedition’s six-man « Ice Team » will have to overcome one of earth’s most hostile environments if they are to succeed, exposing themselves to temperatures dropping close to -90°C and operating in near permanent darkness.

Such an attempt to cross the Antarctic during winter has never been made before because of the technical complexity required in order to complete it successfully. Only now is technology sufficiently advanced that equipment can be modified to withstand the extreme temperatures and hostile conditions.

Scheduled departure date is March 21, 2013.  The crossing from Crown Bay, via the South Pole, to Captain Scott’s base at McMurdo Sound, should take six months.  

Last January, the team has been dropped off by ship (with more than 100 tonnes of equipment necessary for the expedition) on the Pacific coast of the Antarctic continent. The team is currently preparing the traverse from their base camp at Crown Bay and waiting for the Southern Hemisphere’s Fall equinox before embarking across the ice shelf. 

Interview of one of the world’s greatest living explorers at the approach of the D-Day.

Sir Ranulph Fiennes

Why have you decided to attempt to cross Antarctica during the southern winter?

There are many reasons for such an expedition.

Firstly, our attempt aims to raise $10 million for Seeing is Believing (http://seeingisbelieving.org.uk/) that is a global charity tackling avoidable blindness and visual impairment across the world.  In the past, I succeeded raising over $22 million for charity. I view adventure and challenge as a great way to raise money for deserving causes.

Secondly, five international science projects will be carried out on the ice which will aid our understanding of some key questions about our planet, the climate, but also the human race and our capacity to endure extreme conditions, both physical and psychological. No-one has ever collected data beyond the reaches of the research centres during the Antarctic winter before, so the expedition will be doing something valuable and unique.  The expedition will also provide an unprecedented opportunity to see how materials and machinery work in the coldest environments on earth.  A project will be using the similarities that exist between the conditions humans encountered on a winter Antarctic expedition and those found in space. It is hoped the findings will help shape mankind’s approach towards future long-distance space travel.

Thirdly, the expedition forms the basis for an education programme that will reach 200,000 schoolchildren across the Commonwealth.  The schools will follow the traverse and will access to key information on a specific educational web area on the website of the expedition: The Coldest Journey.

Finally, we are doing this because it has never been done before! We want to show that the UK can still do things that no-one else has achieved.  A winter traverse of the Antarctic is widely regarded as the last true remaining polar challenge and the expedition’s success will reassert Britain’s status as one of the world’s greatest nation of explorers.

The traverse should be more difficult from a physical standpoint than the previous ones you undertook in 1979-1982 and 1992 as it takes place during the winter.  In the same time, you will remain connected to the world, more than ever during your previous expeditions. What is your feeling about this?

Yes, we will be more connected to the world.  As with any expedition of such magnitude, we think that excellent communication is critical to the success of the venture.

We will employ many types of cutting-edge communication technologies during the expedition in order to communicate mainly with a crew in London, which will provide additional communications and a link to the outside world.  Further links will be made to the media and to the schools that subscribed to the educational programme.

All of the Ice Team have been trained in the use of equipment and made familiar with the communication schedules.

However, I do not think that this technology will make the whole expedition easier than my previous ones in Antarctica. The risks remain very high indeed for the team; simply by inhaling air below -60°C can cause irreparable damage to the lungs and exposure to the skin to such temperatures causes severe frostbite in a matter of seconds.  If anything should go seriously wrong, a search and rescue mission would be impossible since aircraft cannot fly in such cold conditions due to the threat of their fuel freezing. In the event of a major incident, the crew will have to sit out the winter on the ice until summer when a rescue attempt can be made.

There will be two people skiing (Ran, permanently, and another member of the Ice Team) and four people driving two modified Caterpillar D6N vehicles each towing a caboose for scientific work and accommodation and store and fuel sleds.  Why have you decided to cross the continent this way?

When I decided to cross Antarctica during the polar winter, I wanted to ski across Antarctica – without any vehicle.  I wanted to place some food and equipment (such as the equipment required to carry out scientific experiments) depots on the route during the summer.

The Foreign and Commonwealth Office has however refused to grant permission to take on the challenge because it has been deemed far too risky and the chances of disaster too high. This decision was only overturned after it was shown technological innovations and the use of two modified Caterpillar D6N vehicles could mitigate some of the major risks of the crossing.

 The Coldest Journey

The two 20-tonne D6Ns have been modified for two years by expert mechanics at Caterpillar and Finning UK to help cope in the extreme weather conditions. This includes modifications to the core heating system, insulation and special materials to cope in the extreme cold.

The D6N vehicles, the cabooses and the food for one year would be very helpful in the event of a major incident if we had to wait on the ice until a rescue attempt in summer.

What is your feeling one month before the departure?   

We have been on the Antarctic continent since January.

We have tested and checked equipment in order to be ready for the start of the expedition on March 21.  We are currently on the route to place fuel depots.  We have already tested the machine over 200 kilometers. We have still 300 kilometers to drive before the first depot.  We have to deal with steep ascents. If there are too many mountains, an alternative route will be taken.

Our main feeling is that we do not know, at this stage, if we will succeed in such an enterprise to cross the Antarctic continent during the polar winter. We believe that our chances of success are very good. We have a detailed risk mitigation plan but, obviously, this is not a risk-free venture. The team has researched the expedition for over five years and is well-prepared for the dangers, thanks to the advice and assistance of some of the world’s leading authorities in polar travel and specialist cold weather equipment.

 The Coldest Journey 2

You can follow the expedition on its website: http://www.thecoldestjourney.org/ and on the Coldest Journey Facebook page. Throughout the expedition they will be updated with regular bulletins from the crew so you can experience the adventure with them.

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